Henry Orrion (Les Sables d'Olonne, 1891 - Nantes, 1971)
Royal de Luxe

Jacques Demy (Pontchâteau, 1931 – Paris, 1990)

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Quelques films – treize – en une trentaine d’années, au charme indéfinissable et à la magie singulière, dont plusieurs sont des chefs-d’œuvre et quelques-uns – Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort, Peau d’Âne – connaissent un très grand succès, ont fait de Jacques Demy un des cinéastes français les plus aimés du public.

Il est remarquable qu’il s’agisse de films chantés, conçus en très étroite collaboration avec le musicien Michel Legrand. Bien qu’il ne soit pas « né à Nantes, comme tout le monde » (André Breton), Jacques Demy est profondément associé à la ville où il a vécu jusqu’à ses 18 ans, réalisé son premier long-métrage, Lola, et son film le plus tragique, Une chambre en ville. Non seulement il met en scène de nombreux lieux nantais : le passage Pommeraye, La Cigale, le port, l’île Feydeau, le pont transbordeur (réintroduit par trucage optique)… Mais, plus qu’un décor, la ville est dans son œuvre un personnage à part entière, la « matrice » des destins qui s’y croisent. La Médiathèque centrale – où fut organisée une importante exposition pour les vingt ans de sa mort – porte son nom à juste titre.

Jacques Demy est né à Pontchâteau, à 40 kilomètres de Nantes. C’est le berceau de la famille. Son père, Raymond, y est né en 1904. En 1930 il épouse Marie-Louise Leduc, à Nantes, où il est devenu garagiste. Jacques passe son enfance et son adolescence dans le garage familial, quai des Tanneurs, au bord de l’Erdre. Il découvre le Guignol du cours Saint-Pierre, les opérettes du théâtre Graslin et, surtout, se passionne pour le cinéma. Dans l’atelier aménagé dans le grenier du garage, il dessine image par image un film d’animation, Attaque nocturne : il a 12 ans quand Nantes est bombardée, le 16 septembre 1943. Bientôt il s’achète une première caméra. Après son brevet, il voudrait préparer les beaux-arts. Son père le fait entrer au collège professionnel Launay où il apprend « la mécanique, l’électricité, la menuiserie, la chaudronnerie, la ferronnerie » tout en fréquentant assidûment le ciné-club local, l’Écran nantais. À 18 ans, il peut enfin étudier les métiers du cinéma, à Paris, à l’École Vaugirard.

Mais Nantes restera à jamais sa ville, la ville qui a forgé son imaginaire et sa sensibilité, la ville où il a rencontré les personnages de ses films. « J’ai davantage rêvé là, entre onze et dix-huit ans, que dans tout le reste de ma vie : que faire d’une vie commencée si irrémédiablement sur le mode de l’ailleurs ? ». Ces lignes de Julien Gracq s’appliquent si intimement à Jacques Demy qu’on nous excusera de les citer une fois de plus.

En 1960, c’est Lola. L’apparition radieuse d’Anouk Aimée descendant les escaliers du passage Pommeraye marque l’entrée dans le cinéma français d’un de ses plus purs poètes. « Tous mes films auraient pu se passer à Nantes », a-t-il souvent répété. Il n’y revient que plus de vingt ans après pour Une Chambre en ville – qui s’était d’abord intitulé Édith de Nantes. C’est à Nantes encore qu’il rêvait de situer son dernier projet, Kobi des tamponneuses, que la maladie et la mort l’empêchent de réaliser. Les derniers mois de sa vie, il a le bonheur de voir Agnès Varda, qu’il a rencontrée en 1959 et épousée en 1962, se lancer dans le tournage du film qui raconte son enfance et la naissance de sa vocation de cinéaste. Il ne pouvait s’intituler que Jacquot de Nantes.


Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Aumont, Yves,Daguin , Alain-Pierre, Les lumières de la ville : Nantes et le cinéma, 2e éd. revue et augmentée, L'Atalante, Nantes, 1995

Baron, Jérôme (coord.), « Jacques Demy », 303 : arts, recherches et créations, n°115, avril 2011, p. 4-83

Berthomé, Jean-Pierre, « Au coeur du cinéma de Nantes : le passage Pommeraye », 303 : arts, recherches et créations, n°37, 1993, p. 76-80

Berthomé, Jean-Pierre, « Nantes et le cinéma : dix films pour une ville », ArMen, n°23, octobre 1989, p. 4-21

« Jacques Demy, le regard qui enchanta Nantes », dossier-hommage, Place publique Nantes Saint-Nazaire, n° 23, 2010

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Julien Gracq

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Jacques Demy sur Ciné-Ressources

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Dominique Rabourdin

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