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Ancienne poissonnerie de l'île Feydeau


Elle a vécu 87 ans, la grande poissonnerie qui occupait, à la poupe de l’île Feydeau, l’emplacement de l’actuel carré Feydeau. C’est en effet en 1851 qu’elle fut inaugurée et en 1940 que cet édifice, délabré, ensablé par le comblement de la Loire, fut démoli. Mais pour comprendre l’histoire de la Poissonnerie de Nantes, il faut remonter bien avant le milieu du 19e siècle.

Au 14e siècle, le duc Jean III ordonne que tout poisson de mer ou d’eau douce destiné à la vente à Nantes transite par la « cohue » afin de pouvoir prélever les taxes dues. La vente du poisson à Nantes se fait dans les limites du port fluvial sur les rives duquel le poisson est débarqué quotidiennement. Du bassin de l’Erdre, du lac de Grand-Lieu, d’Ancenis au bout de l’estuaire, de l’océan, entre Bretagne et Poitou, les pêcheurs convergent vers la cité des Ducs. Afin d’encadrer la vente à la criée, une cohue au poisson semble avoir tout d’abord été installée à même la grève du port Maillard. Elle se déplace dès le 15e siècle sur l’île de la Saulzaie.

Au 15e siècle, une vente partagée entre l’île de la Saulzaie et Bouffay

Idéalement placée face aux remparts de la ville médiévale, elle est majoritairement peuplée de pêcheurs. La physionomie de cette cohue n’est pas facile à déterminer. Elle semble dans un premier temps ne pas avoir été bâtie : c’est une criée sur la grève dont l’activité est divisée en deux parties :
• La première en aval du pont de la Poissonnerie pour le poisson salé,
• La seconde en amont pour le poisson frais.

Cette cohue fait face à des halles en charpente contre les murs du Bouffay « où l'on vend le poisson sec et trempé ». Ces halles devaient être situées sur l’actuel quai de la Tremperie, au débouché du pont de la Poissonnerie. La toponymie du quai viendrait du dessalage des morues pratiqué dans des bacs de trempage.

Au 16e siècle, sur et sous le pont de la Poissonnerie

Au 16e siècle, la cohue se situe sur le pont de la Poissonnerie. C’est un espace étroit mesurant 20 mètres de long, entouré de bancs de bois et accosté des petits cabanons de vendeurs indépendants.

Dans la première moitié du 16e siècle, la cohue des ponts est agrandie par un espace sous la première « voûte du pont » auquel on accède par un escalier situé au débouché du pont. Comme précédemment, la cohue est un espace délimité dans lequel les marchandes louent un emplacement où construire des « cazes » en bois. Les vendeuses peuvent également louer des tines (boîtes parallélépipédiques destinées à loger des produits alimentaires fragiles et craignant l'humidité) ou des emplacements de tines.

En 1676, la cohue du pont de la Poissonnerie est décrépie : son pavage est ruiné et ses bancs pourris. Le pavage est remplacé mais l’idée de déplacer la cohue pour soulager le pont fait son chemin. En 1723, Jacques Goubert, architecte-voyer, dresse les plans d’une nouvelle halle au poisson à construire sur la place du Bouffay. En 1741, les échevins proposent de déplacer la cohue au poisson frais sur les quais de Brancas, puis, en 1784, sur la pointe orientale de l’île Feydeau, conformément au projet de Mathurin Crucy.

Au 18e siècle, construction d’une halle en bois dédiée au poisson sur la pointe est de l’île Feydeau

L’architecte-voyer a imaginé un bâtiment de pierre de style néo-classique surplombant le fleuve avec un portique en demi-cercle et desservi par deux rampes en pente douce qui permettent de remonter vers le marché le produit de la pêche déchargé sur des escaliers de pierre. Ce projet qui oblige à exproprier les maisons bâties rencontre une vive opposition et n’est pas mis en œuvre.

Néanmoins, le besoin d’un nouveau lieu restant insatisfait, un bâtiment plus léger en bois est construit sur la pointe orientale de l’île Feydeau en 1805. Cette halle de plan triangulaire à trois pans s’insère dans la forme ronde du musoir de l’île. En rez-de-chaussée, elle est couverte en appentis et ses galeries s’ouvrent sur une cour intérieure.

Au 19e siècle, construction d’une halle aux poissons en pierre

En 1838, l'architecte de la Ville Henri-Théodore Driollet constate que « la poissonnerie ne répond plus à aucun besoin. Elle manque d’air, sa distribution vicieuse fait fuir les marchandes ». Il propose donc un nouveau projet, très inspiré de celui de Crucy, qui mettra treize ans à se concrétiser. Le bâtiment est une halle en forme de fer à cheval qui enserre une cour intérieure ornée d’un jet d’eau. Les murs en pierre de taille du rez-de-chaussée sont percés de larges baies en arc en plein cintre et de plusieurs portes. La porte principale fait face au fleuve. Elle est mise en valeur par un porche aux ébrasements profonds et au décor sculpté. Le bâtiment est desservi par une cale en tablier pavée et par des pontons d’amarrage en bois. Une fois sur la cale, le poisson est remonté vers les halles grâce à deux rampes qui épousent le profil du bâtiment. Dans ce nouveau lieu, le marché a lieu trois fois par jour en été et deux fois en hiver.

1936, le déplacement aux halles du Champ-de-Mars

Cette poissonnerie centrale fonctionne jusqu’en 1936. À cette date, les comblements des bras nord de la Loire font disparaître les voies d’accès privilégiées des pêcheurs. La vente au détail est transférée au marché de Talensac ; la criée et la vente en gros dans les nouvelles halles du Champ-de-Mars. Pour pouvoir débarquer plus facilement les produits, la Ville obtient en 1941, l’autorisation d’ériger un ponton au musoir oriental de la Madeleine, le long du quai Magellan.

En 1969, le transfert des activités au marché d'intérêt national fait perdre aux halles et au ponton leur destination.

Julie Aycard
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021



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En savoir plus

Bibliographie

Halgand Marie-Paule, Kerouanton Jean-Louis, « Édifices d'utilité alimentaire », 303 : arts, recherches, créations, n°38, 1993, p. 66-85

Orceau Robert, « Les pêcheries et les poissonneries à Nantes », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°96, 1957, p. 194-205

Vadon-Le Bras Catherine, QueuilleJean-P aul, Nantes : les poissonnières, Éd. CMD, Montreuil-Bellay, 1998 (coll. Mémoire d'une ville)

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Dossier Feydeau

Marchés

Ancien pont de la Poissonnerie

Anciennes halles du Champ-de-Mars

Techniques de pêche en Loire

Tags

Alimentation Architecture artisanale, commerciale et tertiaire Centre Ville Marché

Contributeurs

Rédaction d'article :

Julie Aycard

Anecdote :

Michaël Gheerbrant

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