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1784 : le ballon Suffren s’envole dans le ciel de Nantes Maison Amieux-Carraud

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Parc de Procé


En 1912, Paul Bellamy, le maire, propose à son Conseil municipal d’acquérir un parc de 12 hectares sur les rives de la Chézine, un affluent de la Loire, à l’ouest de la ville. Le domaine a appartenu à un armateur, Pierre Marion de Procé. Des élus objectent que la propriété est bien excentrée, mais le maire répond : « Il arrivera une époque où ce parc se situera en pleine ville et les Nantais d’alors nous seront reconnaissants de leur avoir ménagé le plaisir d’y passer d’agréables moments. »

Paul Bellamy ne se trompait pas : le parc de Procé, aujourd’hui cerné par la ville et entouré de constructions, est devenu un lieu de promenade particulièrement goûté des citadins. Conçu autour d’un manoir construit en 1789 – il accueille maintenant un restaurant et des expositions –, ce parc à l’anglaise est créé en 1866 sur les plans du paysagiste nantais Dominique Noisette. À son extrémité ouest, un lieu-dit « Le repos de Jules César » marque l’endroit où, selon la légende, le général romain aurait fait halte après sa victoire navale contre les Vénètes.

Les pelouses du parc sont les premières où le public ait eu l’autorisation de marcher dans les jardins nantais. Des magnolias, des camélias, des érables japonais, des rhododendrons géants menacés par des opérations immobilières y sont transplantés et entourés de soins attentifs pour vivre une nouvelle existence. Le parc abrite l’un des plus vieux tulipiers de France. À proximité du boulevard des Anglais, une fontaine est décorée des statues de l’ancienne Poissonnerie qui se trouvait à la pointe de l’île Feydeau avant les comblements de la Loire.

Procé joue un rôle dans la géographie littéraire de Nantes. Pendant la guerre, en 1915 et 1916, étudiant en médecine affecté à un hôpital militaire aménagé non loin de là, dans le lycée de jeunes filles de la rue Du Boccage, André Breton se promène souvent dans le parc. Il évoque ces marches dans Nadja, comme le rappelle une plaque posée sur les murs du manoir. Dans Entretiens, 1913-1952, le fondateur du surréalisme raconte comment les visions de Rimbaud, retranscrites dans les Illuminations, prennent corps dans les paysages de Procé : « Ici, la maison du général dans Enfance, là “ce pont de bois arqué”, plus loin certains mouvements très insolites que Rimbaud a décrits : tout cela s’engouffrait dans une certaine boucle du petit cours d’eau bordant le parc qui ne faisait qu’un avec “la rivière de cassis”.»

Des années plus tard, Julien Gracq met ses pas dans ceux d’André Breton : « Oui, la vision de Breton se prolonge : “la rivière de cassis” roule toujours ici, ignorée en des vaux étrangers » (La Forme d’une ville). Dans ce ricochet de l’hallucination, dans cette transfiguration d’un parc, on peut voir avec Gracq, un exemple de « l’aptitude particulière d’une ville à fournir indéfiniment, souplement, à l’imagination sollicitée par la poésie, des repères, des modèles et des chemins ».

Thierry Guidet
Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteur réservés)
2018

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