Musée Jules Verne
Pierre Louis Athénas (1752 – 1829)

En 1872, la manufacture Leglas-Maurice s'installe dans la rue qui porte aujourd’hui son nom. Spécialisée dans le mobilier de luxe et de série, cette entreprise familiale devient l'un des principaux producteurs de meubles français à la fin du 19e siècle.

Une affaire de famille 

La manufacture de meubles Leglas-Maurice est fondée en 1790. Les ateliers de fabrication sont installés au 1 rue de la Garde-Dieu et au 7 rue Saint-Jean tandis qu’un magasin permet d’exposer les créations de l’entreprise au 9 rue de Briord. En 1848, François-Pierre Leglas-Maurice prend la direction de l’affaire familiale. En plus de ses activités dans l’industrie, ce chef d’entreprise occupera diverses fonctions à Nantes : conseiller, vice-président et président des Prud’hommes de Nantes de 1855 à 1888, conseiller municipal de 1860 à 1871 et membre de la Chambre de commerce de 1886 à 1895. 

Lorsque François-Pierre Leglas-Maurice accède au poste de directeur, l’entreprise éprouve des difficultés financières, aggravées par l’incendie des ateliers en 1857. Toutefois, l’entrepreneur parvient à améliorer la situation en quelques années. Au moment de l’exposition nationale de 1861 organisée à Nantes, la maison Leglas-Maurice affiche un chiffre d’affaires de plus de 1 million de francs alors qu’il n’était que de 250 000 francs les années précédentes. Pour atteindre cet objectif, le directeur de l’entreprise a mis en place des règles strictes dans son atelier afin, d’après ses dires, de « moraliser l’ouvrier et d’obtenir une excellente fabrication ». 

Hôtel de la Bouvardière, rue de Briord

Hôtel de la Bouvardière, rue de Briord

Date du document : début du 20e siècle

Le fonctionnement de l’entreprise 

Les 300 ouvriers que comptent l’entreprise doivent respecter un règlement rigoureux affiché sur les murs de chaque atelier. Ils sont surveillés par un directeur d’atelier chargé de transmettre les ordres venant du siège de Briord et de tenir la comptabilité. Les ouvriers, pour la plupart engagés très jeunes en tant qu’apprentis dans la manufacture, sont fidèles à l’entreprise qui les a formés. Leglas-Maurice a fait le choix de proposer à ses employés une caisse de secours leur permettant d’être aidé en cas d’accident ou de maladie. 

Papier en-tête de la manufacture Leglas-Maurice

Papier en-tête de la manufacture Leglas-Maurice

Date du document : 25-08-1874

La maîtrise de l'ensemble des étapes de la chaîne de production jusqu'à la vente des objets manufacturés en magasin par l'entreprise justifie le nombre important d’ouvriers et la qualité des produits. Les menuisiers conçoivent les meubles, tandis que d’autres ouvriers se chargent de l’ornementation, habituellement confiée à des marchands d’ornement de bronze et de quincaillerie. Certains employés se sont spécialisés dans le travail du marbre qu’ils découpent, scient, taillent et polissent eux-mêmes. Les pièces de serrurerie sont également forgées et travaillées par la maison Leglas-Maurice. Les dorures des cadres et des meubles sont exécutés par d’autres ouvriers tandis que l’étamage des glaces et miroirs, qui consiste à appliquer une couche d’étain sur une pièce métallique, est également réalisé dans les ateliers. Enfin, un groupe d’une cinquantaine d’ouvriers confectionne tapisseries et matelas. 

La maison Leglas-Maurice a également recours à des modèles. Ils permettent de reproduire des ornements en pâte afin de réaliser des meubles à la portée de toutes les bourses. 

Une fois le produit terminé, il est envoyé dans les magasins de la rue de Briord. Du mobilier de luxe, mais aussi des articles bon marché sont proposés à la clientèle, tout comme une large gamme de tentures, tapis et tapisseries. 

Manufacture Leglas-Maurice

Manufacture Leglas-Maurice

Date du document : 1882

L’exposition nationale de 1861

En 1861, la municipalité nantaise organise une exposition nationale visant à promouvoir son commerce et son industrie. L’événement concerne aussi bien le secteur industriel que l’agriculture et les beaux-arts. Leglas-Maurice fait partie des exposants. 

En tant que participant au concours d’ameublement de luxe, la maison présente des modèles de meubles aux divers stades de leur production. Le mobilier est mis en scène dans un cadre de vie reconstitué, à l’exemple d’un salon de compagnie style Louis XVI, une salle à manger en noyer sculpté avec des incrustations en marbre vert ou encore une chambre de dame. La chambre de campagne, toute entière en noyer, promeut l’ébénisterie bon marché, une des spécialités de Leglas-Maurice. A ce propos, le directeur de la maison explique aux jurys de l’exposition qu’il s’agit pour son entreprise de donner le goût de l’art aux revenus modestes afin qu’ils aient envie d’acquérir à leur tour des meubles finement travaillés, mis à la portée de leur bourse. Il justifie également l’excellence de ses produits fabriqués en province par le bon traitement de ses employés, tandis que la précarité des ouvriers parisiens nuit à la qualité du mobilier sortant des usines de la capitale. La maison Leglas-Maurice se voit décerner la médaille d’honneur, en reconnaissance de l’excellence de son savoir-faire et de ses démarches novatrices. 

Une nouvelle manufacture

En 1872, lors du percement de la rue de Strasbourg, François-Pierre Leglas-Maurice acquiert la propriété de la Rosière, au Mont-Goguet, située dans l’actuelle rue Leglas-Maurice. Dans la partie nord du parc de sa nouvelle propriété, il construit une nouvelle manufacture à trois niveaux dont un sous-sol. Un niveau sous le toit mansardé est rajouté postérieurement. Le bâtiment est percé d’une porte monumentale permettant d'accueillir les matières premières de grande envergure nécessaires à la conception des meubles. La propriété de la Rosière est également dotée d’un hôtel particulier. Cet immeuble de style néo-renaissance, construit dans la première moitié du 19e siècle, est agrandi par François Leglas-Maurice entre 1873 et 1885 pour en faire une véritable vitrine de son industrie. Il y expose les créations de ses ateliers dans des décors éclectiques, allant du style Louis XV en passant par du Louis XVI. Au premier étage, la cage d’escalier est éclairée par des vitraux datés de 1885 et signés du peintre-verrier nantais Antoine Meuret.

Façade de la Maison du directeur de la Manufacture Leglas-Maurice

Façade de la Maison du directeur de la Manufacture Leglas-Maurice

Date du document : vers 1890

La succession

L’entreprise se développe dans le contexte favorable du Second Empire où le style éclectique mélangeant différents styles de décors et d’architectures est apprécié. Cette tendance est propice à la vente de mobilier de luxe et à la conception de meubles en série. La maison Leglas-Maurice connaît une croissance telle qu’elle est l’une des plus grandes enseignes d’ameublement de France dans les années 1880-1890. Elle devient sous-traitante des Chantiers navals de Penhoët basés à Saint-Nazaire et réalise l’équipement intérieur de plusieurs paquebots comme La Champagne et La Bretagne dans les années 1880 ou encore Le Normandie en 1932. En 1913, l’entreprise familiale est reprise par le fils et le gendre de Pierre-François Leglas-Maurice. Elle cesse toute activité après la Seconde Guerre mondiale. 

Dans les années 1950, les bâtiments sont acquis par le Diocèse de Nantes pour y installer la Direction de l’Enseignement Catholique de Loire-Atlantique. Un incendie détruit en partie les bâtiments en 1986 qui sont reconstruits et rehaussés entre 1987 et 1988. 

Manufacture Leglas-Maurice

Manufacture Leglas-Maurice

Date du document : 26-02-2014

Les locaux accueillent également de nos jours l’institut supérieur Ozanam qui assure la formation des instituteurs et des professeurs des collèges et lycées privés du département. 

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole 
2021

En bref...

Localisation :

Leglas Maurice (rue) 15, NANTES

Date de construction :

1872

Typologie :

architecture industrielle

En savoir plus

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Noémie Boulay

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.