Loire
Bombardements

Le 12 février 1879, une motrice à air comprimé emprunte la ligne Doulon-Gare maritime et remplace les omnibus hippomobiles inventés en 1826 par Stanislas Baudry. Par ce choix, Nantes fait le pari audacieux d’être la première ville à utiliser ce mode de traction, brûlant du même coup l’étape du tramway hippomobile.

La première ère des trams, 1879-1958

Autour de Louis Mékarski, inventeur de ce nouveau système, est créée le 16 novembre 1876 la Compagnie des tramways de Nantes (CTN), qui obtient une concession d’exploitation de quarante années. En 1880, la première ligne est prolongée jusqu’à Chantenay. Une deuxième ligne est ouverte, le 14 juin 1888, entre la Bourse et Pirmil puis une troisième vers la route de Rennes, le 17 août 1890. En 1910, le réseau exploité est de 35 kilomètres.

Le tramway à Saint-Joseph-de-Portricq (ou de Porterie)

Le tramway à Saint-Joseph-de-Portricq (ou de Porterie)

Date du document : sans date

Rue de l'Arche Sèche

Rue de l'Arche Sèche

Date du document : sans date

Nantes tarde à adopter la traction électrique, plus économique et d’emploi plus souple. Décidée en 1911 seulement, l’électrification est alors rondement menée, mais la guerre en retarde l’achèvement. L’urbanisation des quartiers périphériques n’entraîne que quelques extensions de lignes entre 1928 et 1932, date à laquelle on dénombre quatorze itinéraires centrés sur la place du Commerce : le réseau du tramway, établi sur un modèle radial, ne couvre guère la périphérie. Les transports suburbains sont laissés à l’initiative privée tandis que la CTN dispose d’un monopole dans l’espace urbain. Apparu dans l’entre-deux-guerres, l’autobus triomphe après la Seconde Guerre mondiale. L’exploitation des dernières lignes de tramway cesse le 25 janvier 1958, sans susciter de regrets chez les usagers. Non seulement le tramway est considéré comme désuet, mais aussi comme dangereux. D’où le sobriquet de «péril jaune » dont le gratifient les Nantais, en référence à sa couleur.

Jeton de la compagnie de tramway

Jeton de la compagnie de tramway

Date du document : sans date

Le dépôt des tramways, à la Morrhonnière

Le dépôt des tramways, à la Morrhonnière

Date du document : sans date

Plébiscité par les Nantais

Ces critiques sont reprises par l’opposition municipale lorsqu’en septembre 1978, Alain Chénard, maire socialiste élu l’année précédente, annonce le choix d’implanter un tramway en site protégé, une décision en cohérence avec l’abandon des pénétrantes et la réalisation d’un périphérique pour éviter l’asphyxie de la ville par l’automobile. Élu en 1983 alors que le chantier du tramway bat son plein, le maire de droite Michel Chauty suspend les travaux avant de les reprendre, mais refuse d’inaugurer la ligne est-ouest Haluchère-Bellevue ouverte en janvier 1985. Les Nantais, eux, plébiscitent ce tramway qui devient un motif de fierté et un outil de communication pour une ville qui a été la première en France à relancer ce mode de transport. Le réseau s’étoffe : ligne 2, entre Orvault et Pirmil, en 1992 ; ligne 3, entre Plaisance et Hôtel-Dieu en 2000. Prolongées par tronçons successifs, les trois lignes totalisent 42 kilomètres en 2011.

Depuis 1985, le tramway est un instrument majeur de la politique d’aménagement de l’espace, ce qu’il n’était pas dans l’entre-deux guerres. La création des lignes s’accompagne d’un remodelage spectaculaire des espaces publics. Aujourd’hui, rénover le réseau ferré et renouveler le matériel roulant, sans renoncer à créer des interconnexions et de nouvelles lignes, est un défi dans un contexte financier tendu. Pour des raisons de coût, c’est un « busway » en site propre qui dessert la ligne 4 (place du Maréchal Foch – porte de Vertou) ouverte en novembre 2006.

Dans le tramway de Nantes

Dans le tramway de Nantes

Date du document : 28-01-2013

Modes de transport complémentaires

Le choix du mode de transport pour une future ligne Malakoff-Chantenay via l’Île de Nantes fait débat. Le plan de déplacements urbains adopté en octobre 2010 associe la création de dix lignes de bus rapides – les chronobus – à une accélération de la fréquence du tramway. Une connexion des lignes 1 et 2 via le pont de la Jonelière sur l’Erdre est prévue après 2014, évolution significative pour un réseau en étoile. Enfin la réalisation d’un grand pôle d’échanges à la Haluchère répond au souci d’organiser complémentarité et fluidité entre les différents modes de transports à travers la mise en relation des réseaux urbains, départementaux et régionaux (utilisation du rail par un « tram-train »). Face à un étalement urbain que l’offre de transports peut en retour favoriser, la recherche d’un meilleur équilibre entre développement urbain et déplacements anime désormais une politique publique soucieuse d’« écomobilité ».

La mouvante ligne de partage entre « archaïsme » et « modernité », qui caractérise le regard porté sur le tramway nantais depuis 1879, ne prend-elle pas un relief tout particulier à l’heure où le vélo et la marche sont reconnus comme des compléments indispensables aux transports collectifs ?

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013
(droits d'auteur réservés)

L'évolution des motrices de tramway à Nantes

Motrice Mékarski

15-09-2007

Les premières motrices à air comprimé inventées par Stanislas Mékarski sont mises en circulation en 1879....

Motrice Mékarski

sans date

A droite, le receveur se tient sur une plate-forme accessible par deux marches , le conducteur est situé...

Vue extérieure d'une motrice électrique

1913

Les motrices électriques sont mises en service après la Première Guerre mondiale. Les motrices possèdent...

Vue intérieure d'une motrice électrique

sans date

A l’intérieur de la motrice, 16 passagers s’installaient sur des banquettes réversibles.

Ancienne motrice électrique 144 conservée par la SEMITAN

1987

Les motrices sont surnommées le péril jaune en raison de la couleur des véhicules et des nombreux accidents...

Motrice et remorque

sans date

Les motrices étaient allongées grâce à des remorques notamment sur les lignes desservant les usines,...

Rame TFS d'Alsthom

1985

Abandonné en 1958, le tramway est de retour à Nantes en 1985. Les rames TFS sont construites par Alsthom...

Rames Incentro

2000

En 2000, les rames Incentro construites chez Adtranz – Bombardier sont mises en service. Chaque rame...

Rames Urbos 3

19-10-2015

En 2012, les rames Urbos 3 construites chez CAF, constructeur ferroviaire basque, sont mises en service....

En savoir plus

Bibliographie

Bigey, Michel, Les élus du tramway : mémoires d'un technocrate, Lieu commun, Paris, 1993

Gérard, Pierre-François, Cabanas, Éric, Nantes : une ville et ses transports, de 1879 à nos jours, V. Stanne, Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, 2003

Guidet, Thierry, « Comme il a changé Nantes, le tramway ! », Place publique Nantes Saint-Nazaire, n° hors-série, 2015

Péron, André, Nantes et son tramway, Ressac, Quimper, 1985

Rault, Jean-Pierre, Le tramway : Nantes, CMD, Montreuil-Bellay, 1996 (coll. Découverte d'un patrimoine disparu)

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Rédaction d'article :

André Péron

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