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Chapelle Saint-Georges, Saint-Georges des Batignolles, Saint-Georges de la Beaujoire… En 1921, l’évêché fait de ce secteur de Nantes une paroisse.

Avant les Batignolles

Jusqu’au début du 20e siècle, Saint-Georges est un domaine, situé le long de la route de Paris à la sortie de Nantes. On y voit une ferme, ses terres, ses bois, et aussi deux chapelles. L’une est en ruine ; dans l’autre, on vénère saint Georges et saint Agapit. Il appartient au seigneur de Ranzay (Clermont-Ranzay), qui fait rénover et agrandir la chapelle en 1657. En 1793, l’armée fait abattre le clocher qui sert d’observatoire aux contre-révolutionnaires.  Le calme revenu, un propriétaire se fait bâtir un petit château, tout en conservant la ferme et ce qui reste de la chapelle.

Village et chapelle de Saint-Georges

Village et chapelle de Saint-Georges

Date du document : 21-02-2013

1917 : La société des Batignolles de Paris décentralise sa partie « constructions métalliques » à Nantes, en achetant le domaine Saint-Georges. Les anciennes constructions laissent la place à l’usine de locomotives. Trois cités ouvrières l’entourent ; les propriétaires, la famille Gouïn, sont des patrons « sociaux », et les cités sont pourvues d’une école, d’un dispensaire, de terrains de sports, et d’une église. Les maisons ouvrières ont été préfabriquées à Angers par la société Bessonneau, qui fournit l’église, en bois elle aussi. Elle est édifiée à l’angle d’une nouvelle rue, le boulevard des Batignolles, et du chemin de Saint-Gorges, qui deviendra plus tard l’avenue de la Gare-Saint-Joseph. Les trois cités, ce sont bientôt 2 000 nouveaux habitants ; il faut y ajouter les nombreux commerçants qui s’installent aux alentours.

Eglise Saint-Georges

Eglise Saint-Georges

Date du document : début du 20e siècle

Joseph Guiho, curé de Saint-Georges

Joseph Guiho, né en 1881, est « délégué pour organiser le culte dans le quartier des Batignolles ». Les Batignolles lui refusant un logement dans les cités, il est d’abord hébergé aux moulins de Belle-Île, près du pont de la Jonelière, puis se fait construire un presbytère près de l’église. En 1924, l’évêché décide d’ériger le secteur en paroisse, dont Joseph Guiho devient le curé. Il a une bonne expérience du monde ouvrier, un monde qui sent rarement l’Église à son côté lorsqu’il réclame de meilleures conditions de vie ; son poste précédent était : vicaire à La Montagne, chez les ouvriers d’Indret.

La nouvelle paroisse ampute celle de Saint-Médard de Doulon et celle de Saint-Donatien, sans trop de contestation ; à part la Ville-en-Chien, ce sont surtout des établissements industriels qui occupent les lieux. Le curé de Saint-Joseph est moins accommodant ; sa paroisse est pauvre, il va perdre, dit-il, 156 personnes sur les 800 habitants de sa paroisse, et beaucoup, cultivateurs, jardiniers, sont pratiquants.

Joseph Guiho va savoir se faire accepter. Il crée de nombreuses œuvres, un patronage pour les enfants dès 1921, une « Amicale » présidée par le voisin Robert de La Tullaye, une colonie de vacances à Batz-sur-Mer (Kervalet). D’anciens cheminots ont créé une société de secours mutuels. Il ouvre une caisse de secours en cas de maladie, une « caisse rurale et ouvrière » de prêts… En 1927, il lance le mensuel Entre Nous, bulletin de liaison destiné aux familles, à ceux qui sont partis du quartier. « Le sport est pour nous un mal nécessaire, écrit-il, c’est-à-dire qu’il faut savoir accepter ». Le football est vite abandonné, malgré de bons résultats : les matches ont lieu au moment des messes ; le basket est plus facile à surveiller ; les filles, quant à elles, peuvent pratiquer un sport « décent », le volley.

Les résultats sont là ; l’église est rapidement devenue trop petite ; lors de certaines cérémonies, les fidèles qui ne peuvent entrer réquisitionnent les chaises du bistrot d’en face, le café Alemany (aujourd’hui café Saint-Georges). Il reste pourtant de nombreux sujets d’agacement ; l’école de l’usine est laïque ; il existe dans le quartier une section de la Ligue des Droits de l’Homme qui n’a pas bonne réputation dans les milieux cléricaux ; il y a même quelques francs-maçons ; vers 1929, il s’est créé un Groupement de Défense Laïque (une Amicale Laïque), avec une bibliothèque, auquel adhèrent plusieurs ouvriers et cadres. L’intendante des cités, Mme Loukianoff, « est d’une moralité très laïque ».

La direction nantaise de l’usine accepte d’aider le prêtre dans ses œuvres,  mais elle ne souhaite guère avoir de problèmes religieux ou scolaires en plus de ses relations parfois houleuses avec les syndicats, et certaines réclamations sont purement ignorées. D’ailleurs, chacun y met un peu de bonne volonté ; par exemple, l’école accepte de déplacer sa fête de Noël pour ne pas concurrencer les cérémonies religieuses.

La nouvelle église

En 1934, Joseph Guiho fait construire une église « en dur » pour agrandir l’église en bois ; l’architecte René Ménard, auquel on doit l’église Sainte-Thérèse, en dessine les plans. L’écrivain nantais Paul-Louis Rossi nous dit que son père, Paolo Rossi (qui sera fusillé par les Allemands), a travaillé à sa construction. L’église en bois, par laquelle on pénétrait dans le nouveau bâtiment, ne sera supprimée qu’en 1966. En 1936, Joseph Guiho est nommé vicaire général du diocèse de Nantes, poste qu’il occupera jusqu’à son décès en 1957.

Eglise Saint-Georges

Eglise Saint-Georges

Date du document : années 1950

La fin des cités en bois

Après la guerre, les cités en bois, vieillissantes, sont peu à peu abandonnées par leurs habitants. La population se déplace vers la route de Saint-Joseph et vers la Pilotière, ce qui entraîne la création de nouvelles paroisses : Dom Bosco en 1950, Saint-Jean-Baptiste en 1958, Saint-Bernard en 1960. Si le bulletin Entre Nous avait totalement ignoré 1936, le mouvement de 1968, la grande grève des Batignolles en 1971, ne laissent pas les prêtres indifférents, bien au contraire, ce qui les fait soupçonner par certains de « socialisme », voire de « marxisme » ; pour d’autres au contraire, l’Église est accusée d’être restée trop conservatrice. Des Batignollais, fidèles soutiens de l’église, sont aussi maintenant de non moins actifs syndicalistes, ce qui doit sans doute contribuer à l’évolution du clergé. En 1981, l’évêché décide de regrouper Saint-Georges, Saint-Bernard et Saint-Joseph. La construction des tours de la Halvêque n’a guère amené de nouveaux fidèles à Saint-Georges. Une nouvelle église a été construite ; le 14 juin 1992, Yves Garnier célèbre la dernière messe à Saint-Georges des Batignolles ; le 21 juin, Philippe Priou célèbre la première messe à Saint-Georges de la Beaujoire.

2006 voit la construction de l’église orthodoxe Saint-Basile près de la nouvelle église, suivie quelques années plus tard par une église évangélique.

Un patrimoine sauvé par les habitants

Et Saint-Georges des Batignolles ? Elle n’est plus utilisée, il est question de la détruire. C’est un tollé dans le quartier, qui voit peu à peu disparaître tout le patrimoine des Batignolles. De plus, le chœur de l’église est orné d’une belle fresque réalisée par l’abbé Bouchaud en 1948. La protestation du Comité de quartier, croyants et incroyants, est entendue.

Eglise Saint-Georges

Eglise Saint-Georges

Date du document : 05-11-2014

La Ville de Nantes rachète le bâtiment, y ajoute une vaste salle destinée aux répétitions de troupes artistiques, théâtre, danse... La vieille église est sauvée !

2018

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