Jules Verne (Nantes, 1828 – Amiens, 1905)
Madeleine Loukianoff (Nantes, 1895 – Nantes, 1978)

A

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Michelle Palas (Nantes, 1942 – Nantes, 2015)


Infatigable militante pour son quartier de Bellevue, Michelle Palas a fait de l’entraide et de la solidarité les principes fondamentaux de son engagement.

Quand Michelle Palas naît, sa mère, Yvonne, originaire de Lambezellec, près de Brest, a déjà vécu plusieurs drames. Fille unique, ayant perdu son père à seulement deux ans, Yvonne a dix-neuf ans quand sa mère décède. Elle est recueillie chez une tante, mais, par peur du déshonneur, celle-ci lui demande de quitter son domicile quand elle apprend qu’elle est probablement tombée enceinte d’un Allemand en pleine Occupation. À vingt ans, Yvonne donne alors naissance à la petite Michelle Le Guen le 16 août 1942 à Nantes, où elle a trouvé du travail dans un hôtel de Talensac. Elle vit chez sa patronne, qui devient la marraine de Michelle.

Portrait de Michelle Palas

Portrait de Michelle Palas

Date du document : 2008

Une jeunesse solitaire et douloureuse

En septembre 1943, alors que Nantes subit des bombardements alliés, Michelle survit miraculeusement à une pneumonie sévère. Mais quand sa mère est de nouveau enceinte, sa marraine ne peut continuer de les héberger, pour des raisons financières. Michelle Palas a dix-huit mois quand elle est confiée à une nourrice avec son frère nouveau-né. Laissant Michelle livrée à elle-même, cette femme est dénoncée aux services sociaux qui la placent de pension en pension, alors que son frère reste chez la nourrice. Une famille l’accueille ensuite, mais la maltraite. Michelle finit par être confiée à une pension de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Les six années qu’elle y passe restent le meilleur souvenir de son enfance. En 1956, Michelle Palas décroche son certificat d’études et retourne à Nantes pour les vacances d’été. Michelle parvient à retrouver son petit frère, qui suit des études religieuses dans un séminaire du Maine-et-Loire pour devenir missionnaire. Ils ne se perdront plus jamais de vue.

Les retrouvailles avec sa mère et le début de la vie d’usine

De nouveau maltraitée par une famille d’accueil, Michelle retourne dans une pension jusqu’à ses dix-huit ans. Elle obtient un certificat d’aptitude professionnelle en broderie et commence à travailler dans un atelier de confection à Nantes. Elle reprend contact avec sa mère qui lui trouve un poste dans son entreprise, l’Entrepôt vinicole de l’Ouest. Michelle Palas y reste six ans, jusqu’à sa fermeture.

Mère de famille et solidaire de ses camarades de travail

C’est également dans cette entreprise que Michelle rencontre son futur mari, Michel. Ils se marient en août 1963 et ils auront trois fils prénommés Yvonnick, Christophe et Mickaël.

Portrait de Michelle Palas

Portrait de Michelle Palas

Date du document : 21-08-2008

Après la fermeture de l’Entrepôt vinicole de l’Ouest, Michelle devient manutentionnaire à la Compagnie des produits industriels de l’Ouest à Carquefou, une usine de fabrication de pièces en plastique et en caoutchouc pour le constructeur automobile Renault. Les conditions de travail y sont très pénibles, entre le bruit, la chaleur, les poussières et les fumées générées par le travail du caoutchouc, véritable danger pour l’organisme, et notamment les poumons. Engagée au sein de la CFDT de 1963 à la fin de sa carrière, Michelle Palas se bat d’ailleurs avec ses camarades d’usine pour améliorer leur environnement de travail. Déléguée du personnel, elle est élue secrétaire du CHCST (le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, remplacé en 2020 par le Comité social et économique), un poste qu’elle occupe pendant quinze ans, et se montre intransigeante avec le respect des droits des salariés et des règles de sécurité.

Mais ces conditions de travail, accompagnées d’une répétition quotidienne des mêmes gestes, détériorent la santé de Michelle, qui développe également de l’arthrose. Mise en invalidité partielle, elle continue de travailler à mi-temps. Ces nouveaux horaires lui permettent de bénéficier d’un peu de temps libre et de s’intéresser à la vie de son quartier de Bellevue, où elle habite depuis 1970.

Michelle Palas, quartier de Bellevue

Michelle Palas, quartier de Bellevue

Date du document : 14-05-2013

Militante associative pour son quartier de Bellevue

Michelle Palas ne connaît pas encore la vie associative, mais elle sent que son quartier est abandonné par les politiques. C’est en 1989, au moment où la Ville de Nantes entreprend la réhabilitation des logements HLM du quartier, qu’elle commence à se mobiliser. Elle lance d’abord une pétition contre l’augmentation des loyers, décidée par le bailleur social Nantes Habitat, dont elle est locataire, après seulement quelques rénovations qu’elle qualifie de « cache-misère » sur les façades. Michelle Palas s’engage ensuite au sein de l’APDSQ, l’association de promotion et développement social des quartiers. Avec l’appui des habitants, des associations et des professionnels, dont les travailleurs sociaux, du quartier, l’association obtient gain de cause et des travaux de réhabilitation sont entrepris dans les logements, dont l’état est sérieusement détérioré. Après cette action décisive, l’APDSQ laisse sa place à une nouvelle association, baptisée Bellevue 2000, dès l’année suivante.

Michelle Palas, quartier de Bellevue

Michelle Palas, quartier de Bellevue

Date du document : 2010

L’association obtient un local, à titre gracieux, sur la place des Lauriers, en plein cœur de Bellevue. Lieu convivial et d’échange, Bellevue 2000 permet aux habitants de mieux se connaître et participe ainsi à l’animation de la vie du quartier. Elle s’occupe aussi des personnes les plus défavorisées en aidant à leur réinsertion sociale et professionnelle. Les personnes âgées y trouvent également une aide pour leurs démarches administratives et un endroit pour se retrouver, ce qui évite l’isolement et permet des rencontres intergénérationnelles.

Michelle Palas, qui est co-fondatrice et présidente de Bellevue 2000, se mobilise avec et pour les habitants et participe à de nombreuses actions. Avec Augustin Lebreton, ancien curé du quartier, elle se bat pour que le tramway passe place des Lauriers, et ainsi empêcher la ghettoïsation et l’enclavement du quartier. Elle propose aussi aux habitants de donner un franc symbolique afin d’aider à payer le loyer du poste de police de proximité, ce qui permet son maintien dans le quartier. En 1994, elle participe également à la mise en place de la Maison des Habitants et du Citoyen, où les habitants du quartier peuvent notamment participer à la table d’hôtes mensuelle organisée par l’épicerie communautaire.

Car l’une des fiertés de Michelle Palas est d’avoir contribué à créer cette épicerie communautaire. À partir de 1988, des colis alimentaires sont distribués aux plus démunis grâce à l’action de plusieurs militants associatifs et notamment du comité Vérité Misère, qui obtient le prêt d’un local et achète un véhicule. Mais les bénévoles veulent aller plus loin que la simple distribution, qui est une solution d’urgence. L’idée de créer un local où les habitants pourraient se retrouver, cuisiner ensemble et participer aux activités de l’épicerie en échange de colis de nourriture, émerge.  Il est décidé que Bellevue 2000 sera l’association en charge d’encadrer juridiquement cette nouvelle structure. C’est ainsi que naît l’épicerie communautaire de Bellevue, qui s’installe rue Romain Rolland, non loin de la place des Lauriers.

Récompensée après une vie de dévouement

En mars 1998, elle reçoit le « Pélican d’argent », une médaille décernée par la Fédération de l’encouragement du dévouement et du bénévolat. Des sanglots dans la voix, Michelle Palas, qui n’a jamais agi seule, tient à associer l’ensemble des bénévoles de Bellevue 2000 à cette récompense. Mais cette année 1998 est assombrie par les décès, à quelques semaines d’intervalles, de sa mère puis de son mari.

En mai 1999, Michelle Palas rencontre l’abbé Pierre, ce qu’elle considère comme « la plus belle récompense » de son militantisme associatif. Elle publie un livre en 2001, qui rend compte de son parcours de vie et de son engagement solidaire, tant dans le monde du travail que dans le milieu associatif. Ce récit est aussi l’occasion d’une analyse engagée sur les quartiers défavorisés.

Michelle Palas, médaillée chevalier dans l’ordre national du Mérite

Michelle Palas, médaillée chevalier dans l’ordre national du Mérite

Date du document : 19-01-2013

Le 19 janvier 2013, Michelle Palas est décorée de la médaille de chevalier dans l’ordre national du Mérite à la mairie de Chantenay par Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre. C’est lui qui l’avait proposée à la distinction en octobre 2010, quand il était député-maire de Nantes. Il l’avait auparavant décorée de la médaille de la Ville. Michelle profite aussi de sa retraite auprès de ses sept petits-enfants et continue son engagement associatif, notamment via les réseaux sociaux où elle devient très active. En 2010, à l’occasion des vingt ans de Bellevue 2000, elle déclare que « quand on aide, on le fait jusqu’au bout, c’est une sorte de dévouement ».

Michelle Palas et Jean-Marc Ayrault

Michelle Palas et Jean-Marc Ayrault

Date du document : 25-03-2011

Michelle Palas décède le 15 juillet 2015 à Nantes d’une longue maladie. Le 25 juin 2021, la Ville de Nantes décide de lui rendre hommage, en votant à l’unanimité pour que le square des Lauriers, situé sur l’ancienne place des Lauriers, porte son nom.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2021

En savoir plus

Bibliographie

Palas, Michelle (orthographié par erreur Michèle), Pourquoi ça ? Interrogations et révoltes d’une femme de banlieue, Éditions du Petit Véhicule, 2001

L’Écrit de Bellevue, n°69, 2010

« La vigie de Bellevue », Nantes Passion, n°234, mai 2013

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Rédaction d'article :

Cécile Gommelet

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