Palliant la vulnérabilité des ponts autrefois endommagés périodiquement par les crues puis saturés par une circulation toujours plus dense, les passages par eau jouent un rôle d’appoint significatif dans la traversée de la Loire à Nantes, des bacs à rame d’hier aux actuels navibus, en passant par les fameux roquios.

Jean Moreau, dit Roquio, est un obscur gardien de bestiaux rezéen sorti de l’anonymat par les réjouissances auxquelles son mariage donne lieu en 1839, et surtout par le succès croissant de la fête populaire créée pour en célébrer chaque année l’anniversaire : l’Assemblée de Roquio. Donné au premier vapeur-omnibus de la ligne La Fosse-Trentemoult en 1887, ce nom devient le terme générique désignant les bateaux qui assurent la liaison entre Nord et Sud-Loire. Jusqu’en 1930, des compagnies privées exploitent des lignes reliant le quai de la Fosse, le Bas-Chantenay et Trentemoult. Aux escales, des pontons d’accostage, tels ceux du Cordon bleu et de la cale Crucy à Chantenay, s’adaptent aux effets du marnage. En 1930-1931, les Messageries de l’Ouest, en difficulté financière, cessent leur activité. Or les roquios transportent quotidiennement à Nantes les travailleurs du Sud-Loire, dont de nombreux ouvriers des chantiers navals. En fin de semaine, ce sont les Nantais qui se rendent dans les guinguettes de Trentemoult. Aussi la municipalité de Rezé décide-t-elle une exploitation en régie. Elle y met fin en 1958, l’année même où Nantes renonce à son tramway, en invoquant la même raison : le succès croissant de l’autobus et de l’automobile. Une société privée reprend l’exploitation, mais ce n’est qu’un sursis : en 1970, le Chantenay, dernier roquio en service, cesse son activité.

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C’est en juin 2005 seulement qu’un passage d’eau par navibus est rétabli entre la station Gare maritime et Trentemoult. Cette navette est connectée au réseau de transports de Nantes Métropole grâce à un contrat d’exploitation passé avec Finist’Mer, filiale voyageurs de la Compagnie ligérienne de transport. En 2006 puis en 2008, deux bateaux d’une capacité moyenne de 90 passagers, le Chantenay et l’Île de Nantes, prennent le relais du premier bateau. Le succès rencontré suscite quelques espoirs pour l’ouverture d’autres lignes et la construction d’une gare fluviale à Trentemoult.

« La Loire retrouvée » : c’est ainsi qu’Alexandre Chemetoff présente, en 1999, son Plan guide en projet pour l’Île de Nantes. Tandis que le port poursuit sa dérive vers l’aval, la réouverture des chemins d’eau donne à ces retrouvailles une dimension à la fois pratique, poétique et symbolique en redonnant à la Loire un rôle dans les déplacements urbains tout en donnant à voir la ville en mutation à partir de son fleuve. Un fleuve que le navibus, héritier des roquios, contribue à réintégrer dans l’espace urbain en tissant à nouveau un lien entre les deux rives.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

Les roquios en images

Ponton de la Bourse

Années 1910

Le roquio quitte le ponton de la Bourse pour se diriger vers l’île Gloriette. Au premier plan, les lavandières...

Ponton de la cale Crucy à Chantenay

Années 1910

À l'arrière plan, un trois-mâts est accosté sur le port de Trentemoult.

En savoir plus

Bibliographie

Bucher, Guy, « Les passages d’eau à Nantes », 303 : arts, recherches, créations, n°49, 1996, p. 82-87

Plat, Serge, « Roquio et le roquio », Neptuna, n°304, mars 2009, p. 9-16

Plat, Serge, « La Compagnie de navigation de la Basse-Loire », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°145, 2010, p. 283-311 

Plat, Serge, Des Roquios aux Navibus : le patrimoine comme inspiration de la création contemporaine, Coiffard, Nantes, 2010

« Sur la Loire nantaise au temps des roquios », Chasse-Marée, n°185, mars 2006, p. 42-52

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Roquio le Chantenay

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Rédaction d'article :

André Péron