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Élément pittoresque, les « maisons » du pont de Pirmil ont été de très nombreuses fois représentées par les peintres et les photographes. Son histoire ayant été perdue, l’existence de ce bâti a permis de forger l’idée que les anciens ponts de Nantes étaient habités.

Habiter sur les ponts

Habiter les ponts est une expression fréquemment utilisée dans les archives nantaises. Elle est parfois remplacée par des expressions synonymes comme « habiter le quartier des ponts » ou « habiter sur les ponts ». Pourtant, ces expressions renvoient à des réalités bien différentes : entre habiter les différents faubourgs reliés par la ligne des ponts et habiter sur un pont, l’enjeu n’est pas le même.

Si les archives sont floues, les représentations iconographiques nous aident à mieux appréhender la réalité de l’habitat des ponts à Nantes. En effet, seuls deux ponts ont été réellement représentés avec des habitats bâtis sur leur tablier, en surplomb des parapets : celui de Belle-Croix et celui de Pirmil.

Pont de Belle-Croix

Pont de Belle-Croix

Date du document : vers 1825

En dehors de ces représentations, la fréquence des destructions de ponts à Nantes nous invite si ce n’est à douter de la réalité d’un habitat systématisé sur les ponts, en tout cas à relativiser le nombre de ponts réellement concerné par le phénomène. Les documents iconographiques nous permettent également de constater que les bâtiments ne furent élevés que sur les premières piles des ponts, au plus proche des rives.

Les deux exemples d’habitats sur pont sont relativement différents. Sur le pont de Belle-Croix, l’immeuble était relativement haut, avec des commerces au rez-de-chaussée ; alors que sur celui de Pirmil, il s’agit d’un ensemble de maisons particulières avec une cour et des dépendances.

Les maisons du pont de Pirmil

Sur le pont de Pirmil, les constructions d’habitations sont demandées par Charles IX qui souhaite bâtir des logis pour les gardes du château de Pirmil. Il n’y a aucune assurance que cette demande fut suivie d’effets. Néanmoins, au début du 18e siècle, trois logis « de la dépendance de la tour de Pirmil » font face à la forteresse, de l’autre côté de la chaussée qui reliait le pont de pierre enjambant la Loire et celui de bois qui enjambait la douve de la forteresse. Un quatrième logis s’élève sur la première pile de pierre, vers l’amont.

Plan du pont de Pirmil

Plan du pont de Pirmil

Date du document : 1719

L’effondrement de plusieurs piles en 1711 engendre la destruction du pont et son remplacement par un nouvel édifice suivant un nouvel axe. Ce déplacement entraîne le comblement de la douve, la disparition du pont de bois à l’emplacement duquel seront construites de nouvelles maisons vers 1730-1740.

Plan d'élévation du pont de Pirmil

Plan d'élévation du pont de Pirmil

Date du document : 1711

En revanche, la première pile de pierre est préservée ainsi que le logis de garde élevé dessus. Il semble que ce noyau initial soit agrandi quelques années plus tard et dès 1756, l’habitation isolée sur son tronçon est raccordée au nouveau pont par une passerelle qui est déjà figurée sur le plan Cacault. Une seconde passerelle fut vraisemblablement lancée au début du 19e siècle.

Plan cadastral de la section P., feuille 6, quartier Pirmil

Plan cadastral de la section P., feuille 6, quartier Pirmil

Date du document : 1835

Au début du 20e siècle, la maison du pont se présente comme un agglomérat de constructions diverses. Le logis, proprement dit, est élevé sur la pile la plus proche de la rive. Il a un plan presque carré et possède un étage et un comble aménagé. Les façades principales étaient à l’origine percée de trois baies rectangulaires par niveaux. Les baies centrales ont été bouchées. La toiture à quatre pans couverts d’ardoises est éclairée par des lucarnes maçonnées surmontées d’un fronton triangulaire. Le logis est prolongé en rez-de-chaussée par un volume de deux travées également percées de baies rectangulaires.

Deux volumes utilitaires occupent le reste de la surface de l’ancien pont. Ils sont séparés par une petite cour.

Maisons sur le Vieux Pont de Pirmil

Maisons sur le Vieux Pont de Pirmil

Date du document : Fin du 19e siècle

La destruction des maisons

En 1921, les Ponts et Chaussées procèdent au dynamitage de cet ensemble : « Avant l’année 1921, cette maison était encore habitée, elle était reliée par une arche de maçonnerie à une deuxième pile du vieux pont. Sur cette arche et cette deuxième pile étaient établies des dépendances de la maison d’habitation consistant en quelques pièces à peu près inhabitables, un poulailler et un grenier. À la suite de mouvements survenus dans l’assiette de cette deuxième pile, la voûte subit des déformations inquiétantes, les voussoirs se disloquèrent laissant entre eux deux fissures très apparentes. 

Dans un rapport du 23 juin 1921, notre service signala cette situation à M. le Préfet de la Loire-Inférieure, le péril était imminent et l’immeuble dont la façade donne sur la chaussée du Pont de Pirmil pouvait devenir un danger pour la circulation. Les habitants de la maison menacée furent mis en demeure de l’évacuer, une surveillance permanente fut organisée par le service des Ponts et Chaussées avec mission de prévenir immédiatement l’administration municipale au cas où le mouvement s’accentuerait. […] 

La démolition de la deuxième pile eut lieu dans la nuit du 1er au 2 juillet (1921) par l’explosion de deux fourneaux de cheddite. Comme on craignait que la chute de la voûte ne produisit l’effondrement de la maison d’habitation, la façade de celle-ci fut étayée du côté du pont de Pirmil, et un état de lieux fut dressé contradictoirement avec le propriétaire et l’administration. L’explosion produisit la chute de la voûte mais la maison d’habitation resta debout. L’administration ne crut pas devoir achever la démolition et les choses restèrent en état, aucune réparation ne fut effectuée et la maison resta abandonnée.

Depuis quelques temps cet édifice donne des signes évidents de décrépitude les fissures se sont très notablement agrandies, les murs se sont disloqués et laissent prévoir une chute prochaine de l’édifice. En raison de l’importance de la circulation sur le vieux pont de Pirmil et de la présence continuelle des ouvriers sur le chantier qui avoisine la maison, il y a un réel danger à la laisser plus longtemps en cet état et nous sommes d’avis qu’il convient de la démolir à bref délai. […] »

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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Rédaction d'article :

Julie Aycard

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