Portrait de Félix Fournier, évêque de Nantes (1874)
Fresque des Acadiens

De la fin du 16e siècle au 19e siècle, les tanneries animent les bords de l'Erdre au Bourg-neuf, dans le Marchix, jusqu'à ce que de graves problèmes d'hygiène et de santé publique conduisent la municipalité à demander aux tanneurs de s’éloigner de la ville. Ces derniers sont jugés en partie responsables de l'émission de rejets polluant les eaux de l'Erdre, à l'origine de nombreuses épidémies. Comme d'autres tanneurs, la famille Vincent s'installe donc dans les années 1870 en amont de l'Erdre, sur le quai de Versailles.

A l'origine, une modeste affaire familiale

La première tannerie tenue par la famille Vincent est créée à une date inconnue rue des Vieilles Douves. Au début du 19e siècle, elle est tenue par Jean-Philippe Vincent qui s'engage pleinement dans le développement de l'atelier familial. L'activité est déménagée sur le quai des Tanneurs en 1820. En 1840, la fille de Jean-Philippe Vincent, Jeanne, est mariée à son cousin Joseph. Ensemble, ils auront huit enfants. Par la suite, Joseph Vincent succède à son beau-père et devient directeur de la tannerie Vincent.

Clocher de l'ancienne église Saint-Similien et vieilles tanneries au bord de l'Erdre

Clocher de l'ancienne église Saint-Similien et vieilles tanneries au bord de l'Erdre

Date du document : vers 1830

Le fonctionnement de la tannerie Vincent

L'activité centrale d'une tannerie est le traitement des peaux de bétail. Dans le passé, les tanneurs nantais se fournissaient en peau chez les bouchers. A partir de 1828, ils s’approvisionnent aux abattoirs de Talensac, installés à proximité des tanneries près de l'Erdre. Certaines peaux peuvent également venir de l'étranger. La première étape du traitement de la peau est le lavage qui consiste à enlever toutes les impuretés, les poils et les graisses. Les tanneurs prennent ensuite le relais. Ils plongent les peaux lavées dans des bains d'écorces en poudre ou de chaux afin de transformer la matière première en cuir. Après le tannage, ce sont les corroyeurs qui travaillent le cuir à l'aide de suif et de graisse pour lui conférer plus de souplesse. Comme la plupart des tanneries nantaises, la maison Vincent regroupent les activités de tannage et de corroyage. Suite au traitement des peaux, la tannerie vend la matière brute à des artisans et usines qui la transforment en produits manufacturés.

Une entreprise prospère

Pendant plusieurs décennies, le négociant-tanneur Joseph Vincent va s'enrichir et faire prospérer son entreprise. Lors de l'Exposition universelle de 1855 organisée à Paris, la tannerie nantaise se distingue parmi les exposants pour son savoir-faire de qualité, comme l'écrit Henri Boudin : « Ses produits se font remarquer par le beau choix des matières, par un travail consciencieux ; ses tiges de bottes, d'une solidité à toute épreuve, ont surtout un brillant que ses concurrents n'ont pas encore pu égaler. » Ce témoignage semble montrer que la tannerie Vincent ne se contente pas de vendre seulement de la peau traitée aux ateliers artisanaux et aux usines. Elle conçoit elle-même certains produits manufacturés pour les proposer à la vente.

Portrait de Joseph Vincent

Portrait de Joseph Vincent

Date du document : fin du 19e siècle

Pendant la guerre de Sécession (1861-1865), Joseph Vincent fournit du cuir aux soldats américains de l'Union et de la Confédération. 

Au fil des années, la maison Vincent gagne en importance dans le paysage industriel nantais. Le 19e siècle voit la fermeture progressive de nombreux ateliers de tannerie artisanaux employant deux ou trois ouvriers. Beaucoup d'entre eux se regroupent pour former des entreprises de taille plus importante. Cette transformation de l'activité des tanneries à Nantes s'explique pour deux raisons principales. Tout d'abord, la transformation de l'Erdre en canal de Nantes à Brest et l'aménagement du quai des Tanneurs amorcent le déclin de l'activité en centre-ville. Mais surtout, la municipalité demande expressément aux tanneurs de déménager leur activité polluante en campagne afin de lutter contre la pollution de l'Erdre. Ainsi, la tannerie Vincent absorbe cinq autres entreprises installées comme elle sur le quai des Tanneurs.

Château de la Gobinière à Orvault

Château de la Gobinière à Orvault

Date du document : début 20e siècle

Comptant parmi les industriels nantais les plus accomplis de son temps, Joseph Vincent investit une partie de sa fortune dans l'immobilier. En 1872, il se fait construire le château de la Gobinière à Orvault et rachète plusieurs fermes autour de sa nouvelle propriété.

Le déménagement au quai de Versailles

En 1874, un arrêté municipal autorise la construction d'une nouvelle tannerie pour la maison Vincent sur la rue Bouillé. La date de mise en activité de ces nouveaux locaux est inconnue. Néanmoins, il semble que Joseph Vincent prépare son retrait des affaires. En 1883, ses quatre fils s'associent pour créer la société « Les Fils de J. Vincent ».

Lettre adressée à Julien-Charles Lechat, maire de Nantes, à propos de la construction de la nouvelle tannerie Vincent

Lettre adressée à Julien-Charles Lechat, maire de Nantes, à propos de la construction de la nouvelle tannerie Vincent

Date du document : 09-12-1876

En 1884, une élévation de façade pour l'agrandissement de l'usine est commandée, puis en 1886 trois autres bâtiments sont construits en bordure de l'Erdre. La nouvelle tannerie Vincent occupe un îlot allant de la rue Bouillé au quai de Versailles.

Tanneries Vincent

Tanneries Vincent

Date du document : 04-02-2014

Pourquoi Joseph Vincent décide-t-il d'installer son activité à cet endroit ? Le manque d'espace suite à l’absorption d'autres tanneries et au développement des affaires pourrait expliquer la nécessité de faire construire de nouveaux bâtiments suffisamment grands pour accueillir les 300 ouvriers employés par les Vincent. De plus, il s'agit de suivre les recommandations de la municipalité qui tente de limiter la pollution des eaux en demandant aux industriels de s'installer en périphérie de la ville, d'autant plus que des projets de modernisation des bords de l'Erdre commencent à voir le jour. Ensuite, le nord de Nantes, encore peu urbanisé, apparaît comme un lieu d'implantation privilégié pour un industriel ayant besoin d'espace. Les abattoirs de Talensac, nécessaires aux tanneurs pour se fournir en peau, restent proches. Enfin, l'emplacement choisi pour les nouveaux bâtiments est à la confluence de l'Erdre et du Gué Moreau. La proximité de ces deux cours d'eau est un atout essentiel pour la tannerie qui nécessite un apport en eau important pour réaliser ses travaux.

Tanneries Vincent

Tanneries Vincent

Date du document : 11-05-2012

Le déclin de la tannerie

Suite au déménagement, les affaires continuent de prospérer quelques années grâce aux fournitures militaires. L'activité de la tannerie connaît ensuite un ralentissement. Après seulement une trentaine d'années de fonctionnement, elle ferme ses portes en 1913 pour s'installer rue Dos d'Âne, dans le quartier Pont-Rousseau. D'autres tanneries se sont déjà installées à cet endroit où convergent la Sèvre et la Loire. De nouveau, une mesure d'hygiène publique pourrait expliquer le transfert de la tannerie. Après le départ de l'usine, plusieurs entreprises occupent les locaux du quai de Versailles.

Tanneries Vincent

Tanneries Vincent

Date du document : 20-09-2012

Les années 1930-1950 marquent la fin des activités pour la maison Vincent qui ferme son usine rue Dos d'Âne.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2021

En bref...

Localisation :

Versailles (quai de) 37 ; Mandarines (avenue des), NANTES

Date de construction :

1886

Typologie :

architecture industrielle

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Noémie Boulay

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