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Rapport à la Bretagne Service des Eaux 

1567

Anticléricalisme


C’est à la fin du 18e siècle que commence à se développer dans la bourgeoisie nantaise une certaine forme d’anticléricalisme visant les ordres monastiques, propriétaires de nombreux établissements dans le centre de la ville.

Des origines révolutionnaires

Au début de la Révolution, il se manifeste surtout contre les prêtres réfractaires (le 3 juin 1791, des femmes révolutionnaires vont fouetter les religieuses des Couëts hostiles au nouvel évêque jureur), puis devient largement anticatholique après l’attaque de Nantes par les Vendéens en 1793. Saccagée à plusieurs reprises, la cathédrale est transformée en écurie et en arsenal militaire jusqu’en 1802. La vie religieuse ne reprend véritablement à Nantes que sous le Consulat. 

Jusqu’à la révolution de 1848, l’anticléricalisme disparaît, la bourgeoisie nantaise, face aux revendications sociales, ne souhaitant pas s’aliéner l’Église catholique, facteur d’ordre. Il ne se manifeste guère qu’au lycée (« Collège royal » à partir de 1814) en butte aux attaques de l’Église qui supporte mal cette concurrence dans l’enseignement. La révocation en mai 1848 d’un professeur, Marc-Lucien Boutteville, auteur d’un opuscule jugé anticlérical, ne suscite cependant guère de protestations.

Processions interdites et manifestations

Sous le Second Empire, puis sous la Troisième République, la mainmise de l’Église catholique sur tout le système d’enseignement, par la loi Falloux, relance l’anticléricalisme. En septembre 1872, des pèlerins revenant de Lourdes sont molestés en gare de Nantes aux cris de « À bas les Lourdaux » et en 1880, suite à des incidents lors de l’expulsion des capucins, la mairie républicaine interdit les processions dans la ville.

Affiche,  <i>A Jeanne d'Arc : trahie par son roi, brûlée par les prêtres</i> 

Affiche,  A Jeanne d'Arc : trahie par son roi, brûlée par les prêtres 

Date du document : 1923

De l’affaire Dreyfus à la crise des inventaires, de grandes manifestations politico-cléricales provoquent des contre-manifestations anticléricales menées par les radicaux, les socialistes, les loges franc-maçonnes, la Libre pensée et la Ligue des droits de l’homme, leur cri de ralliement étant : « À bas la calotte ! »… Un militant socialiste, Pierre Goulay, est tué lors d’un de ces affrontements le 14 juin 1903. Mais, jusqu’en 1958, c’est la rivalité entre l’école confessionnelle et l’école laïque (« l’école du diable ») qui alimente surtout l’anticléricalisme, rare thème commun à tous les partis de gauche divisés par ailleurs sur bien d’autres points.

Depuis le début de la Cinquième République, l’anticléricalisme s’est surtout exprimé à Nantes lors de grandes manifestations dénonçant le financement des écoles confessionnelles par l’État. En raison de la déchristianisation et de la perte de l’influence de l’Église, il ne trouve plus guère écho que dans quelques organisations comme la Libre pensée et la fédération départementale de Force ouvrière, où l’influence anarcho-syndicaliste reste forte. Au plan politique, l’anticléricalisme a longtemps subsisté à la SFIO et a ainsi retardé l’entrée de nombreux catholiques de gauche au Parti socialiste.

Jean Guiffan
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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En savoir plus

Bibliographie

Guiffan Jean, « Les premiers temps de la section nantaise de la Ligue des droits de l’homme (1900-1908) », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°146, 2011, p. 325-333

Jarnoux Alphonse, La Loire leur servit de linceul : les prêtres victimes de la première noyade (Nantes, 16 novembre 1793), Impr. cornouaillaise, Quimper, 1972

Launay Marcel, « De Michelet au cartel des gauches : l’affaire des processions nantaises », dans Hollander, Paul d’(dir.), L’Église dans la rue. Les cérémonies extérieures du culte en France au 19e siècle, Presses universitaires de Limoges, Limoges, 2001, p. 139-154

Librec Henri, La franc-maçonnerie dans la Loire-Inférieure, 1744-1948, Impr. du Commerce, Nantes, 1948

Pilven Le sevellec, Yves, Pour quelques chandeliers. La loi du 9 décembre 1905 dite de Séparation des Églises et de l’État. Les réactions, les événements en Loire- Inférieure, Opéra, Haute-Goulaine, 2005

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Jean Guiffan

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