Trentemoult
En 1397, le duc Jean IV octroie un privilège de pêche dans l’estuaire de la Loire aux habitants des îles de la paroisse Saint-Pierre de Rezé, dont ceux de Trentemoult. C’est par la pêche que ces derniers nouent des relations privilégiées avec Nantes.
Lorsqu’en 1516 débute la construction du quai de la Fosse, les pêcheurs qui occupaient les lieux se seraient « retirés à Trentemoult », affirme Ange Guépin dans son Histoire de Nantes. Trentemoult est, au 18e siècle, le principal foyer de pêche côtière et fluviale de l’Amirauté de Nantes. Ses barges, bateaux à fond plat, voile carrée et aviron, sont présentes tant sur le littoral que sur la Loire. Le Dictionnaire d’Expilly souligne, en 1766, que ses pêcheurs « approvisionnent en poisson une partie de la ville et des faubourgs de Nantes ». Parmi eux, des pêcheurs-monnayeurs au statut original : outre la pêche, ils exercent à l’atelier nantais de la Monnaie une activité intermittente et mal rémunérée mais qui leur confère des privilèges fiscaux très enviés.
Au 19e siècle, Trentemoult devient un foyer important de recrutement de maîtres au cabotage et d’officiers de commerce pour les navires nantais. En 1866, sur 1297 habitants recensés, 19 sont capitaines au long cours, 134 maîtres au cabotage et 106 marins, à quoi s’ajoutent 23 charpentiers, 21 pêcheurs, 17 douaniers, 10 filetières, 8 calfats et 3 pilotes. Les Boju, Lancelot, Ollive, Chauvelon…, dont les ruelles du village portent aujourd’hui les noms, embarquent sur les « cap-horniers » ou les « antillais ». L’un d’entre eux, Julien Chauvelon, est commandant du Belem de 1900 à 1913. Les relations avec Nantes sont renforcées, en 1887, par la création d’une ligne de roquios, ces bateaux-omnibus à vapeur empruntés par les Nantais pour se rendre aux régates puis, au siècle suivant, dans les guinguettes et à la baignade de Trentemoult tandis que, devenus ouvriers, de nombreux Trentemousins et habitants du Sud-Loire les utilisent pour rejoindre les chantiers navals nantais.
Régate à Trentemoult
Date du document : début du 20e siècle
Le retour au fleuve
En 1946, le village est considéré comme un « îlot insalubre à cureter ». La suppression des roquios, en 1970, confirme sa perte d’attractivité. Mais un retour au fleuve se dessine : création du port de plaisance en 1979, relance des régates et tournage de La Reine Blanche par Jean-Loup Hubert en 1990, incitent les Nantais à redécouvrir Trentemoult. La pression immobilière dans la ville-centre pousse un nombre croissant d’entre eux, séduits par le site, à s’y installer, provoquant en retour une flambée des prix.
La liaison nautique avec Nantes est rétablie en 2005 par les navibus. L’Office du tourisme de Nantes intègre Trentemoult à ses circuits et conduit les visiteurs, à travers le labyrinthe des « maisons de pêcheurs » conçues pour affronter les crues, jusqu’aux demeures cossues des capitaines aux jardins plantés d’essences exotiques. Mais seules les manœuvres d’évitage d’un cargo épaulé par des remorqueurs signalent encore l’existence d’un port qui a dérivé vers l’aval, tandis que l’envasement des rives illustre les désordres infligés au fleuve par de trop lourds aménagements.
De Trentemoult, le regard embrasse la rive droite du fleuve, des tours de la cathédrale au pont de Cheviré et de l’Île de Nantes au coteau de Chantenay. Alors une évidence s’impose : c’est ici, sur ce quai, qu’il faut débarquer pour mieux comprendre Nantes.
André Péron
Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteur réservés)
2018
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Nantes, la métamorphose d'une ville - AURAN/Ina : Navette fluviale
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