La maison ouvrière des Batignolles
HLM de la Contrie

La maison ouvrière des Batignolles

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Fin du 20e siècle : le quartier nantais des Batignolles voit disparaître le patrimoine qui rappelle son passé ouvrier. Les habitants poussent la municipalité à bâtir la réplique d’une maison en bois des cités qui entouraient l’usine.

Maison ouvrière à Ranzay

Maison ouvrière à Ranzay

Date du document : 1930

Dispensaire

Dispensaire

Date du document : 1988

La fin de Creusot-Loire

Les cités en bois ont donc fini de disparaître en 1974. Le dispensaire du Ranzay est utilisé pendant quelques années encore, puis ferme ses portes. Un jour de novembre 1998, les anciens des Batignolles découvrent avec stupéfaction que des engins sont en train de détruire l’ensemble dispensaire - cinéma, qui aurait pu être réhabilité et redevenir une salle associative tout en restant un lieu de la mémoire ouvrière du quartier, cette mémoire ouvrière qui est en train de disparaître. « La dernière séance », titre un « courrier des lecteurs » du quotidien Ouest-France… Une bonne partie des archives de l’usine a dû disparaître à cette occasion.

La mémoire des grands patrons

Au Creusot, on cultive la mémoire des Schneider ; à Guise, dans l’Aisne, celle de l’inventeur du poêle Godin et du Familistère ; à Elbing en Pologne, bien connue des Batignollais qui pendant la guerre y ont travaillé bien malgré eux, la statue du grand patron Schichau trône toujours près de l’usine. Aux Batignolles nantaises, les Goüin sont bien oubliés ; il est vrai qu’ils étaient de lointains patrons. C’est la mémoire ouvrière qui va triompher ici.

La mémoire ouvrière

Une mémoire à entretenir ! En 2000, le Comité de défense du quartier fête les 80 ans de l’usine ; BTT, une des entreprises qui ont remplacé la vieille fabrique de locomotives, a accepté d’ouvrir ses portes ; la salle du restaurant de l’entreprise est pleine à craquer. 

Maison ouvrière de la cité Bessonneau

Maison ouvrière de la cité Bessonneau

Date du document : 2000

Annick Vidal, une ancienne habitante des cités (fille du responsable syndical Alfred Baron, elle y a passé sa jeunesse) lance une idée un peu folle : à Couëron, la municipalité, qui a de grands projets d’aménagement, fait disparaître les dernières maisonnettes de la cité Bessonneau à mesure que les habitants les quittent ; il n’en reste qu’une dizaine. 

Maison ouvrière des Batignolles

Maison ouvrière des Batignolles

Date du document : sans date

La municipalité en a déjà fait démonter une, les éléments sont rangés dans un entrepôt en attendant de voir ce qu’on pourra en faire. Puisque les maisons des cités étaient les mêmes sur les deux sites, ne pourrait-on pas en démonter une autre pour la reconstituer sur un terrain voisin de l’usine des Batignolles ? Des contacts sont pris avec Couëron ; de nombreuses commissions nanto-couëronnaises visitent la vieille cité ; on consulte les
« professionnels » de l’École Supérieure du Bois, les techniciens de l’atelier municipal. Il faut se rendre à l’évidence, aucune des maisons n’est transportable, elle tomberait en poussière au démontage.

Un fac-similé

Pourquoi alors ne pas construire un fac-similé ? On prend contact avec des mécènes éventuels, qui sympathisent, mais dont la générosité sera très insuffisante pour un pareil projet. La Ville de Nantes accepte finalement de financer ce chantier qui entre dans sa politique de développement du lien social. On retrouve les plans Bessonneau, la couleur rouge sombre d’origine. La Ville exécutera les travaux sous la direction d’une jeune architecte, Yolande Ceineray. Il faut trouver un terrain. Près de la Halvêque ? Dans les jardins familiaux derrière l’église en briques ? Finalement, c’est une parcelle située au bout de ces jardins qui sera retenue ; c’était l’emplacement de la cité Baratte. La maison sera préfabriquée à l’atelier municipal, elle respectera les normes de sécurité, d’accueil  des handicapés ; elle sera entourée d’un petit jardin clos de ganivelles, le Service des Espaces Verts y plantera des rosiers pompons.

Inauguration

16 septembre 2006 : une foule émue occupe le boulevard des Batignolles ; pour les Journées du Patrimoine, Monsieur le Maire, entouré de plusieurs conseillers municipaux, de nombreux anciens et amis des Batignolles, est  venu couper le ruban.

Inauguration

Inauguration

Date du document : 16-09-2006

L’atelier municipal s’est surpassé : c’est une jolie petite maison en bois qui, si l’on en juge par la qualité des matériaux utilisés, devrait encore mieux vieillir que son ancêtre Bessonneau ! Il y fera moins froid l’hiver, moins chaud l’été : les matériaux ont évolué, on n’a pas trop chipoté sur la dépense ; elle ne doit pas être qu’un décor. Aujourd’hui, combien de « mal logés » aimeraient pouvoir trouver un pareil foyer ! L’intérieur n’a pas de cloisons, un tracé au sol rappelle que c’était une « 4 pièces ». C’est donc un lieu de mémoire, avec une petite exposition ; c’est aussi une salle de réunion, très demandée. À l’automne, les élèves de l’école voisine des Marsauderies sont venus planter dans le jardinet un cormier, un arbre en voie de disparition qui deviendra, on l’espère, un des nombreux  « arbres remarquables » que Nantes affectionne. Sur les ganivelles, les premières roses pompons ont fleuri.

Les cités au cinéma

Au printemps 2008, la section cinéma du lycée de Montaigu, sous la direction de son professeur Marc Grangiens, a réalisé aux Batignolles son devoir de fin d’études : la mémoire des cités en un DVD de 50 minutes. Le film était présenté au public dans la soirée du 15 novembre ; une demi-heure avant la séance, une foule compacte se serrait dans la salle Bonnaire, route de Paris ; des dizaines de personnes devaient rester à la porte. Il fallait donc « remettre ça », et en mars 2009, c’est la nouvelle salle municipale Nantes-Erdre qui était retenue pour une nouvelle projection ; cette fois encore, on était presque débordé par l’affluence. Des centaines de DVD ont été vendus. 
Il existe en France de nombreuses résidences ouvrières, souvent signées de grands noms de l’Architecture : lorsqu’elles auront 80, 100 ans, susciteront-elles la même nostalgie que les modestes « baraques » anonymes des cités des Batignolles ?

2018

En savoir plus

Bibliographie

Le Bail, Louis,  Saint-Jo et les Batignolles : histoires d'un quartier nantais, Amicale laïque Porterie ; Batignolles-Retrouvailles ; Commune libre Saint-Joseph-de-Porterie, Nantes, 2012

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Cité des Castors de l'Erdre

Batignolles

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Rédaction d'article :

Louis Le Bail

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