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Esclaves

Nantes a inauguré, le 25 mars 2012, un Mémorial de l’abolition de l’esclavage. Celui-ci se présente comme un espace de méditation et de recueillement dédié aux millions de victimes de la traite négrière. 

Premier port négrier de France au 18e siècle, très engagé dans la traite illégale pendant le premier tiers du 19e siècle, Nantes joue un rôle majeur dans ce trafic, déportant environ 553 000 Noirs de l’Afrique vers l’Amérique. En édifiant ce mémorial, la Ville veut affirmer qu’il est nécessaire de reconnaître l’extrême violence et la cruauté de cette histoire ainsi que les facteurs qui l’ont générée. Elle entend également célébrer les luttes, les résistances, les combats pour la liberté et l’égalité. En effet, le Mémorial exhorte à ne pas s’enfermer dans le passé. Il affirme que le combat contre les formes contemporaines de l’esclavage doit être constamment ravivé. 

Ce projet, dont le principe est décidé en 1998 par le Conseil municipal, suscite de longs débats tant sur les questions mémorielles, que sur ses caractéristiques formelles, ses implications politiques et budgétaires. Il se rattache aux efforts accomplis par Nantes depuis le milieu des années 1980 pour regarder son passé négrier en face : colloque sur le Code noir, exposition Les Anneaux de la mémoire au Château des ducs de Bretagne, aménagement de salles sur la traite au Musée d’histoire de la ville, initiatives des associations antillaises et africaines. 

Pour ses concepteurs, l’artiste américano-polonais Krzysztof Wodiczko et l’architecte argentin Julian Bonder, ce Mémorial est une expérience esthétique qui conduit, par ses formes matérielles, leurs dimensions visuelles, sonores, temporelles, physiques et intellectuelles, à stimuler les émotions et la pensée en faisant travailler la mémoire. Les évocations symboliques et métaphoriques suscitées éveillent une interprétation historique et politique. 

Aménagé au sein du quai de la Fosse, symbole de la vocation portuaire de Nantes, tout proche de la Loire, et voisin du Palais de justice auquel le rattache la passerelle Victor Schoelcher, du nom du militant abolitionniste, le Mémorial est conçu comme un parcours. Il s’ouvre par une esplanade où sont insérés 2 000 pavés de verre portant chacun le nom d’un navire négrier nantais. En empruntant un escalier qui le conduit dans le quai, le visiteur découvre un passage long de 90 mètres bordé de plaques de verre. Issues de la surface et coupant le sol par l’oblique, ces plaques marquent ainsi la rupture politique et symbolique de l’abolition de l’esclavage de 1848, tout en exposant, en diverses langues, les propos de ceux qui se sont opposés, de par le monde, à toute forme de servitude. 

Lieu d’une prise de conscience, souhaitant provoquer le dialogue et le débat, ce Mémorial a pour objet de participer à une métamorphose psychique, culturelle et politique afin d’élargir l’espace démocratique. La mémoire de Nantes, à l’image de nos sociétés complexes, est plurielle. Au-delà des enjeux pour cette ville, ce Mémorial génère un intérêt national et international. 

Extrait du  Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

Mémorial

Mémorial

Date du document : 15-03-2012

Memorial business

Memorial business

Date du document : 2004

En bref...

Localisation :

Fosse (quai de la), NANTES

Date de construction :

2012

Auteur de l'oeuvre :

Wodiczko, Krzysztof (architecte) ; Bonder, Julian (architecte)

Typologie :

autre type d'architecture

En savoir plus

Bibliographie

Chérel, Emmanuelle, Le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes : enjeux et controverses (1998-2012), Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2012

Masseaut, Jean-Marc, « Une expérience de travail de mémoire à Nantes à propos de la traite atlantique », dans Saunier, Éric (dir.), Villes portuaires du commerce triangulaire à l'abolition de l'esclavage, Université du Havre, Le Havre, 2008 (Cahiers de l'histoire et des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions en Normandie, n°1), p. 13-28

Ruby, Christian, « Nantes. Mémorial à l'abolition de l'esclavage », Urbanisme, n°341, mars-avril 2005, p. 8

Vergès, Françoise (dir.), Liberté ! : le Mémorial de l'abolition de l'esclavage, Château des ducs de Bretagne-Musée d'histoire de Nantes, Nantes, 2015

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Rédaction d'article :

Emmanuelle Chérel

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