Associé dans la mémoire collective à la duchesse Anne, le Château des ducs de Bretagne est l’un des monuments les plus emblématiques de Nantes. Imposante forteresse de granit et de schiste, palais ducal de tuffeau délicatement sculpté à l’architecture flamboyante, il abrite depuis 2007, à l’issue d’un long programme de restauration, le Musée d’histoire de Nantes dont il est la première pièce des collections. Il a connu depuis ses origines de multiples occupations, transformations, destructions et usages qui en font un monument particulièrement riche et complexe.

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Le Château des ducs de Bretagne

Le château de Nantes est fondé en 1207 par Guy de Thouars, époux de Constance, duchesse de Bretagne, qui abandonne aux officiers ducaux le vieux château des comtes de Nantes, au Bouffay, et implante le nouvel édifice aux pieds de l’enceinte gallo-romaine, dans la ville, près de la cathédrale. Une grosse tour circulaire en schiste d’environ vingt mètres de diamètre, et de hauteur, appelée Tour Neuve, bâtie sur le modèle des tours capétiennes, est alors construite. Elle sera partiellement dégagée lors des investigations archéologiques menées entre 2003 et 2008 dans la cour du château. Le premier château est agrandi par les ducs Pierre de Dreux dit Mauclerc et Jean Ier Le Roux au milieu du 13e siècle. Cette extension se fait sur le lit de la Loire et le monument est achevé à l’extérieur de la ville. Destiné à protéger celle-ci des menaces extérieures, le château devient dès cette période un outil au service de l’affirmation du pouvoir ducal face au roi de France. 

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La longue guerre de succession du duché de Bretagne au 14e siècle s’achève par la victoire de Jean IV de Montfort et le traité de Guérande, en 1365. Jean IV effectue d’importants travaux d’agrandissement sur le château de la Tour Neuve en édifiant plusieurs tours polygonales en granit qui donnent à l’ensemble une monumentalité jamais atteinte. Une seule tour, improprement appelée Vieux Donjon, remaniée au 15e siècle, demeure aujourd’hui au nord de l’enceinte. Le château de Nantes prend dès lors une place de première importance dans le dispositif militaire des ducs de Bretagne et s’affirme comme place forte près du carrefour stratégique que constitue la ville. Dans ce lieu de pouvoir et de justice est instruite, en 1440, la première partie de procès de Gilles de Rais. 

En 1466, constatant que son « chastel […] situé en l’une des plus principales et magnifiques villes de notre pays, [est] si petitement logé et indigent de réparation », le duc François II émet « grand désir de [le] réparer et le mettre en grand et bon appareil de logis et fortification ». Le premier château disparaît alors pour laisser place au monument actuel. François II sollicite les meilleurs architectes du duché – dont Mathelin Rodier, l’un des architectes de la cathédrale Saint-Pierre – afin d’édifier sa résidence principale et l’une des premières forteresses militaires de Bretagne. En 1480, une partie de l’édifice est achevée. Les travaux reprennent en 1486, à la veille du conflit avec le roi de France. En s’appuyant sur les anciennes fondations, François II érige de nouvelles courtines flanquées de quatre tours d’entrée, sur lesquelles s’adossent le Grand logis, le Grand gouvernement et l’aile du Lieutenant du roi. Son décès en 1488 puis la difficile succession d’Anne, seule héritière, et la guerre avec la France arrêtent momentanément la construction du château. 

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Les travaux reprennent en 1491 à l’initiative d’Anne, duchesse de Bretagne et reine de France par son récent mariage avec le roi Charles VIII. Les tours du Fer-à-cheval, de la Rivière et du Port sont édifiées. Quatre loggias sont ouvertes au sommet de la tour de la Couronne d’or. Peu après, les lucarnes du Grand logis reçoivent un nouveau blason aux armes d’Anne et de Louis XII, son nouvel époux. Austère de l’extérieur par son aspect militaire et son parement alterné de granit et de schiste, le château révèle sa vocation résidentielle et palatiale à l’intérieur des remparts grâce à l’emploi du calcaire blanc et la légèreté des décors sculptés et moulurés. Le décor armorié aux emblèmes français et bretons illustre le rattachement inéluctable de la Bretagne au royaume de France. 

Anne meurt à Blois en 1514. Le château revient à sa fille Claude, reine de France, épouse de François Ier, puis à son petit-fils François III, dernier duc de Bretagne. Forteresse ducale pendant trois siècles, l’édifice devient propriété royale en 1532 lors de la signature de l’édit d’union réelle et perpétuelle du duché au royaume de France. 

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Le château des rois

François Ier fait du château de Nantes la résidence bretonne des rois de France et appose ses initiales sur la courtine de la Loire afin d’affirmer la nouvelle appartenance du monument au royaume. Vraisemblablement sous la conduite de Philibert de L’Orme, le Petit gouvernement est alors érigé. Henri II et Catherine de Médicis y logent en 1551. 

Face à l’incertitude de l’issue des guerres de Religion, de nouveaux travaux pour renforcer la défense du site sont exécutés : les murailles sont rehaussées et les portes murées. Le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne depuis 1582, s’oppose à Henri III et devient en 1588 le chef de la Ligue bretonne. Il améliore le dispositif par l’adjonction de deux bastions, d’un moineau et d’une terrasse d’artillerie. De ces transformations ne restent aujourd’hui que le bastion nord, à demi arasé, et la courtine du Levant qui porte les emblèmes du gouverneur (en forme de croix de Lorraine). Acceptant la reddition de Mercoeur, Henri IV signe – en secret, compte tenu de l’état d’esprit des habitants – lors de son séjour au château en avril 1598 le fameux édit de tolérance qui met fin à plusieurs décennies de guerres. 

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Le cardinal de Richelieu continue la fortification du monument par la militarisation des terrasses des tours d’entrée et fait poser ses armes sur les murs et les vitraux de la chapelle. Les visites royales se succèdent et font parfois l’objet de festivités notamment lors du brusque mariage, en 1626, du frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, mariage suivi de l’emprisonnement au château et de l’exécution du comte de Chalais, accusé de mener le complot aristocratique contre le cardinal. L’édifice sert en effet de prison pour les détenus prestigieux. En 1654, le chef du parti de la Fronde, le cardinal de Retz, arrêté et incarcéré sur ordre d’Anne d’Autriche, s’en évade, selon ses mémoires, de façon rocambolesque. 

Visites royales, séjours des gouverneurs et tenues des États de Bretagne à Nantes font du monument un lieu de prestige, soutenant ainsi la ville dans ses prétentions au rang de capitale provinciale. En 1670, un incendie ravage le Grand gouvernement. La partie ruinée est reconstruite sur décision de Louis XIV dans le style classique de l’époque, avec un perron couronné d’un baldaquin et d’un fronton aux armes du roi. 

Une caserne

Peu à peu, les rois et les gouverneurs délaissent leur demeure bretonne, devenue progressivement sans intérêt politique. Seule une garnison composée essentiellement d’invalides occupe le château. Tout au long du 18e siècle, aménagements et dégradations se succèdent, et le château fait office de prison pour détenus militaires ou de droit commun. La fonction militaire est relancée quand, en 1784, Louis XVI approuve le projet de le transformer en arsenal. Le bâtiment du Harnachement est alors construit pour  le service de l’artillerie. 

Pendant la Révolution, le monument est épargné. Sa prise comme symbole de l’absolutisme en juillet 1789 fait écho à celle de la Bastille mais n’occasionne aucun dégât. En 1791, un projet municipal vise à son démantèlement mais n’aboutit pas et, en avril 1793, seuls les emblèmes de la royauté sont martelés. 

Le 25 mai 1800, une retentissante explosion ébranle le quartier du château. La tour des Espagnols, transformée en poudrière, vient d’exploser suite à l’effondrement du plancher sur la réserve de munitions. La salle des archives, la chapelle et le logis du lieutenant du roi sont anéantis. En 1855, les premières restaurations sont engagées annonçant le classement du site au titre de Monument historique en 1862. 

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Un musée

Le projet de transfert de la propriété du château à la Ville pose, dès la fin du 19e siècle, la question de sa future destination. Un projet de le transformer en Hôtel de ville est étudié, puis abandonné. Acheté par la Ville en 1915, il devient finalement un musée. Après la Grande Guerre, le site est ouvert au public et mis en valeur par un programme de restauration. Des fouilles archéologiques sont entreprises, permettant de tracer sommairement les implantations du premier château médiéval et de la Tour Neuve. Les salles du Grand logis accueillent à partir de 1924 le Musée d’art décoratif de la Ville. 

Occupé par l’armée allemande en 1943, le château subit un dernier outrage : un blockhaus est construit dans la cour. Après la Seconde Guerre mondiale, le Musée d’art  populaire régional ouvre ses portes dans le Grand gouvernement et conforte  la mission de conservatoire de l’identité bretonne, alors dévolue au monument. En 1956, un troisième musée est créé : détruit lors des bombardements de 1943, le Musée des Salorges renaît au château avec la présentation dans le Harnachement des collections illustrant l’histoire maritime, fluviale et industrielle de la ville. 

Malgré cette vocation nouvelle dédiée au patrimoine, le château présente dans les années 1980 un état alarmant. De nombreux espaces très dégradés sont fermés au public, et les collections souffrent de mauvaises conditions de conservation. Un lourd programme de restauration et de mise en valeur s’impose. Il s’accompagne d’une refonte complète de l’ensemble des musées encore ouverts sur le site. Leur accumulation pendant plus de sept décennies nuit à leur visibilité et à leur cohérence. Un nouveau projet scientifique et culturel est alors conçu. Pascal Prunet, architecte en chef des Monuments historiques, est le maître d’œuvre de la restauration de l’édifice et Jean-François Bodin le concepteur de l’aménagement muséographique. 

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Le Musée d’histoire de Nantes

Le premier objet du musée est le monument lui-même, aujourd’hui restauré. Le parcours en accès libre dans le jardin des douves, la cour intérieure et la totalité du chemin de ronde se double d’un parcours à l’intérieur de l’ancien palais ducal et des tours, pour la première fois intégralement ouverts au public, offrant une double lecture, architecturale et muséographique. En s’insérant de façon minimaliste dans les volumes, en respectant leur intégrité, en s’adaptant selon les espaces et les circulations, le musée met en valeur les éléments qui aident à comprendre la singularité et la complexité de l’édifice dans son aspect constructif et ses différents usages. Une signalétique patrimoniale et un éclairage spécifiques soulignent les éléments remarquables, attirant l’attention du visiteur sur une chambre de tir, un fragment de décor, une baie, des graffiti de prisonniers, un blason, une sculpture, des latrines, une charpente, un escalier. 

Le parcours du musée est structuré en sept grandes séquences chronologiques et thématiques qui dévoilent les moments forts de l’histoire de la ville et rendent sensible par petites touches les multiples et riches composantes de la personnalité de Nantes. Le musée se déploie dans trente-deux salles dont dix-sept sont situées dans le Grand logis et la tour des Jacobins, depuis le sous-sol jusqu’aux combles. Les quinze autres salles sont celles des niveaux supérieurs du Grand gouvernement, qui communiquent à chaque étage avec les salles des deux tours de l’entrée principale du château, la tour du Pied-de-biche et la tour de la Boulangerie. Le premier ensemble est consacré à Nantes, de la cité portuaire fortifiée antique à la veille de la Révolution française, le second explore l’histoire de la ville de la Révolution française à nos jours. Au total, près de neuf cents œuvres, objets et documents sont exposés : peintures, sculptures, plans-reliefs, modèles de navires, cartes et plans, gravures, photographies, films, outils, instruments scientifiques, mobilier, objets d’art décoratif, documents d’archives, etc. Ce musée évolutif est engagé dans un constant renouvellement. Il accueille des expositions temporaires, joue un rôle de premier plan dans la stratégie touristique de Nantes, mais est avant tout une invitation à explorer les multiples facettes de l’exceptionnel patrimoine de Nantes. 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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En bref...

Localisation :

Marc Elder (place) 4, NANTES

Date de construction :

1466

Typologie :

architecture militaire

En savoir plus

Bibliographie

Le château des ducs de Bretagne : entre grandeur et renouveau : huit siècles d'histoire, Presses universitaires de Rennes, Rennes, Ed. du château des ducs de Bretagne, Nantes, 2016

Château des ducs de Bretagne-Musée d'histoire de Nantes, Château des ducs de Bretagne-Musée d'histoire de Nantes, Nantes, 2007

Leloup, Daniel, « Nantes, le château et la trace profonde de la ville close », dans Congrès national des sociétés historiques et scientifiques (125 ; 2000 ; Lille), Le château et la ville, conjonction, opposition, juxtaposition (XIe-XVIIIe siècle),  Éd. du CTHS, Paris, 2002, p. 359-368

Pascal, Jérôme, « Le château des ducs de Bretagne : apport des fouilles récentes à la connaissance du déroulement du chantier » [suivi de] Guillaume, Jean, « Les logis neufs du château de Nantes du duc François II à la reine Anne », dans Nantes flamboyante (1380-1530) : actes du colloque organisé par la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique au Château des ducs de Bretagne, Nantes 24-26 novembre 2011, Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, Nantes, 2014, p. 213-237

Saupin, Guy, Le Page, Dominique, Le château des ducs, Nantes et la Bretagne, Château des ducs de Bretagne-Musée d'histoire de Nantes, Nantes, 2007

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Rapport à la Bretagne

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Marie-Hélène Jouzeau