André Morice (Nantes, 1900 - Paris, 1990)
Hugues Rebell (Nantes, 1867 – Paris, 1905)

Le Phare de la Loire

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Décembre 1851 : les Mangin père et fils dénoncent dans un éditorial du National de l’Ouest le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Pour échapper à l’interdiction de paraître, ils lui substituent le titre de leur supplément commercial, Le Phare de la Loire, dont la nouvelle formule paraît le 19 janvier 1852. C’est le début d’une formidable histoire qui ne s’achève que dans le fracas de la Seconde Guerre mondiale et le déshonneur de la collaboration.

Avec la famille Mangin, Le Phare de la Loire campe dans l’opposition au Second Empire, ce qui lui vaut une interdiction de paraître plusieurs semaines en 1863 (il reçoit alors le soutien de Victor Hugo en exil à Guernesey). Le journal accompagne ensuite la Troisième République naissante. Lorsque George Schwob, issu d’une famille juive alsacienne, l’acquiert à l’été 1876, il remercie les Mangin « d’avoir implanté d’une façon désormais indestructible l’idée républicaine dans l’Ouest de la France ». Le Phare est installé, depuis quatre ans, dans un immeuble ultramoderne, 6 rue Scribe. Sa diffusion est de 4 000 exemplaires contre 1 600 à ses deux principaux concurrents nantais, L’Union bretonne et L’Espérance du peuple.

 

Les Schwob père et fils

Au décès de George Schwob, le 25 août 1892, les rênes du journal sont reprises par son fils polytechnicien Maurice, frère aîné de l’écrivain Marcel. Poursuivant l’œuvre de son père, il en fait le grand journal de Nantes et lui confère une notoriété au-delà de la ville. Il est en kiosque à Paris. En 1879-1880 est proposé aux paysans Le Gars breton et aux classes populaires une formule à moindre coût (5 centimes), Le Petit Phare. Les tirages s’envolent. C’est l’âge d’or de la presse écrite. En juillet 1901, le journal s’installe au cœur de la ville, place du Commerce. L’imprimerie se modernise (linotypes, rotatives), le contenu du journal évolue aussi avec des pages à thème (les femmes, etc.), des chroniques, des consultants comme le joueur de rugby Percy Bush, des photographies (la première, celle d’un assassin, apparaît le 17 janvier 1910).

 

Virage nationaliste

Pendant l’affaire Dreyfus, alors même, qu’en raison de sa judéité, son journal est conspué et sa famille l’objet d’odieuses attaques, Maurice Schwob fait preuve de pusillanimité et ne soutient pas celui qui fut son condisciple à Polytechnique. Il ne fera son mea-culpa qu’au lendemain de la grâce présidentielle.
Dans le même temps, la ligne éditoriale du Phare s’infléchit clairement à droite, ce qui ne l’empêche pas de se saisir de la question sociale, défendant les pêcheurs de Passay contre un hobereau rétrograde (grève de 1907). Indéfectible républicain, Maurice Schwob manifeste alors un nationalisme intransigeant et une grande défiance envers l’Allemagne. Le sous-titre du Phare devient Journal des intérêts français et les éditoriaux prennent, à l’occasion, une tournure xénophobe. À la déclaration de guerre, Maurice Schwob a les accents de Déroulède et crée, à l’intention des soldats britanniques, une version anglaise, The Beacon.

 

La fin du Phare de la Loire

Avant de mourir (le 30 mars 1928), Maurice Schwob désigne son successeur : Francis Portais, un « p’tit gars de Barbin », républicain dreyfusard venu des rangs socialistes. La diffusion du journal est de 90 000 exemplaires quand éclate la Seconde Guerre mondiale. À l’entrée des troupes allemandes, Francis Portais se résigne à le faire reparaître sous contrôle de la Propagandastaffel et en remet la direction à son gendre René Bentz. Nantes libérée, Le Phare de la Loire est suspendu puis interdit de publication par le commissaire de la République, Michel Debré. Tout un symbole, son immeuble de la place du Commerce a été détruit par un bombardement allié (16 septembre 1943). Lui succède La Résistance de l’Ouest, qui devient Presse Océan en 1960.


Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

« Autour de Marcel Schwob : les “croisades” d’une famille républicaine à travers 50 ans de presse nantaise », La Nouvelle Revue nantaise, n°3, 1997

Cozic, Jean-Charles, Garnier, Daniel, La presse à Nantes de 1757 à nos jours, 3 vol., L’Atalante, Nantes, 2008-2009

Manceron, Paul, « Les journaux nantais de 1848 à 1900 »,  Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°95, 1956, p. 130-149, n°96, 1957, p. 151-171

Webographie

Site des archives départementales : accès en ligne au Phare de la Loire (1852-1903)

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Rédaction d'article :

Jean-Charles Cozic

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