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Nantes la bien chantée : Les regrets des parents Cité d’urgence de la Géraudière / Cité de l’abbé Pierre

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Famille Mangin


Une place et une station de tramway : Nantes perpétue modestement le souvenir de Louis Victor Aimé François Mangin (1752-1825), Charles Victor Amédée Mangin (1787-1853), Victor Aimé Eugène Napoléon Mangin (1819-1867) et Évariste Victor Joseph Mangin (1825-1901). Tous ont été éditeurs de journaux et ont joué un rôle crucial pour la démocratisation politique, en dépit de la faiblesse du lectorat d’avant les années 1860.

Dans son Histoire de la Révolution française, Jules Michelet célèbre les Mangin, cette « famille chère à l’art, à la liberté ». De la Restauration à la Troisième République, quel que soit le pouvoir en place, ces fondateurs de la presse nantaise font preuve d’une grande indépendance. Avec ce même prénom, Victor, qu’ils se transmettent de père en fils aîné, ils donnent la berlue aux préfets qui les surveillent de près. Ils sont suspendus, accablés d’amendes, emprisonnés, mais tiennent bon.

Leur saga commence en 1777, avec l’arrivée à Nantes de Victor Mangin : son père, architecte à Paris, vient de lui obtenir le privilège d’ouvrir une « petite poste », quai de la Poterne. Il édite bientôt un almanach puis, le 1er janvier 1782, La Correspondance maritime, un bulletin d’avis qui a plusieurs avatars (dont La Feuille commerciale) et perdure au-delà de la Révolution puis de l’Empire.

Une fois la royauté restaurée, son fils aîné, Charles Victor, publie à partir du 4 août 1819, L’Ami de la Charte, un journal d’informations générales. D’inspiration libérale, volontiers anticlérical, il est partisan de la séparation des pouvoirs, du spirituel et du temporel. En janvier 1834, il se montre publiquement opposé à la peine de mort, lors de l’exécution de deux chouans à Châteaubriant : « Nous, amis du progrès, nous, qui ne sommes pas assez lâches pour être cruels, nous ne la réclamerons jamais même contre nos plus mortels ennemis. » Le 10 octobre 1837, Louis-Philippe ayant déçu ses espoirs, il donne à son journal le titre (républicain) de National de l’Ouest. Forte tête, il garde la même ligne éditoriale jusqu’au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte qu’il dénonce dans un éditorial cosigné avec ses deux fils, Victor Aimé et Évariste Victor : « Depuis le 2 décembre au matin, tout gouvernement légal a cessé d’exister en France. La force militaire, seule, gouverne. » Le 19 janvier 1852, Le National de l’Ouest, interdit de publication, cède la place au Phare de la Loire, qui était à l’origine un supplément commercial.

Pont de Pirmil vers la place Mangin

Pont de Pirmil vers la place Mangin

Date du document : 1962

Évariste Mangin prend seul les rênes du journal à la mort de son frère aîné à qui Victor Hugo (un abonné) rend un bel hommage : « Nous perdons un ami, la démocratie perd un homme ! » Pressentant le conflit armé avec la Prusse, Évariste adresse au peuple allemand une lettre ouverte qu’il fait signer dans les locaux du Phare et appelle à un Congrès européen des peuples (printemps 1867). Au lendemain de la guerre, le 1er juillet 1876, ayant eu la satisfaction de voir la République installée, il vend son journal à George Schwob.

Jean-Charles Cozic
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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