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Mireille Joséphau (Nantes, 1940)


Première métisse sacrée Reine de la Mi-Carême en 1958, Mireille Joséphau reste la plus connue et la plus populaire dans la mémoire des Nantais.

Mireille Joséphau est née le 18 mars 1940 à Chantenay d'un père guadeloupéen et d'une mère bretonne. Après avoir vécu à Paris jusqu’à l’âge de huit ans, elle grandit à Trentemoult, dans le quartier de Norkiouse. À l'âge de seize ans, elle entame une formation à l'école d'esthétique Matile, située près de la place Graslin.

Des débuts dans une usine de confection

Ne pouvant donc poursuivre ses études faute de moyens, Mireille Joséphau commence à travailler, à dix-sept ans, chez Marguet, une entreprise de confection de chemises militaires rue Ouche-de-Versailles. La petite usine compte alors quatorze ouvrières qui confectionnent quatre-vingt-deux chemises à l'heure. Mireille est chargée de coudre les boutons grâce à une machine spécialisée. Véritable bout-en-train, elle chante, imite Joséphine Baker et Henri Salvador, entraînée par ses collègues qui lui promettent un kilo de bonbons en échange.

En 1958, ses collègues la poussent à s'inscrire à l'élection de reine du carnaval de la Mi-Carême. En vue de l’élection, les parents de Mireille se sacrifient et lui offrent une parure composée d'une paire de boucles d'oreilles et d'un collier en argent massif à la bijouterie Diedisheim, située près de la rue Crébillon.

Portrait de Mireille Joséphau, reine du Carnaval

Portrait de Mireille Joséphau, reine du Carnaval

Date du document : 20-01-1958

Une proclamation suivie d’un silence...

Le 20 janvier 1958, la foule se presse au Théâtre Apollo rue Racine pour le gala de l’élection. Vers 21h, le rideau se lève sur le premier acte de la revue annuelle « À vos ronds… fisc » d’Aimé Delrue, président du Comité des fêtes. À l’entracte, Eugène Bourasseau, chansonnier et figure majeure du monde festif nantais, présente et interviewe en « 45 secondes chrono » chacune des vingt-et-une postulantes devant une salle archi-comble. Chaque spectateur vote à bulletin secret. Le dépouillement a lieu en coulisses en présence du président, des membres du comités des fêtes et sous le contrôle de l’huissier Maître Sirot.

Groupe d'électeurs avant le vote pour l'élection de la reine du Carnaval

Groupe d'électeurs avant le vote pour l'élection de la reine du Carnaval

Date du document : 21-01-1958

Les résultats sont proclamés : Mireille est élue reine à une majorité imposante, Nadine Mérigaud, première demoiselle d’honneur et Françoise Rigaud, seconde. Mais l’annonce est suivie d’un silence. Ses amis de Trentemoult venus en masse, et notamment de nombreux Antillais, mettent fin au malaise en applaudissant à tout rompre. Si le silence n'a duré que quelques instants, Mireille Joséphau garde l'impression d'un moment interminable.

Il faut noter que les journalistes n’avaient pas prévu une telle issue au concours. Dans l’édition du Ouest-France du 21 janvier, aucune photo de la nouvelle reine n’est publiée alors que toutes autres les postulantes en bénéficient.

Article Ouest-France sans la photo de Mireille Joséphau

Article Ouest-France sans la photo de Mireille Joséphau

Date du document : 251-01-1958

Des cadeaux originaux…

Le lendemain à 10h, les trois nouvelles élues se font photographier dans le studio Bourgeois avant de déjeuner dans les salons Touz. Mais dès l’après-midi, Mireille doit retourner travailler aux établissements Marguet.

Portrait de Mireille Joséphau, reine du Carnaval, au travail

Portrait de Mireille Joséphau, reine du Carnaval, au travail

Date du document : 22-01-1958

Le soir, toujours au même Théâtre Apollo, Mireille et ses demoiselles d’honneur sont couronnées par les reines de la Mi-Carême de Cholet (autre grand carnaval de la région) en présence du Maire de Nantes. Elles reçoivent de nombreux cadeaux des commençants nantais : un vélomoteur Peugeot, un réfrigérateur, une montre en or, des parures, des bibelots, de la lingerie, des disques, des sacs de charbon et de pommes de terre, des faire-parts de mariage (si elles se marient dans l’année…). Dans la corbeille, on trouve des présents originaux : un chien que Mireille appelle « Mi-Carême », un tonneau en bois d'Armagnac, un petit serin pour la reine et des perruches pour les demoiselles d’honneur ou encore des balais de soie (don personnel du président Delrue…). Les élues gagnent également une dégustation de boudin et saucisses « Chez Pipette » à La Haye-Fouassière et trois coqs vivants par le patron du « Coq hardi » !

Portrait de Mireille Joséphau, reine du Carnaval, et ses dauphines

Portrait de Mireille Joséphau, reine du Carnaval, et ses dauphines

Date du document : 22-01-1958

Une année de représentations

Le 8 mars, la reine et ses dauphines sont reçues officiellement à l’hôtel de ville en ouverture de la Mi-Carême par le maire Henry Orrion. Le jour du premier défilé, le jeudi 13 mars, il pleut à torrent mais la foule est présente, acclamant la Reine de la Mi-Carême. « Le public était très gai, les confettis volaient partout et recouvraient les caniveaux de plusieurs dizaines de centimètres, les farandoles se formaient au fur et à mesure dans les rues de Nantes, le défilé coloré dura très longtemps », se souvient Mireille.

Mireille Joséphau et ses dauphines lors du défilé de la Mi-Carême

Mireille Joséphau et ses dauphines lors du défilé de la Mi-Carême

Date du document : 13-03-1958

Dès son élection, Mireille Joséphau est entourée et épaulée par Raymonde, l'épouse d'Aimé Delrue, dont elle se souvient comme d'une femme très belle et très élégante. Mireille s'entend également tout de suite très bien avec Nadine Mérigaud, sa dauphine avec qui elle reste en contact jusqu’à son décès, en avril 2016.

Pendant l'année de son règne, Mireille Joséphau est invitée à des dîners, notamment à l'Hôtel de France, en haut de la rue Crébillon, et à la Cigale, sur la place Graslin. Elle remet les bouquets aux vainqueurs des courses cyclistes nantaises, mais aussi lors du passage du Tour de France. Elle participe notamment à un dîner avec les cyclistes Louison Bobet, Jacques Anquetil et André Darrigade.

Mannequin internationale

En 1958, Mireille est aussi embauchée comme caissière au Katorza par la famille Pineau, propriétaire du célèbre cinéma. Elle y reste un an. C'est à cette époque qu'elle rencontre son futur mari Pierrick Thual. Ils se marient en 1962.

En 1965, elle accompagne son mari qui est nommé professeur au Portugal. Bien que Mireille ait déclaré après son élection qu’elle souhaitait « voyager, partir loin », elle quitte la Loire-Atlantique à reculons, attristée de laisser derrière elle famille et amis. Alors qu'elle conduit sa fille au lycée français de Lisbonne, un couple de Belges lui propose de faire du mannequinat. Elle devient modèle pendant les dix années que son mari enseigne au Portugal, puis durant les trois années qu'ils passent au Mexique. Mireille et Pierrick restent ensuite quatre ans en Équateur, avant de revenir sur Nantes après un court passage par Marrakech.

Une notoriété encore d’actualité

L’histoire de Mireille est portée à l’écran en 1990 par Jean-Loup Hubert dans son film « La reine blanche », avec Catherine Deneuve, Richard Bohringer, Bernard Giraudeau, Jean Carmet et Mireille Pultar dans le rôle de Mireille. L’élection lui a été racontée par sa sœur aînée, en classe à Rezé avec Mireille.

La notoriété de Mireille Joséphau ne s’est jamais éteinte. Elle fait toujours l’objet de nombreux articles de presse et en 1998, elle témoigne qu’il lui arrive encore que « dans les rues de Nantes, des personnes la reconnaissent et l’appellent par son prénom ou s’arrêtent pour lui dire quelques mots sympathiques, c’est incroyable ! »

Cécile Gommelet, Gaëlle Caudal
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2021

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En savoir plus

Bibliographie

Pajot, Stéphane, Bons baisers de Nantes, Photos, écrits et confettis..., Éditions d’Orbestier, 2004

Webographie

Nantes, la métamorphose d'une ville - Auran/Ina : Le carnaval de Nantes

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Rédaction d'article :

Cécile Gommelet, Gaëlle Caudal

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