Habitants des cités en bois des Batignolles
Sabotage du grand pont roulant aux Batignolles en 1942

Moins connue que les grues Titan de l’île de Nantes, la grue « noire » des anciens chantiers navals Dubigeon à Chantenay est pourtant la plus ancienne. Elle est construite à partir de 1942 par les établissements Joseph Paris et le service des Appareils de Levage des Ateliers et Chantiers de la Loire. Mise en service en mars 1943, elle sert aux opérations d'armement des navires.

Remontée en 1953, elle est utilisée jusqu'en 1969, date du transfert de l'activité de construction navale de Chantenay sur la Prairie au Duc (actuelle

Remontée en 1953, elle est utilisée jusqu'en 1969, date du transfert de l'activité de construction navale de Chantenay sur la Prairie au Duc (actuelle

Date du document : 20-03-2013

Les chantiers navals Dubigeon s’installent au milieu du 19e siècle sur le site de Chantenay. Ils n’ont cessé de s’agrandir et de se moderniser au cours du 20e siècle. La construction de la grue noire correspond à une augmentation des capacités de production et à une différenciation du rôle des appareils de levage au sein du chantier. Les chantiers navals sont spécialisés dans la construction des chalutiers, des petits cargos et des sous-marins.

Une grue marteau au service de l’armement des navires

La grue est installée entre les ateliers de chaudronnerie (aujourd'hui disparus) et le quai d'armement, en lieu et place d'un engin de levage de plus faible capacité. Elle assure les manutentions pour l'équipement intérieur et extérieur des navires une fois la mise à l’eau réalisée.

De type roulante à flèche horizontale, elle se distingue des autres grues par son chemin de roulement dissymétrique : l'un des rails longe la Loire à environ 1 mètre du bord du quai, l'autre repose à 7 mètres du sol sur un portique en béton armé situé sur le haut de l'atelier.

L’atelier de chaudronnerie donnant directement sur le quai, il aurait été dangereux de faire passer l’un des rails du chemin de roulement au niveau des ouvertures de l’atelier. La façade du bâtiment est ainsi aménagée de manière à ce que l’un des pieds de la grue repose sur une poutre en béton armé à son sommet. Il s’agit donc d’une machine très particulière car adaptée spécifiquement à cet emplacement.

Deux moteurs électriques de 11 et 30 CV, situés aux extrémités des boggies (chariots à roues) permettent la translation de la grue.

La flèche comporte deux cabines en bois ; celle du centre étant la cabine de manœuvre, l'autre, située à l'arrière, abrite le treuil. Sa capacité de levage était de 5 tonnes à 23 mètres (bout de flèche), 9 tonnes à 11 mètres, 13 tonnes à 7,80 mètres.

Les « titans »

Les grutiers, surnommés « titanier » sur le chantier, ont une formation spécifique de grutiers. En général, ils travaillent toujours sur la même grue. Pour être grutier-pontier aux anciens Chantiers Dubigeon, il faut avoir une bonne maîtrise de la conduite des engins de levage.

La grue n’est pas dotée de système de communication avec le sol. Lorsque les ouvriers au sol ont besoin d’appeler le grutier, ils utilisent un sifflet. La liaison entre grutier, isolé dans sa cabine, et le sol se fait ensuite au moyen de gestes. Un code gestuel très précis, utilisant les bras, les doigts et les mains est utilisé sur le chantier et connu de tous. Il sert à indiquer au titanier les opérations à effectuer.

Grue noire

Grue noire

Date du document : années 1960

Sabotage, tempête et fin de carrière...

Suite à des opérations de sabotage opérées par l'armée allemande les 9, 10 et 11 août 1944, la machine est détruite à 95%. Afin de paralyser la reprise de l’activité des chantiers après leur départ, les soldats allemands ciblent la destruction des appareils nécessaires au processus de fabrication comme les appareils de levage. La grue est soigneusement détruite en disposant une charge d’explosifs à chacun des points sensibles, le but étant de la faire basculer dans le fleuve. Une partie importante du portique est restée sur le quai d’armement mais les fûts fixe et tournant ainsi que la flèche basculent dans la Loire.

Étant un élément capital dans l’organisation du travail, la reconstruction de la grue est entreprise dès septembre 1944. Il faut tout d’abord repêcher les pièces tombées dans la Loire. Les travaux sont interrompus par les glaces de l’hiver rigoureux de 1944. Très peu de pièces sont réutilisables mais la situation économique et les difficultés d’approvisionnement conduisent les chantiers à récupérer tout ce qui peut l’être pour pallier la pénurie de pièces mécaniques et de profilés. Au total 30 tonnes d’acier sont récupérés par des scaphandriers.

Lors de la reconstruction, la grue est légèrement modifiée. Deux crocs distincts sont installés en remplacement du croc unique qui servait auparavant à soulever les charges jusqu’à 13 tonnes.

Les travaux s’achèvent à la fin de 1946 et les essais et les mises au point se poursuivent jusqu’en 1947. Le montant des réparations est couvert par les dommages de guerre. Il représente plus des deux tiers des dépenses de remise en état des chantiers.

La grue subit une nouvelle avarie suite à une tempête dans la soirée du 2 avril 1948. Un fort coup de vent l'entraîne vers le butoir côté est du quai, provoquant sa chute sur un chalutier en réparation. Les travaux de reconstruction étant à la charge des chantiers, le chantier traîne en longueur jusqu’au début des années 1950.

La grue est ensuite utilisée jusqu'en 1967, date du transfert de l'activité de construction navale de Chantenay sur la Prairie au Duc (actuelle île de Nantes).

Effondrement de la grue après la tempête de 1948

Effondrement de la grue après la tempête de 1948

Date du document : 1948

La Ville de Nantes devient propriétaire de la grue en 2012. Constituant l’un des derniers témoins de l'activité portuaire et de la construction navale, la grue noire est protégée au titre des Monuments Historiques en 2018.

Cette troisième grue sauvegardée du patrimoine industriel et portuaire nantais est un des éléments phare du patrimoine du secteur du Bas-Chantenay. Son intégration dans le projet urbain doit permettre, outre sa mise en valeur, d’être porteur de sens sur un site exceptionnel. Des travaux de restauration démarreront en 2021.

Direction du Patrimoine et de l'Archéologie / Nantes Métropole
2020


Témoignage : Le quotidien du titanier

Il y avait donc deux grues et sur les deux grutiers, y’en avait un qui achetait le journal et quand un avait fini de lire le journal, on mettait les deux flèches bout à bout et après on montait sur les passerelles sur la flèche, on allait en bout de passerelle...


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Contributeurs

Rédaction d'article :

Gaëlle Caudal

Témoignage :

Alain Cervelle

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