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Habitat rural dans le quartier de Doulon-Bottière


De l’originalité du système de peuplement de Doulon-Bottière résulte aujourd’hui la coexistence de formes d’habitation variées et rares dans un quartier urbain. Les habitats ruraux sont les plus anciennes formes fonctionnelles repérées sur le territoire. Cependant, aucun n’est plus ancien que le 18e siècle : la densification de l’habitat et la construction de grands équipements se sont toujours faites au détriment du bâti ancien.

Jusqu’aux années 1960, le Vieux Doulon a conservé un peuplement majoritairement dispersé sans encellulement : des hameaux composés d’une ou plusieurs fermes regroupant une ou plusieurs structures familiales maillaient le territoire et aucun bourg au sens littéral du terme ne s’était constitué. Des gentilhommières, des manoirs ou des châteaux complexifiaient ce maillage.

Dès le début du 20e siècle, de nouveaux habitants arrivent sur le territoire, soit par le biais de lotissements, soit par la prolongation des grands axes routiers le long desquels des villégiatures ou des habitats de types ouvriers sont élevés.

La métamorphose du territoire s’amorce après la Seconde Guerre mondiale avec la prolifération des lotissements sur les anciennes terres agricoles. Ces ensembles recouvrent peu à peu l’ensemble du territoire, comblant les « vides » entre les anciens hameaux qui se sont pour partie maintenus au cœur des nouveaux habitats.

L’habitat seigneurial

Au Moyen Âge et durant l’Ancien Régime, Doulon était une terre morcelée entre de multiples seigneuries et vavasseries. La division seigneuriale du territoire y avait entraîné la construction d’une dizaine de manoirs ou gentilhommières dont la moitié était érigée en bordure de l’étier de Mauves ainsi que de trois châteaux entre le 17e et le 18e siècles – ceux du Blottereau, de la Colinière et de Bois-Briand.

Seuls deux châteaux – celui de la Colinière ayant été détruit en 1963 pour faciliter la construction du lycée –, un manoir et trois gentilhommières ont été maintenus dans le tissu urbain actuel : les châteaux du Blottereau et de Bois-Briand, le manoir de la Rivière, les gentilhommières de la Ragotière, du Petit Blottereau et de la Halquinière.

Chacun de ces bâtiments adopte des formes diverses. Néanmoins certaines caractéristiques sont décelables. Ils sont généralement situés dans des parcs ou des jardins de grande taille, entourés de murs, accessibles par des portails d’entrée et parfois par des allées qui sont rarement perceptibles. Les habitations sont élevées en moellons de schiste recouverts d’enduit mais adoptent facilement le chaînage en pierre de taille. Ces logis se signalent également par une élévation à étages : la Halquinière, la Rivière et le Petit-Blottereau ont un étage carré et un comble éclairé de lucarnes tandis que la Ragotière a un comble mansardé.

La forme des lucarnes peut être l’occasion de travailler le décor : œil-de-bœuf, fronton, consoles peuvent être utilisés. La création d’un escalier est également l’occasion de signaler une position sociale par la construction de tourelle hors-d’œuvre comme à la Rivière.

L’habitat de ferme

Les habitats de fermes se regroupent en deux catégories : les habitats du fermier exploitant et celui du propriétaire terrien. Peu d’habitats de fermiers anciens ont subsisté. Ils ne sont connus que par les textes conservés dans les archives. Les rares descriptions de fermes datent du 18e siècle et mentionnent des maisons d’habitation souvent petites (une pièce en rez-de-chaussée) et couvertes d’ardoises et quelques bâtiments vernaculaires généralement couverts de tuiles et parfois construits en terre.

En outre, l’analyse du cadastre napoléonien semble démontrer que les logis sont majoritairement construits en fond de cour. Les fermes de l’Ecusson, du Petit Jaunaie, de Chamballan, de Saint-Lô, de la Louëtrie et bien d’autres encore adoptent cette organisation.

À la fin du 18e siècle, un changement s’amorce avec la construction de grosses maisons à un étage comme celles du Petit-Jaunaie ou de la Chênaie : les logis principaux des exploitations sont rebâtis par les propriétaires seigneuriaux qui en profitent pour marquer architecturalement la hiérarchie des travailleurs agricoles. Ces maisons sont alors entourées de logis plus petits dévolus aux ouvriers agricoles et manouvriers.

Le phénomène est ravivé avec l’essor économique du maraîchage entre la fin du 19e siècle et le premier tiers du 20e siècle. Autour de 1900, la maison de la ferme du Perray est élevée sur un niveau de caves et son étage d’habitation est accessible par un escalier central. Bâti après l’adoption de plan d’alignement, le logis de la ferme de la rue Saint-Médard est érigé, le long de la rue, en moellons de schiste ; il a un étage percé de baies en arc segmentaire et l’enrichissement de ses propriétaires se lit dans sa modénature bichrome en brique et tuffeau.

La construction de ces logis multiplie les formes constructives de type urbain sur le territoire : le presbytère et les logis seigneuriaux ne sont plus les seuls bâtiments qui reflètent une certaine opulence et offrent à leurs propriétaires un certain confort.

Peu à peu, l’aisance des maraîchers amène également des formes décoratives sur ces bâtiments. Dans les années 1920, les propriétaires de la ferme du Perray ajoutent un petit pavillon à trois pans ainsi qu’une terrasse et des balcons à leur logis.

Julie Aycard
Dans le cadre de l’inventaire du patrimoine du quartier de Doulon
2021

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