Statue de la Délivrance
Gâchet

Il reste peu de traces – quelques voies au tracé tortueux et au nom désuet ou intrigant (rues Barbin, Fontaine-de-Barbin, Basse-Creuse, rues et ruelles des Quarts-de-Barbin, du Mont- Goguet) – pour témoigner d’un village et d’une chaussée qui ont participé au développement nantais pendant près de quatorze siècles. C’est en effet au 6e siècle que l’évêque Félix aurait fait aménager une chaussée pour barrer l’Erdre, cent mètres en aval de l’actuel pont de La Motte Rouge.

Plan géométral des environs de la ville de Nantes

Plan géométral des environs de la ville de Nantes

Date du document : 1711

Chaussée de Barbin

Chaussée de Barbin

Date du document :

Digue de terre et de pierres assez large pour accueillir trois moulins et des pêcheries, la chaussée de Barbin, nom à l’origine inconnue, permet de traverser la rivière au nord d’un vaste ensemble marécageux qui  la sépare de la ville ancienne. Longue de 200 mètres environ et orientée nord-sud, elle relie la rive droite dominée par une colline d’une trentaine de mètres, le Mont-Goguet, et la rive gauche en pente douce, au niveau du coude formé par l’actuel quai Henri Barbusse, ancien quai de Barbin. Le port de Barbin est installé là où sera aménagée la future place Waldeck Rousseau : la chaussée est en effet équipée de deux pertuis avec vannes pour contrôler le niveau de l’eau en amont et permettre la navigation de Nantes à Nort sans qu’elle soit perturbée par les marées. En amont de la chaussée, la rivière s’élargit en une succession de lacs qui font aujourd’hui encore le charme de la vallée, et constitue jusqu’au milieu du 19e siècle la voie de communication principale vers le nord du Pays nantais. Mais les bateaux, bloqués par la chaussée, doivent décharger leur cargaison : bois de chauffage, fagots d’écorce de chêne, fers forgés, matériaux de construction, produits agricoles sont ensuite transportés par voie terrestre vers les marchés de la ville. Cette rupture de charge est source d’embouteillage et donc de conflits entre mariniers, charretiers, blanchisseuses qui colonisent la rive de l’Erdre au pied de Saint-Donatien, et à partir du 19e siècle propriétaires de bateaux-lavoirs et loueurs de canots.

Bateaux-lavoirs, quai Barbin

Bateaux-lavoirs, quai Barbin

Date du document :

Grâce à la chaussée, le village de Barbin se développe tout en gardant un aspect rural, car à côté des blanchisseuses, mariniers, cafetiers, commis, commerçants et artisans, il abrite aussi jusqu’au 19e siècle jardiniers et cultivateurs modestes : le coteau et les rives de l’Erdre sont alors occupés par des champs, des prés, et aussi par de nombreuses vignes. Les intérêts des principaux usagers de la rivière, des meuniers et des riverains par exemple, sont contradictoires et c’est le niveau de l’eau qui est le plus souvent contesté dans les nombreuses requêtes adressées à l’évêque propriétaire de la chaussée, des moulins et des pêcheries jusqu’en 1753, puis à la Ville.

Bateaux-lavoirs, quai Barbin

Bateaux-lavoirs, quai Barbin

Date du document :

La construction du canal de Nantes à Brest au 19e siècle pour améliorer la navigation, et donc le commerce, est fatale à la chaussée qui disparaît complètement en 1887 après avoir été coupée et en partie remplacée par un pont de bois jugé très vite dangereux et démoli en 1881. Un nouveau pont de Barbin avec un arc métallique est construit à proximité : inauguré en 1886, il prend cinq ans plus tard le nom d’un général du Second Empire, Joseph de La Motte Rouge.

Rue Barbin

Rue Barbin

Date du document : 1920

Rue Fontaine-de-Barbin

Rue Fontaine-de-Barbin

Date du document :

Mais c’est l’essor de la ville de Nantes le long de l’Erdre et l’urbanisation qui effacent Barbin en quelques décennies. Un noyau urbain naît autour de l’église Saint-Félix consacrée en 1844 – le village de Barbin et les grandes propriétés qui l’entourent font auparavant partie de la paroisse Saint-Similien – agrandie à la fin du 19e siècle, et encore en 1950. Un quartier résidentiel est aménagé avec la construction de nouvelles voies dont fait partie le boulevard Courbet (1885) relié à la place Waldeck Rousseau (1886) par le nouveau pont ; des parcelles sont loties pour édifier pavillons avec jardins et immeubles de plus en plus nombreux le long de l’Erdre après les années 1980. Les contraintes de la navigation, qui ont fixé la hauteur du tablier du pont, celles de la topographie, et la volonté de limiter le coût des travaux expliquent que la voirie moderne surplombe d’anciens éléments villageois mais bien peu de Nantais savent que le ralentissement du tramway sur les rampes qui mènent aux arrêts Motte Rouge et Saint-Félix témoigne aussi de Barbin.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteur réservés)
2018

Rue Barbin

Rue Barbin

Date du document : 1773

Pont Général-de-la-Motte-Rouge

Pont Général-de-la-Motte-Rouge

Date du document : Environ 1930

En savoir plus

Bilbliographie

Association des Amis du quartier Barbin Saint-Félix, Nantes Renaissance, Le patrimoine du quartier Barbin, Nantes, 2016 (3 fascicules)

Le Bail, Louis, « La rivière sans retour », Revue du Centre généalogique de Loire-Atlantique, n°107, 2001, p. 19-24

Le Bail, Louis, « Le village de Barbin », Revue du Centre généalogique de Loire-Atlantique, n°158, 2015, p. 18-25

Lorleac’h, Marylène, « Le village de Barbin : une histoire longue de plus de douze siècles », La Lettre de Nantes Renaissance, n°95, avril 2017, p. 2-3

Péron, André, L’Erdre et ses bateaux-lavoirs : les blanchisseuses de Barbin, Ressac, Quimper, 1996 (2e éd.)

Pages liées

Blanchisseuses 

Canal de Nantes à Brest

Erdre

Pont de la Motte-Rouge

Moulins de la chausssée de Barbin

Saint-Félix

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Rédaction d'article :

Nicole Croix

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