Îles
Roquio le Chantenay

L’une des tâches domestiques les plus lourdes, le lavage du linge, est largement exercée dans l’espace public avant que les progrès techniques et la distribution généralisée d’eau courante n’en fassent, au cours du 20e siècle, une activité mécanisée et essentiellement privée.

Une place ingrate dans une ville-port

Si Nantes est traversée par un fleuve et plusieurs rivières, la lessive au fil de l’eau telle qu’elle est pratiquée dans les campagnes est ici soumise aux contraintes d’un contexte urbain et portuaire. Dans cette ville-port, la construction de quais réduit les accès naturels à l’eau et les cales sont utilisées par de nombreuses professions liées au trafic fluvial et maritime. En outre, cette ville de confluence est située au fond d’un estuaire soumis aux effets des marées et des crues.

Lavis aquarellé, <i>L'Erdre au pied de la porte Sauvetout au 17e siècle</i>

Lavis aquarellé, L'Erdre au pied de la porte Sauvetout au 17e siècle

Date du document : 1646

Bateaux-lavoirs

D’où l’intérêt des bateaux-lavoirs qui rendent l’eau accessible quel que soit son niveau tout en délimitant un périmètre de blanchissage. En 1780, les « bateaux de lavandières » amarrés aux quais de la Loire et de l’Erdre font vivre environ cent familles, selon les estimations de la Communauté de Ville. D’autres laveuses, moins nombreuses, font usage de sellettes ou de pierres là où l’accès aux rives est possible. La lessive se fait parfois dans des baquets, au prix d’une pénible corvée d’eau.

Au 19e siècle, pour répondre à l’obsession du blanc devenu signe de distinction sociale, la lavandière, appelée « blanchisseuse », joue un rôle croissant. Des lessives régulières remplacent la grande buée encore pratiquée dans les campagnes. À Nantes, une armée de laveuses professionnelles travaillant à leur compte, ou pour celui d’une « maîtresse blanchisseuse », louent quotidiennement un « banc » sur les bateaux-lavoirs. Celles du quartier de Barbin, sur l’Erdre, acquièrent une solide réputation. Le choléra de 1832 fait 1 065 victimes. Les regards se tournent vers l’Erdre, égout à ciel ouvert alimenté par les rejets des tanneries, teintureries, abattoirs et… par ceux des bateaux-lavoirs eux-mêmes. Épidémies, encombrement du port et des quais (séchage du linge) incitent hygiénistes et pouvoirs publics à tenter de réduire le nombre de ces lavoirs flottants.

Groupe de blanchisseuses

Groupe de blanchisseuses

Date du document : sans date

Les bateaux-lavoirs sur les bords de l'Erdre

Les bateaux-lavoirs sur les bords de l'Erdre

Date du document : 30-06-1932

Les affranchies

Tentative entravée par la farouche opposition des laveuses et par l’insuffisance de fontaines et de lavoirs de terre ferme correctement équipés. L’inauguration, en 1860, des bains-lavoirs publics du quai Baco ne peut répondre, à elle seule, aux besoins existants. Et les blanchisseuses en bateau n’apprécient guère un règlement intérieur qui vise à rationaliser leur activité aux dépens de la convivialité. Le bateau-lavoir reste pour elles, jusque dans son redoutable inconfort, un lieu d’échanges affranchi de la tutelle des hommes. Un recensement en dénombre 50 sur la Loire et 23 sur l’Erdre en 1887. La blanchisseuse est condamnée à travailler par tous les temps et en toutes saisons, dans une humidité constante et pour un salaire misérable. Son image est ambivalente : elle ne blanchit le linge qu’au prix d’une proximité quotidienne avec la saleté qu’elle expulse sous les coups de son battoir. En outre, sa liberté d’allure et de langage dans l’espace public transgresse les codes bourgeois de la « décence » féminine et lui vaut parfois une réputation sulfureuse. La Mi-Carême, exutoire de toutes les macérations sociales par l’inversion momentanée des rôles, en fait sa reine d’un jour. La misère prend alors le masque du pittoresque.

Char des blanchisseuses, Mi-Carême

Char des blanchisseuses, Mi-Carême

Date du document : 1911

Arrivée de l'eau courante

L’extension du réseau de distribution d’eau après l’achèvement du réservoir de la Contrie (1904), le nombre croissant de lavoirs municipaux bien équipés (trois en 1908, sept en 1927), l’usage de la « lessiveuse de ménage » et les comblements de l’entre deux- guerres contribuent à réduire le nombre des bateaux-lavoirs. Après la Seconde Guerre mondiale, chaque appartement des quartiers populaires dispose bientôt de l’eau courante et, à partir de 1960, l’usage du lave-linge électrique se répand. Laveries automatiques, blanchisseries de collectivités et pressings complètent l’offre technique. Avec la fermeture des derniers lavoirs flottants de l’Erdre, entre 1963 et 1968, les blanchisseuses s’effacent de l’espace public. Installé sur une barge, transformé en café-théâtre puis en habitation, le dernier bateau-lavoir rappelle au promeneur la dure condition des laveuses sur des rivières qui furent des espaces de travail avant de devenir des espaces de loisir.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013
(droits d'auteur réservés)

Le blanchissage industriel, établissement G. Brunet

Le blanchissage industriel, établissement G. Brunet

Date du document : sans date

Les blanchisseuses de Nantes

Bateaux-lavoirs amarrés au quai de la Fosse

1850

L'état général des bateaux à laver en date du 20 décembre 1810, indique que 72 bateaux sont installés...

Bateaux-lavoirs devant le château

vers 1870

Le quai du port Maillard est, sur la Loire, un des principaux sites d'installation des bateaux à laver....

Bateau-lavoir au pied du marché de la Petite Hollande

1878

Les cales du quai Turenne sur le bras de l'Hôpital sont un des lieux privilégiés d'installation des bateaux...

Bateaux-lavoirs sur l'Erdre

1898

L'Erdre a été le principal lieu d'installation des bateaux à laver jusqu'au milieu du 19e siècle y compris...

Bateaux-lavoirs quai Turenne

1898

Le travail de blanchisseuses est dur et ingrat, elles travaillent successivement dans la chaleur et la...

Blanchisseuses sur la Loire

1898

Malgré la dureté de la tâche et un maigre salaire, le travail sur le bateau, qu'elles soient à leur compte...

Bateau-lavoir à l'Hermitage

vers 1888

Ce bateau-lavoir installé près du quai d'Aiguillon en face de l'ile Lemaire est entouré de navires de...

Bateaux-lavoirs au pied de la Petite Hollande

vers 1880

En 1842, un arrêté préfectoral définit les caractéristiques physiques des bateaux à laver : pas plus...

Baraques à laver en bord d'Erdre

sans date

Entre le pont de la Tortière et le pont de Barbin, les bords d'Erdre sans quai permettent d'installer,...

Bateau-lavoir sur la boire des Recollets

fin 19e siècle

Les bateaux-lavoirs ne sont pas installés uniquement sur l'Erdre ou sur les bras principaux de la Loire...

Bateaux-lavoirs sur le quai du Port Maillard

vers 1930

Image étonnante du linge qui sèche étendu en plein air sur le quai du Port Maillard devant le château,...

Bateau-lavoir au pied du pont de Pirmil

31-01-1939

Alors que la Loire est en crue, le travail des blanchisseuses continue sur ce bateau-lavoir solidement...

Bateaux-lavoirs sur l'Erdre

sans date

Malgré la canalisation de l'Erdre, l'aménagement des quais et la construction du pont Général-de-la-Motte-Rouge,...

Bateaux-lavoirs sur le quai du Port Maillard

1929

Alors que les travaux de comblement de la Loire ont commencé sur l'aval du bras de l'Hôpital en 1927...

Bateaux-lavoirs quai Malakoff

29-10-1931

Les bateaux-lavoirs du canal Saint-Félix perdurent, le linge sèche toujours sur le quai Malakoff alors...

Bateau-lavoir au pied du pont de Pirmil

31-01-1939

Alors que la Loire est en crue, le travail des blanchisseuses continue sur ce bateau-lavoir solidement...

Bateau-lavoir sur le canal Saint-Félix

27-01-1939

Alors que les travaux de comblement se terminent et que l'Erdre, détournée, arrive désormais dans le...

Bateaux-lavoirs au quai de la Fosse

vers 1939

Au pied de la Petite Hollande et au bas de la gare de la Bourse, le linge est lavé et sèche en plein...

Bateau-lavoir au quai Dumont d'Urville

16-08-1944

Une blanchisseuse arrive sur le bateau-lavoir installé sur la Loire, bras de la Madeleine, avec à l'arrière...

Bateau-lavoir au quai André Rhuys

31-05-1948

L'après-guerre marque le début de la disparition des bateaux-lavoirs des cours d'eau nantais, petit à...

En savoir plus

Bibliographie

Le carrosse et le battoir : lavandières et bateaux-lavoirs en Loire (catalogue d'exposition) Musée de la Marine de Loire, Châteauneuf-sur-Loire, 2005

Le Bail, Louis, « Le village de Barbin », Revue du Centre généalogique de Loire-Atlantique, n°158, 2015, p. 18-25

Péron, André, L’Erdre et ses bateaux-lavoirs : les blanchisseuses de Barbin, Ressac, Quimper, 1987

Schaettel, Anne-Marie, « Les lavoirs et les laveuses », 303 : arts, recherches et créations, n°128, novembre 2013, p. 76-81

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Rédaction d'article :

André Péron

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