Nantes la bien chantée : Sur le pont de Nantes
Le dessous des sols : square Fleuriot de Langle

L’opposition qui se manifeste dans une grande partie de la France contre la levée de 300 000 hommes devant aller combattre aux frontières touche également Nantes et le département de Loire-Inférieure : à partir du début mars 1793, les paysans se révoltent en Bretagne, dans le Maine et autour de Nantes, de la presqu’île guérandaise jusqu’en Vendée. Le mouvement est important : en quelques jours les petites villes sont investies, les représentants de la Nation sont obligés de fuir, ou emprisonnés et parfois mis à mort.

Après le 11 mars, des bandes de jeunes gens soutenus par leur communauté s’agrègent et convergent vers Nantes. Le 15 mars, alors qu’environ 5 000 partisans de la République sont disponibles en ville, une dizaine de milliers d’insurgés se retrouvent au Pont du Cens, au nord de la Loire, et se préparent à l’attaque. Il faut une sortie des gardes nationaux, le lendemain, pour casser le siège, alors que d’autres bandes affluent au sud.

Plus qu’un retour à l’Ancien Régime, les insurgés demandent l’autonomie des communautés rurales vis-à-vis des pouvoirs nationaux, notamment dans l’exercice du culte. Ils sont en cela proches des termes du discours que le roi Louis XVI a tenu le 23 juin 1789. Ils attendent, après une explosion de colère, l’ouverture d’une négociation plus que la création d’une contre-société, et ne suivent ni les princes en exil, ni les émigrés, dont ils ignorent tout.

Bien que dénués de revendications claires, leurs rassemblements les rangent dans une opposition à la marche de la Révolution, parfois renforcée par des actes irréparables, comme à La Roche-Bernard où le président du district, Joseph Sauveur, meurt héroïquement sous leurs coups, et surtout comme à Machecoul, dont l’occupation est accompagnée par l’exécution de « patriotes », provoquant un exode vers Nantes.

Bien que le mouvement soit identique de part et d’autre de la Loire, aucune liaison n’est établie entre les insurgés du sud et ceux du nord du fleuve. En revanche, au nord, un semblant d’organisation se met en place entre les révoltés de l’est du département et leurs homologues de l’Anjou, ce qui prélude à la création d’une zone durable de combat contre-révolutionnaire.

Le siège de Nantes est rompu le 18 mars et les bandes reculent, sans disparaître, laissant libres les voies de communication les plus importantes. La répression qui suit ouvre cependant une période nouvelle, quelques insurgés étant jugés et exécutés en tant que hors-la-loi, procédure annonçant celle que la Convention allait légaliser après le 18 mars.

À partir de là, les destins divergent de part et d’autre de la Loire. La bataille de Pont-Charrault, le 19 mars, conduit les Conventionnels à identifier la guerre de Vendée comme le principal péril. La chouannerie ne deviendra dangereuse qu’après 1794.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteur réservés)
2018

En savoir plus

Bibliographie

Archives municipales de Nantes, Macé, François (réd.), Les citoyens-militaires, la garde nationale de Nantes (1789-an 2), Nantes, 1993

Berranger, Henri de, "Heur et malheur du 91e maire de Nantes, Baco de la Chapelle", Bulletin de la société archéologique et historique de Loire Atlantique, n°111, 1972, pp. 31-40

Bourgeon, Jean, Hamon, Philippe (dir.), L’insurrection de mars 1793 en Loire-Inférieure, Nantes-Histoire, Nantes, 1993

Guicheteau, Samuel, «Allons enfants de la patrie : l’engagement des Nantais dans la défense nationale et révolutionnaire, et sa portée politique (1791-1793) », Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, n°87, 2009, pp. 197-229

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Rédaction d'article :

Jean-Clément Martin

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