Hôtel de Ville
Henry Orrion (Les Sables d'Olonne, 1891 - Nantes, 1971)

C’est après le décès de son père que Gérard Mellier vient à Nantes où il s’intègre grâce au réseau relationnel de son oncle, le financier Nicolas Ballet. Officier royal des finances depuis 1702, subdélégué de l’intendant de Bretagne pour Nantes de 1710 à 1729, il est surtout connu pour avoir été maire de la ville de 1720 à 1729 et s’être révélé comme un acteur majeur de la mutation urbaine dans le premier quart du 18e siècle. Dans toutes ces fonctions, il s’inscrit clairement dans la logique absolutiste de la monarchie, comme le montre son traitement manipulateur de la conspiration de Pontcallec, en guise d’avertissement à une noblesse contestataire. Grand travailleur, imbu de sa personnalité, érudit ouvert à l’exercice de la raison, rendu assez libre quand l’intendant est accaparé par la reconstruction de Rennes après l’incendie de 1720, il réveille Nantes de sa torpeur en l’introduisant dans la modernité française et européenne du 18e siècle.

Le Maire de Nantes

En tant que maire, il laisse le double souvenir d’une figure autoritaire et du représentant des grands armateurs négociants.

Abandonnant la tradition de consultation des anciens maires et échevins, comme des délégués du clergé, de la Chambre des comptes et du présidial, il concentre l’exercice du pouvoir municipal au sein du bureau de ville, sur lequel il règne en maître grâce à des relations personnelles très fortes avec l’intendant Feydeau de Brou. Élu en 1720, 1722 et 1726, il continue ainsi autoritairement d’exercer ses pouvoirs en 1724 et 1728. Son ambition se heurte à celle du sénéchal Louis Charette de La Gascherie, ce qui conforte son soutien au transfert de la faculté de droit à Rennes en 1728, justifié avant tout par une analyse rationnelle des fonctionnalités opposées des deux grandes villes bretonnes.


Il entreprend d’inscrire Nantes dans l’essor du commerce maritime et colonial en tirant parti des opportunités du mercantilisme colbertiste. Il pense ainsi le développement urbain d’un port ligérien connecté au réseau atlantique mais aussi aux flux de l’océan Indien grâce à la proximité lorientaise, les ventes de la Compagnie des Indes étant établies à Nantes de 1720 à 1733. En obtenant des privilèges fiscaux et en défendant la liberté du commerce privé sous licence, il soutient fortement l’engagement vers les îles d’Amérique initié par les marchands nantais depuis presque trois quarts de siècle, ainsi que la traite négrière. Son engagement au service de l’économie de plantation esclavagiste se vérifie lors de l’écriture du mémoire fondant l’édit royal d’octobre 1716, qui maintient le statut juridique d’esclave pour les Noirs amenés d’Amérique en métropole par leurs propriétaires, contre toute la jurisprudence antérieure. Il n’insiste pas lorsqu’est refusée l’érection d’une Chambre de commerce, pour que soit préservé un fonctionnement traditionnel en assemblée générale de négociants autour du Consulat du commerce.

 

Portrait de Gérard Mellier, maire de Nantes

Portrait de Gérard Mellier, maire de Nantes

Date du document : 1725

Cette identification de l’avenir de Nantes avec les intérêts du grand commerce se traduit également dans sa politique sociale très respectueuse d’une hiérarchie mêlant richesse et honorabilité. Les marchands détaillants ou fabricants, et certains marchands spécialisés comme les blatiers, sont écartés du consulat par manque de dignité. Les tisserands sont déboutés dans leur conflit avec les sergers qui sont à leur tour sanctionnés face aux drapiers. Le tribunal de police, soumis à la pression croissante de la municipalité, est utilisé pour empêcher les portefaix de s’ériger en corporation en 1726. Cet encadrement est vu comme un excellent moyen de contrôle d’un monde du travail turbulent, mais il reste interdit dans l’espace portuaire où la liberté du travail doit permettre aux armateurs d’utiliser les immigrés les plus récents. Le besoin sécuritaire, réactualisé dans le couple mendicité-épidémie par la terrible peste de Marseille en 1720, justifie une relance de l’hygiène publique, couplée avec un énorme effort de renouvellement du pavage des rues, la formation d’un bureau de santé pour surveiller les entrées maritimes, et la création des premiers commissaires de police, ainsi que de quatre chasse-gueux. Sans oublier un groupe de pompiers équipés d’une pompe achetée en Hollande.

 

Les chantiers d’urbanisme

Gérard Mellier lie son nom à quatre grands chantiers illustrant l’urbanisme du 18e siècle : la reconstruction de la Bourse du commerce, la canalisation du bras nord de la Loire grâce à la construction de quais, le lancement de l’expansion de l’espace urbain avec la création de lotissements programmés selon les nouvelles normes urbanistiques (île Feydeau et Chézine) et l’aménagement des cours le long de la muraille orientale. Il ouvre ainsi une double perspective en posant la question de la destruction des murailles pour améliorer la circulation tout en créant une nouvelle façade de ville, et en liant clairement l’expansion de l’espace urbain à la dimension ligérienne vers le sud et vers l’ouest, c’est-à-dire à la fonction commerciale et portuaire. Il se montre également volontaire dans le suivi de la reconstruction du pont de Pirmil depuis la crue de 1711, et se tourne volontiers vers les ingénieurs du roi formés pour les questions militaires, ou vers Jacques V Gabriel, premier architecte du roi, appelé pour arbitrage en 1727.
Son autoritarisme trouve dans la stricte application de la réglementation municipale de la construction privée, déjà bien formulée en 1696, un terrain d’action immédiat, principalement dans l’alignement des rues. Son intérêt pour l’embellissement urbain s’illustre d’ailleurs dès 1707 par la publication d’un traité de voirie d’une réelle qualité d’écriture.
 
Un paradoxe : il ne cherche pas à jouer un rôle pionnier en dotant Nantes d’une place royale, alors que la statue de Louis XIV commandée en 1685 attendait sa destination. Il la laisse partir pour orner la place rénovée du Parlement à Rennes.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteurs réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Déré, Anne-Claire, « Un maire de Nantes au temps des négriers (1720-1729) : Gérard Mellier, intime (1674-1729) »,  Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°120, 1984, p. 67-76

Gaston-Martin, Nantes au 18e siècle : l'administration de Gérard Mellier (1709-1720-1729), Impr. toulousaine, Toulouse, Libr. L. Durance, Nantes, 1928

« Gérard Mellier : maire de Nantes et subdélégué de l'intendant de Bretagne (1709-1729) : l'entrée de Nantes dans la modernité : actes du colloque organisé par la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique et le département d'Histoire de l'Université de Nantes les 19 et 20 novembre 2009 », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n° hors série, 2010

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Rédaction d'article :

Guy Saupin

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