Le Saint-Michel II
Roquio le Chantenay

Ville de confluences hydrographiques, Nantes subit régulièrement des inondations, généralement en automne (octobre 1846, septembre 1866) et en hiver (janvier 1843, décembre 1872, février 1904, décembre 1910, janvier 1936, décembre 1982, janvier 1995) liées à des cumuls de précipitations importantes d’origine océanique. Plus rares sont les inondations associant pluies océaniques et précipitations méditerranéennes dans la partie amont du bassin versant (juin 1856). 

La grande crue de 1910

L’inondation la plus marquée est celle du 15 novembre au 29 décembre 1910, avec un débit de 6 100 à 6 400 mètres cubes par seconde selon les sources, et des hauteurs d’eau de 7,53 mètres NGF (nivellement général de la France) au niveau du canal Saint-Félix. Cette crue correspond alors aux plus hautes eaux connues (PHEC), repère retenu dans la législation française pour établir les cartes des plans de surfaces submersibles (PSS) ou celles des plans de préventions du risque inondation (PPRI).

Le risque de crue demeure

Chaque siècle a connu ses grandes inondations. Celles de mars-avril 1414, des hivers 1586-1587 ou 1650-1651, de février-mars 1657 et de 1661 ont marqué les esprits. Celle de février-mars 1711, qui a emporté une partie du pont de Pirmil, aurait atteint 7,29 mètres NGF. Celles de 1843 et de 1872 constituent deux crues majeures du 19e siècle. Après celle de 1904, inférieure de 38 centimètres à celle de 1872, les grands travaux de comblement de l’Erdre et de la Loire, en partie justifiés par la réduction de l’impact des inondations, ont été engagés. Mais, celles de janvier 1936 et de l’hiver 1960-1961 ont montré que le risque demeurait. 

Les inondations à Nantes, la place du Commerce

Les inondations à Nantes, la place du Commerce

Date du document : 02-1904

Moins d’une dizaine de repères des crues de 1872 et de 1910 sont encore visibles sur des bâtiments à Nantes, place du Commerce, quai de la Fosse, quai de la Maison Rouge, quartier des Olivettes.  Ils matérialisent le niveau et la date des plus hautes eaux atteintes lors des inondations et illustrent la permanence du risque à l’intention des populations.

Secteurs vulnérables

Il n’existe pas de carte de l’inondation de 1910 pour Nantes, mais celle de janvier 1843, réalisée par Coumes, montre une ville de Nantes coupée en deux avec ses îles submergées. En revanche, de nombreuses photographies prises en 1910 rendent compte des secteurs les plus vulnérables : place du Commerce, quai de la Fosse, quai Duguay-Trouin, quai de la Maison Rouge, quartier Kervégan, Île de Nantes, île Gloriette, boulevards de Doulon et de Sébastopol. La ligne de chemin de fer, la ligne 1 du tramway et les voies sur berge seraient aujourd’hui les premières affectées par une inondation.

Inondations, quai des Tanneurs

Inondations, quai des Tanneurs

Date du document : 01-1936

Si l’abaissement de la ligne d’eau de la Loire est réel, du fait de l’entretien permanent d’un chenal de navigation dans l’estuaire, la fin de l’extraction des granulats et surtout l’élévation du niveau de la mer envisagée pour la fin du 21e siècle n’écartent pas l’hypothèse d’une nouvelle inondation majeure à Nantes. Les débits de la crue de 1982 étaient supérieurs de 200 mètres cubes par seconde à ceux de 1910 même si la cote de l’inondation est restée inférieure de près de 2 mètres. Le scénario potentiellement le plus dommageable pour Nantes résulterait de l’association d’une crue majeure du fleuve, d’une tempête océanique générant une dépression barométrique et donc une dilatation du plan d’eau d’un centimètre pour chaque abaissement d’un hectopascal, de vents orientés au sud-ouest et d’une marée de fort coefficient empêchant l’évacuation des eaux fluviales.

Plaque témoin des inondations de décembre 1872

Plaque témoin des inondations de décembre 1872

Date du document : 2012

Mesures prévention

La prévision des inondations à Nantes est gérée par les services de l’État, le préfet pouvant prendre la décision d’évacuation à titre préventif. La prévention en matière de risque naturel reste fondamentale. Nantes possède depuis le 22 octobre 2007 un plan communal de sauvegarde (PCS) instauré par la loi du 13 août 2004 et un document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM) distribué à ses résidents au titre du droit de l’information de la population. Et le plan de prévention du risque inondation instauré par la loi Barnier du 2 février 1995 devrait être adopté à la fin de 2013 ou au début de 2014. Le PPRI pour Nantes est seulement prescrit depuis le 5 juillet 2007 sur la base de l’atlas des zones inondables. Ce document est pourtant essentiel pour définir les cartes d’aléas et envisager l’urbanisation en intégrant le risque d’inondation comme est venu le rappeler le projet de transfert de l’hôpital dans l’Île de Nantes sur une zone qui est inondable. 

L’histoire des inondations à Nantes et de la législation qui doit en tenir compte n’est donc pas achevée.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

« Les inondations de la Loire en 1910 : extraits du Phare de la Loire », 2 Degrés Ouest, n°66, novembre 1974, p. 18-27

Nantes au fil de l’eau du 18e siècle à nos jours, catalogue d'exposition, Musée du château des ducs de Bretagne, Nantes, 1982

Péron, André, Nantes et son fleuve, Ressac, Quimper, 1997

Webographie

Dossier sur le site des archives de Nantes

Plateforme nationale collaborative sur les repères de crue

PPRi Loire aval

PPRi Sèvre Nantaise

Atlas des zones inondables Loire aval

Atlas des zones inondables de la Vallée de l’Erdre

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Rédaction d'article :

Denis Mercier

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