Armoiries de la Ville de Nantes
Yves Cosson (Châteaubriant, 1919 – Nantes, 2012)

André Morice (Nantes, 1900 - Paris, 1990)

A

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Le 2 mai 2010, le fils d’André Morice offre à la ville de Nantes une photographie d’Aristide Briand que possédait son père. Le maire, Jean-Marc Ayrault, le remercie et déclare qu’il s’agit « d’un moment symbolique parce que sont réunies deux figures de l’histoire de Nantes. Aristide Briand, bien entendu, figure tutélaire et historique de l’histoire de la République, onze fois président du Conseil, vingt fois ministre, cofondateur du Parti socialiste avec Jean Jaurès, prix Nobel de la paix en 1926, et André Morice, ancien ministre de la Quatrième République et sénateur maire de Nantes de 1965 à 1977 ».

Portrait d'André Morice, maire de Nantes

Portrait d'André Morice, maire de Nantes

Date du document : 20e siècle

Ce rapprochement permet de cerner certains critères de la notoriété politique : l’ancrage local, une carrière nationale, des mandats successifs et variés. Il montre aussi comment la flexibilité des idées, dont « l’ondoyant » Aristide Briand fut un maître, peut assurer la longévité politique.

André Morice n’est pas un héritier « social » : son père est électricien ; mais c’est un héritier « politique » : son père est un notable du Parti radical-socialiste, élu de 1908 de 1935 au Conseil municipal de Nantes. Comme Briand, Morice fait ses études au lycée de Nantes, puis son droit à Paris. Dès le début des années 1930, il mène de front une carrière politique et une activité de chef d’entreprise. Président des Jeunesses radicales, il est aussi fondateur en 1931 de l’Entreprise nantaise de travaux publics (ENTP) qu’il dirige jusqu’en 1968. Mobilisé en 1939, fait prisonnier, il est libéré par les Allemands en 1943.

Élu maire adjoint et député en 1945, grâce à un rapprochement entre les partis de gauche, il fait face aux accusations de collaboration économique, car son entreprise a travaillé à la construction du mur de l’Atlantique.

Il prend une dimension nationale avec la fin du tripartisme en 1947. Plusieurs fois secrétaire d’État et ministre de la Quatrième République, il porte alors un moindre intérêt à Nantes bien que toujours élu au Conseil municipal et directeur du Populaire.

Ayant rompu avec le Parti radical, il devient ministre de la Défense en 1957 et fait construire un barrage électrifié entre la Tunisie et l’Algérie. Cette « ligne Morice » fait resurgir l’affaire de l’ENTP, Jacques Duclos déclarant que «monsieur Morice est un spécialiste des fortifications de guerre ».

L’avènement de la Cinquième République, à laquelle il est hostile, et son choix de l’Algérie française, l’écartent des responsabilités nationales. Reste alors Nantes où il passe pour un homme de gauche, ou au moins pour un militant laïque. Il gagne les élections municipales de 1965, puis de 1971, à la tête d’une liste allant de l’extrême droite à la SFIO, rejetant gaullistes et communistes. Pendant ses deux mandats, il s’efforce de faire bénéficier Nantes de la décentralisation industrielle, de promouvoir la récente université. Il pose les jalons de l’intercommunalité dans les transports en commun. Il marque le paysage urbain par le développement de l’île Beaulieu et surtout par la tour Bretagne inaugurée en 1976. Battu en 1977 par son adjoint socialiste Alain Chénard, il quitte la vie politique en 1983 à la fin de son mandat de sénateur. Son nom est donné à un quai de Loire en 1990. Son buste en bronze jouxte la photographie d’Aristide Briand à la mairie de Nantes.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteurs réservés)

 

En savoir plus

Bibliographie

Cozic, Jean-Charles, Garnier, Daniel, La presse à Nantes de 1928 à nos jours, T. 3, L’Atalante, Nantes, 2009

Dictionnaire des parlementaires français 1940-1958, T. 5, La Documentation française, Paris, 2005, p. 481-486

Guyvarc’h, Didier, La construction de la mémoire d’une ville, Nantes, 1914-1992, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d’Ascq, 1997

Liaigre, Franck, L'étrange ascension d'un maire de Nantes. André Morice, la Collaboration et la Résistance, L’Atelier, Paris, 2002

Petaux, Jean,  Le changement politique dans le gouvernement local : le pouvoir municipal à Nantes, Pedone, Paris, 1982

 

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Rédaction d'article :

Didier Guyvarc'h

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