Confluence de l’Erdre et de la Loire (2/2)
Paul Griveaud (Charolles, 1847 – Nantes, 1909)

A la fin du 19e siècle, la construction du pont à transbordeur entre le quai de la Fosse et la Prairie-au-Duc participe au désenclavement de cette partie de l’île vitale pour le port et l’industrie. Pont mobile, ce nouveau moyen de transport ouvert aux piétons, aux voitures et aux charettes hippomobiles amène les ouvriers sur leurs lieux de travail et fait traverser les marchandises.

Dès le milieu du 19e siècle, à la suite de l’installation de différentes industries sur la Prairie-au-Duc, le projet d’une seconde ligne de ponts reliant le quai de la fosse à l’actuelle Ile de Nantes est discuté. On évoque alors la construction d’un double pont qui partirait du quai de la Fosse, s’appuierait sur la pointe de l’île Gloriette puis rejoindrait la Prairie-au-Duc. Ce projet trop cher et gênant pour la navigation n’est pas mis en œuvre.

C’est en 1895 que le projet d’un nouveau pont revient à Nantes. Le maire approche alors Ferdinand Arnodin qui construit à l’époque le pont transbordeur de Rouen, après avoir élevé celui de Biscaye en 1893.

Un système ingénieux

Arnodin est un ingénieur spécialiste des ponts à câbles qui a travaillé de nombreuses années pour la société Seguin frères, laquelle avait construit le premier pont suspendu à l’aide de câbles en fil de fer, au-dessus du Rhône, en 1825. En novembre 1887, Ferdinand Arnodin dépose un brevet pour un « système de pont à transbordeur pour grands débouchés servant à la traverse des voies maritimes ». Le système ingénieux permet aux lieux qui ont la nécessité de laisser passer une navigation de gros tonnage de se munir d’un pont tout en respectant l’élévation 50 mètres au-dessus de l’eau imposée par la Marine. Avec sa nacelle roulant sur le tablier à différentes hauteurs, le pont à transbordeur assure confort, sécurité, insensibilité aux marées et aux conditions météorologiques, accostage faciles et embarquement et débarquements rapides. Le système de pont à transbordeur est extrêmement intéressant pour les villes qui l’adopte : le coût est à 50% supporté par l’industriel qui, en échange, exploite ensuite ce pont à péage pour 99 ans.

Le contexte urbain très dense de Nantes fait tâtonner Ferdinand Arnodin qui va chercher différentes solutions pour éviter la mise en place des longs câbles qui retiennent habituellement ses ponts. En 1896, il propose un premier projet de pont transbordeur reliant le quai de la Fosse et l’île de la Prairie-au-duc via une halte sur l’île Gloriette. Il propose ensuite d’appuyer le pont sur un pylône ancré dans le lit du fleuve. Ce second projet provoque la colère de tous les utilisateurs de la Loire : la Chambre du Commerce, les ouvriers, les mariniers sont vent-debout face à cette proposition qui gêne la navigation.

Plan général du pont à transbordeur de la Fosse à Nantes

Plan général du pont à transbordeur de la Fosse à Nantes

Date du document : 1898

En 1897, pendant que les enquêtes d’utilité publique du pont transbordeur sont lancées, Arnodin revoie sa copie et propose un troisième projet, sans pilier central, mais avec des piles et des câbles d’amarrage très longs qui, du côté de la Fosse, enjamberont les différentes voies pour aller s’amarrer à une pile créée dans la rue de la Verrerie. Le modèle ainsi proposé reprend les caractéristiques du pont transbordeur de Rouen : un pont suspendu par des câbles. Bien que ce projet soit dans un premier temps accepté par l’ensemble des parties prenantes, il ne satisfait pas Arnodin.

Un nouveau modèle de pont transbordeur

Face aux contraintes du terrain, il invente alors un nouveau modèle de pont transbordeur : le pont à haubans et contrepoids. Ce nouveau modèle à l’avantage d’avoir des câbles droits, les poussées étant compensées par des contrepoids. Il prend ainsi peu de place dans l’espace public. L’adhésion des différentes parties prenantes est immédiate.

Schéma de construction du pont à transbordeur

Schéma de construction du pont à transbordeur

Date du document : 1899

La déclaration d'utilité publique, permettant la création d'un pont transbordeur au port de Nantes, est déclarée par le décret du 26 mai 1898.

Le chantier est lancé en février 1902. Il commence par la construction des piles qui vont soutenir le pont dans la Loire. Puis, en août 1902, des grues sont installées pour commencer le montage des pylônes fabriqués à Châteauneuf-sur-Loire, dans l’usine Arnodin. En février 1903, les deux pylônes sont achevés. La mise en place du tablier se fait en deux temps : tout d’abord les deux extrémités avec le haubanage sont fixées à partir des rives, puis, le 3 août 1903, la partie centrale de 46 tonnes est levée depuis le fleuve, pour être mise en place à 50 mètres de haut. Avant l’ouverture au public, la nacelle est lestée de 85 tonnes de pavés pour s’assurer de sa solidité.

Nacelle du pont transbordeur au milieu du fleuve

Nacelle du pont transbordeur au milieu du fleuve

Date du document : 1902

Un point de vue exceptionnel sur la ville

Le pont est inauguré le 1er novembre 1903, à partir de sept heures du matin. Ses pylônes culminent à 75 mètres de hauteur et son tablier métallique à 50 mètres. La nacelle, bordée de trottoirs, permet de transporter voitures, animaux, cyclistes et piétons. Elle comporte également un quartier 1ère classe. Elle permet d’effectuer des traversées à quelques mètres au-dessus de l’eau mais également de faire une ascension pour s’arrêter au-dessous du tablier. 250 personnes, à l’exclusion des voitures, peuvent être transportées par trajet. La traversée des 152 m du bras de Loire dure 2 minutes.

Règlement spécial par arrêté ministériel concernant le Port de Nantes et le Pont à transbordeur

Règlement spécial par arrêté ministériel concernant le Port de Nantes et le Pont à transbordeur

Date du document : 1906

Le jour de l’inauguration le succès est immédiat : 10000 traversées et 2000 ascensions sont enregistrées. Du haut de ses 50 m, le pont transbordeur devient le point de vue privilégié des photographes sur la ville ainsi qu’un élément de communication du port. Il apparaît ainsi sur des affiches publicitaires, des cartes postales, etc. Il sert aussi de lieu festif pour tirer les feux d’artifice, etc.

Pont transbordeur de Nantes

Pont transbordeur de Nantes

Date du document : début du 20e siècle

La disparition progressive des grands voiliers après la Première Guerre mondiale et le développement spectaculaire de l’automobile dans la seconde moitié du 20e siècle vont rendre le pont transbordeur obsolète. L’exploitation de ce géant rongée par la rouille s’arrête en 1954, après 50 années d’activité. Les réparations trop coûteuses ne sont pas entreprises et le démantèlement de la structure métallique commence le 23 mai 1958.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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Rédaction d'article :

Julie Aycard

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