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Séminaire Saint-Jean

Avec la passerelle piétonne de l’écluse Saint-Félix, le pont de Tbilissi est le dernier franchissement de l’Erdre avant que la rivière ne se jette dans la Loire voisine.

Pénétrantes nord-sud

Années 1970 : les grandes villes ne rêvent que « pénétrantes », « rocades », « périphériques » ; le progrès, c’est l’automobile. Nantes n’y échappe pas. De larges voies, véritables autoroutes, doivent amener dans le centre-ville le flot de voitures qui fera vivre le commerce. Au nord de la ville, l’autoroute Paris-sud de la Bretagne se construit. Une grande « pénétrante nord-sud » la reliera au centre-ville et au sud-Loire. Elle partira des alentours de la Chantrerie, passera entre le bourg de Saint-Joseph et l’Erdre. Un « boulevard des Européens » menaçant doit déboucher en face du lotissement de la Brosse (rues Fausto-Coppi et Gérard-Saint). Puis la pénétrante empruntera les berges de la rivière ; les rives de l’Erdre sont alors parfois jugées froides et plus ou moins malsaines. À la Tortière, on prévoit un doublement du vieux pont et la construction d’un échangeur au croisement avec la ceinture des boulevards nantais. La pénétrante doit ensuite passer en souterrain sous les cours Saint-André et Saint-Pierre, et atteindre la « deuxième ligne des ponts », éventuellement par un viaduc qui surplomberait le Champ-de-Mars.

Pénétrantes est-ouest

D’autres projets de pénétrantes est-ouest sont étudiés ; l’un d’eux doit frôler la cité des Castors de l’Erdre avant de traverser l’Erdre à la hauteur de la Roseraie. C’est là l’origine du « terrain de foot » des Castors.

Projet de « pénétrante est », entre le boulevard de Doulon et le Champ-de-Mars

Projet de « pénétrante est », entre le boulevard de Doulon et le Champ-de-Mars

Date du document : années 1970

La principale pénétrante est-ouest doit se construire plus au sud. Elle doit partir de l’autoroute d’Angers, traverser le boulevard de Mauves (avec un échangeur !), passer entre la gare et la cité Malakoff, traverser l’Erdre près de l’écluse Saint-Félix puis la pénétrante nord-sud au Champ-de-Mars (avec encore un échangeur !), et atteindre la berge de la Loire au bas de la chaussée de la Madeleine. La « petite Amazonie », ce coin de nature sauvage préservée, disparaîtra sous la « quatre voies » projetée. Il en reste un souvenir : le fac-similé de « péage » en bois utilisé par les promeneurs et par les fêtes de quartier.

Ecluse Saint-Félix

Ecluse Saint-Félix

Date du document : 29-05-2017

Le pont de Tbilissi

Le pont de Tbilissi est un maillon de cette voie est-ouest. Jusqu’alors, seule la passerelle de l’écluse permet aux piétons de gagner le stade Marcel-Saupin voisin. Les appels d’offres sont publiés en fin d’année 1976. Ils comprennent deux lots. Le premier, la maçonnerie, les piles et les culées (appuis en rives), est attribué à l’entreprise Dodin, une société nantaise qui a fait son chemin et dont le siège est maintenant à Paris, et à l’Entreprise de Travaux Publics de l’Ouest (ETPO), elle aussi nantaise. Il s’agit d’asseoir l’ouvrage sur la roche solide, un micaschiste qu’on ne rencontre qu’à plus de vingt mètres sous les alluvions.

Pour le tablier, on avait hésité entre le béton et le métal ; c’est finalement la solution métallique qui a été retenue. Elle constitue le second lot. Le tablier sera fait de deux poutres-caissons distantes de 7,35 mètres entre leurs axes, hautes de 1,63 mètre, larges de 2,15 mètres. La chaussée, 14,50 mètres de largeur, renforcée par des nervures, comprendra, dans un premier temps, deux voies de 3 mètres dans chaque sens, et des trottoirs de 1,25 mètre. Lorsque la pénétrante, terminée, serait devenue une autoroute, elle passerait au-dessus du quai, le pont serait relevé de 4,30 mètres, sa chaussée deviendrait « unidirectionnelle » avec trois voies de 3,50 mètres et une bande d’arrêt d’urgence de 2,30 mètres, ceci en attendant la construction d’un second pont parallèle. Plusieurs entreprises sont en concurrence, Baudin-Châteauneuf (de Châteauneuf-sur-Loire), Joseph Paris… C’est la société Jean Richard-Ducros, d’Alès, qui construira ce tablier, dans son usine de Charmes (Vosges). Le tablier est lancé les 30 et 31 mars 1978.

L’entreprise Richard-Ducros a récemment fait parler d’elle, hélas. Le petit atelier de serrurerie ouvert en 1868 au centre d’Alès était devenu une importante entreprise de constructions métalliques, « un des fleurons industriels alésiens », qui en 2011 employait 284 personnes, sans compter les 34 salariés de l’usine de Charmes ouverte en 1962 et ceux de quelques filiales. En 2011, Richard-Ducros était racheté par un géant industriel qui s’empressait de fermer les ateliers d’Alès…

Pont Tbilissi

Pont Tbilissi

Date du document : 01-06-2017

Les municipalités changent

En 1977, la municipalité d’Alain Chénard a remplacé celle d’André Morice. Les projets pharaoniques des « pénétrantes » ont dû aider à ce changement : ne parlait-on pas de détruire 900 maisons ? La politique de la nouvelle municipalité, explique le maire-adjoint Jean-Claude Bonduelle, revient à des « dimensions plus humaines », à des « vues plus simples », « en collaboration avec la population » (Archives municipales, 1510 W 13). Un audacieux développement des transports en commun, avec un tramway moderne en site propre, va lutter contre l’envahissement des rues par la voiture, et donner des idées aux grandes villes françaises.

Projet de franchissement de l’Erdre, en amont de l’écluse

Projet de franchissement de l’Erdre, en amont de l’écluse

Date du document : années 1970

À Saint-Joseph, la partie sud du boulevard des Européens a été abandonnée ; seule, la partie nord, entre la Chantrerie et Carquefou, sera réalisée. Une « rocade nord » va traverser l’Erdre par un second pont de la Jonelière et desservir le nouveau parc des expositions. À Malakoff, la partie de la pénétrante qui aurait isolé encore un peu plus la cité, est remise à une date si ultérieure qu’on peut dire qu’elle est oubliée. La « pénétrante-est » entre Bellevue et le boulevard de Mauves, ainsi que le pont sur l’Erdre, sont mis en service le 6 février 1979, à 14 h 15, précise le quotidien Presse-Océan. L’évènement passe un peu inaperçu, les Nantais ont d’autres soucis : un gros conflit social à l’usine Brissonneau-et-Lotz, un projet de centrale nucléaire au Pellerin… Le boulevard de Sarrebruck, le long du fleuve, remplace le maillon manquant, avant d’être lui-même sérieusement « pacifié » quelques années plus tard.

Le « baptême » du pont

Depuis quelques années, la ville allemande de Sarrebruck est jumelée avec Nantes et avec Tbilissi. Oskar Lafontaine, le maire de Sarrebruck, propose à Alain Chénard de jumeler Nantes avec la capitale de la Géorgie ; le Conseil municipal donne son accord en février 1978. En mars 1979, pendant les fêtes du Carnaval nantais, une cérémonie rassemble les municipalités de Nantes, de Tbilissi et de Sarrebruck : le nouveau pont du canal Saint-Félix devient le Pont de Tbilissi.

2018

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Rédaction d'article :

Louis Le Bail

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