Hôtels de ville de Doulon et de Chantenay
Petit lycée de Chantenay, puis Trempolino

Lycée Leloup-Bouhier

A

198


En septembre 2020, le bâtiment du 11 boulevard de Launay accueillera à nouveau des élèves, six ans après sa fermeture. C'est en effet en 2014 que le lycée professionnel Leloup-Bouhier a tourné une page de son histoire, 180 ans après son ouverture dans un local de la rue Saint-Léonard.

La première école primaire supérieure ouverte en France

L’histoire du lycée commence en 1834. S’intéressant aux besoins de l’industrie et posant les bases de l’enseignement technique, sa création sous forme d’école primaire supérieure (EPS) fut très novatrice. En application de la loi Guizot du 28 juin 1833, le principe de son ouverture est décidé par la municipalité de Ferdinand Favre le 3 septembre 1833. Ce projet est confirmé par une délibération du 6 janvier 1834 approuvant le financement par la Ville.

L’école ouvre ses portes le 2 novembre 1834 dans un modeste local au 49, rue Saint-Léonard avec soixante élèves. Dès la fin de la première année, les effectifs atteignent quatre-vingt-dix élèves puis autour de cent cinquante les années suivantes. La scolarité est organisée sur trois ans. Arsène Leloup, pharmacien, est nommé directeur. Il le restera jusqu’en 1853.

L’EPS de Nantes, la première créée en France, se distingue des autres EPS par un financement généreux de la Ville permettant des salaires attractifs pour les professeurs mais également par une organisation pédagogique originale. L’enseignement est confié à cinq professeurs spécialisés. Également professeur, Arsène Leloup est chargé des éléments de physique, de chimie et d'histoire naturelle ; la chimie et ses applications industrielles étant une priorité dans la formation. La Ville s'intéressera de très près à l'école jusqu'en 1920, date de son rattachement au ministère de l'Instruction publique.

Le local de la rue Saint-Léonard devient très vite trop petit : la scolarité portée de trois à cinq ans, la création d’un laboratoire de chimie et d’un atelier de modelage et de coupe de pierre ainsi que les collections du Musée industriel annexé à l’école nécessitent de nouveaux locaux.

Affiche présentant le programme des études pour les quatre années de scolarité

Affiche présentant le programme des études pour les quatre années de scolarité

Date du document : 1855

De nouveaux locaux pour une adaptation aux besoins industriels

En 1840, l’école s’installe rue des Coulées qui deviendra la rue Arsène-Leloup en 1884 en hommage au fondateur de l’établissement. La volonté d’adapter l’enseignement de l’école aux besoins industriels locaux confirme sa vocation d'enseignement professionnel. C'est pourquoi, en 1852, l'EPS est rebaptisée École professionnelle communale.

En 1871, après une période parsemée de difficultés, René Bouhier est nommé directeur. Son action jusqu'en 1893 permet de le considérer comme le second créateur de l’école. C'est sous sa direction que l'école est reconstruite boulevard de Launay en 1881.

À partir de 1880, l'exiguïté des locaux de la rue des Coulées ne permet plus en effet d'accueillir dans des conditions décentes l'effectif de deux cent quatre-vingt-neuf élèves. La municipalité Lechat décide alors la reconstruction de l'école au 11, boulevard de Launay et confie sa réalisation à l'architecte en chef de la Ville, Antoine Demoget, auteur à ce titre de nombreux locaux scolaires. Ce dernier conçoit un bâtiment qui s'inscrit dans le courant de l'architecture scolaire de la IIIe République et dans l'éclectisme. Ainsi, son projet se présente comme un « plan parfaitement symétrique et régulier composé d'un premier corps de bâtiment en façade sur l'avenue de Launay (...), d'un deuxième corps de bâtiment en façade sur la rue de la Raffinerie et relié au premier au moyen de deux ailes séparées par une vaste cour intérieure (...). Au total, les corps de bâtiments principaux couvrent 1 750 m² et disposent de 2 550 m² de cours, l'aile des ateliers 270 m² avec une cour de 225 m². »

Plan du rez-de-chaussée de l'école professionnelle

Plan du rez-de-chaussée de l'école professionnelle

Date du document : 1899

Sur le boulevard de Launay, le porche monumental formant pavillon est voûté et surmonté d'une horloge. Il est encadré symétriquement de deux ailes abritant les locaux administratifs. Les façades présentent des assises alternées de briques, pierres blanches et ardoises. Le bâtiment en fond de cour rassemble les éléments essentiels de l'établissement : l'amphithéâtre, les cabinets de physique et de chimie et à l'étage les « musées » – consacrés à l'industrie, la technologie, l'histoire naturelle et l'agriculture – qui renferment les collections pédagogiques. L'amphithéâtre de quatre cents places dont l'hémicycle déborde sur la cour est situé au centre de la composition. Le nouvel établissement reçoit les premiers élèves pour la rentrée de 1882.

La mise en place de trois sections d'enseignement

À partir de 1887, dans le sillage de la réorganisation des programmes mise en œuvre  par les lois sur la gratuité de l’enseignement, trois sections sont créées : section générale préparant aux concours de l’administration, section industrielle et section commerciale. Quelques années plus tard, en 1904, l'école professionnelle devient École pratique de commerce et d’industrie. Son effectif passe de 183 à 245 entre 1904 et 1911. En 1907, la Ville avait acheté l’hôtel Bossis situé rue Chaptal afin de construire de nouveaux ateliers.

Après la difficile période de la Première Guerre mondiale, l'école qui pendant longtemps avait formé essentiellement des employés de l’administration et du commerce, s’oriente vers les emplois de l’industrie.

En 1935, le nom Leloup-Bouhier est donné à l'établissement en hommage à deux de ses anciens directeurs : Arsène Leloup et René Bouhier.

Classe de la section industrielle de l'école pratique de commerce et d'industrie de garçons, année scolaire 1946 – 1947. Photo de classe sur laquelle

Classe de la section industrielle de l'école pratique de commerce et d'industrie de garçons, année scolaire 1946 – 1947. Photo de classe sur laquelle

Date du document : 1946-1947

Un collège d'enseignement technique et la création d'une section pour handicapés

En 1942, l’école Leloup-Bouhier devient le Collège d’enseignement technique Leloup-Bouhier mais se heurte toujours au manque de place. En 1955, il est question d’abattre le bâtiment et de le remplacer par un bâtiment à trois étages. L’amphithéâtre va disparaître pour faire place à un bâtiment moderne d’un étage. Ces constructions qui permettront de créer des salles de classes, des préaux, interviendront au cours des années suivantes.

Façade de l'amphithéâtre vue depuis le porche d'entrée

Façade de l'amphithéâtre vue depuis le porche d'entrée

Date du document : années 1930

En 1963, les sections industrielles sont transférées dans le nouvel établissement de la Chauvinière. Le CET du boulevard de Launay est désormais consacré aux sections commerciales sous la tutelle du lycée Vial. Les locaux sont alors considérablement remaniés. L’école devient un établissement autonome en 1973. Son premier proviseur, Madeleine Gruet exercera ses fonctions jusqu’en 1990. Entre-temps, le collège est devenu Lycée d’enseignement professionnel en 1975 (la réforme Haby relative au collège unique ayant supprimé les CET).

Au cours des années 70 et 80, le lycée est marqué par le création d’une section pour handicapés moteurs et sensoriels en 1974, l'ouverture d'une cantine en 1981 et la création d'un gymnase qui prennent place avec le centre de soins de l'APAJH (Association pour adultes et jeunes handicapés) dans les anciens ateliers d’ajustage sur la rue Chaptal tandis qu'un CDI est ouvert dans l’ancien atelier de forge serrurerie de la rue Lavoisier.

En 2014, l’établissement du boulevard de Launay ferme ses portes après le transfert de ses classes dans le nouveau Lycée international de l’Île de Nantes. Cent quatre-vingts ans après sa création, l’histoire de Leloup-Bouhier s'achève donc après avoir formé des générations de Nantais qui pendant longtemps ont pu se retrouver au sein de l'association de l’Amicale des anciens élèves de l’école Launay. Créée en 1876, cette dernière avait pour objectifs de « renouer et entretenir les relations de bonne amitié qui se sont formées à l’école », d' « exercer un patronage sur les élèves sortants, afin de leur rendre plus facile le choix d’une profession et de favoriser leurs débuts dans la carrière où ils désirent entrer », de « venir en aide aux anciens élèves malheureux, en leur procurant les ressources dont pourra disposer l’Association ». L'association comptait encore mille cinq cents membres en 1954.

Afin de faire face au dynamisme démographique nantais, la municipalité a voté un vaste plan de développement des écoles publiques nantaises en 2018. Plus de 140 nouvelles classes vont être créées d’ici 2022-2023. Parmi celles-ci treize vont être ouvertes en septembre 2020 dans le site réhabilité de l'ancien lycée Leloup-Bouhier.

Groupe mémoire et Archives de Nantes
2016

Anecdote : Un élève célèbre

Jacques Demy a été scolarisé à l'école pratique de commerce et d'industrie de garçons au cours des années 40. Laissons la parole à Robert Letoux : « J'ai bien connu Jacques Demy car nous étions dans la même classe. Nous étions ensemble en enseignement...


Quartiers à vos mémoires – Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux



En bref...

Localisation :

Launay (boulevard de) 11 ; Chaptal (rue) 1 et 3 ; Frédéric Kuhlmann (rue) 14, NANTES

Date de construction :

1881

Auteur de l'oeuvre :

Demoget Antoine (architecte) ; Miolllet (sculpteur) ; Perraud F. (sculpteur)

Typologie :

architecture civile publique et génie civil

En savoir plus

Bibliographie

Quartiers à vos mémoires – Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, Archives de Nantes, 2016

Une ville et ses écoles : Nantes, 1830 – 1940, Marc Suteau, 1999

Dictionnaire des lycées publics des Pays de la Loire, Marc Rapillard, 2009

Pages liées

Jacques Demy

Charles Lechat (Laigle, 1825 - Nantes, 1897)

Enseignement primaire

Abraham Ferdinand Favre (Couvet, 1779 - Paris, 1867)

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Marie-France Lemai ,  Nathalie Barré

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