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Chantier naval Raguenault et Chaptois


Des chantiers installés au début du 20e siècle sur l’Île de Versailles, il reste peu de traces ; on les suppose principalement dédiés aux canots. Raguenault et Chaptois ont aussi construit yachts, voiliers de course et bateaux de service.

Deux jeunes gens entreprenants

L’association des Nantais Auguste Raguenault et Francis Chaptois se formalise au printemps 1909 en vue de créer un chantier naval. Le premier a alors 28 ans, il est charpentier de marine ; il est possible qu’il soit déjà en possession d’un modeste chantier sur l’Île de Versailles. Le second, à 24 ans, revient de la région parisienne où il a été pendant trois ans dessinateur aux chantiers de Coninck de Maisons-Laffitte, à cette époque un pionnier de la plaisance et des canots de course à moteur.

Le temps de recruter les équipes, l’activité se développe surtout à partir de l’année suivante.

Petits bateaux

Pour un chantier artisanal, les petites unités sont faciles à envisager et c’est certainement à l’origine l’objectif d’Auguste Raguenault et Francis Chaptois : un plan de 1909 porte la mention : « construction de canots », tandis que ceux réalisés postérieurement ont un cachet indiquant « constructions navales ».

En 1910, ils livrent aux Chantiers de la Loire un canot de 8,53 mètres, une baleinière et un canot magasin de 8,23 mètres ainsi qu’une yole de 5,50 mètres et un youyou de 3,96 mètres, tous destinés à un vapeur de ravitaillement des phares de la Mer Rouge.

Pour des clients particuliers, Francis Chaptois dessine un canoë à clins, un canot à voile et divers chaloupes et sharpies de 4,50 à 6,50 mètres, qui sont réalisés au chantier. Des canots à moteur complètent l’offre pour les personnes plus fortunées.

Les plaisirs de la plaisance

Le début du siècle voit le développement du nautisme de plaisance, ardemment promu à Nantes par l’Hélice Club de l’Ouest. Cet engouement se traduit par des commandes de voiliers plus importants. Dès 1910, sort du chantier le « Sainte-Avoye », cruiser de 13 mètres, sur les plans de l’architecte naval Talma Bertrand, établi au Pellerin, près de Nantes.

Les années suivantes, Francis Chaptois dessine lui-même plusieurs cotres dont un 8,25 mètres, « Lucette », et des yachts auxiliaires parmi lesquels un 10 mètres, « Sultana ». Tous sont construits sur place.

Le chantier entre dans la course

Nos constructeurs abordent les voiliers de course de 8 ou 10 mètres JI (jauge internationale) grâce à leur collaboration occasionnelle avec Talma Bertrand. Celui-ci est alors très en vogue, depuis que son bateau « Ar-Men » a gagné la coupe de France en 1907. Selon les cas, le chantier se limite à la confection de la voilure ou se charge de la réalisation complète.

Il a ainsi le privilège de construire, en 1912, le tout premier bateau de Virginie Hériot, future grande dame du yachting. Nommé « Aile », c’est un 10 mètres JI qui en mesure en réalité 16, avec un lest en plomb de 6 600 kilogrammes et 180 mètres carrés de voilure.

N’oublions pas le service

Même s’il ne s’agit pas de la spécialité « maison », le chantier répond à quelques demandes de bateaux de service. Pour les Ponts et Chaussée de Nantes, il envisage une vedette de 9 mètres, qui reste à l’état de projet, puis en fabrique une version plus petite.

La principale commande vient des Messageries de l’Ouest pour une vedette à passagers destinée à assurer la liaison entre l’hôpital de Pen-Bron et Le Croisic. Munie d’un moteur Panhard et Levassor de 18 HP, elle est livrée à la fin de l’année 1912 et fonctionnera probablement au moins jusque dans les années 1940.

On en parle dans les journaux

Le chantier se développe en quelques années, ce qui lui vaut de temps en temps les honneurs de la presse spécialisée. Dès 1910, il participe au 9e concours du « Yacht » et remporte une mention honorable pour le « Gitana »,  voilier de 8,50 mètres, dessiné par Francis Chaptois.

1913 voit la même revue consacrer deux articles au chantier. En avril, il est question de son activité, qui gagne de plus en plus d’importance. En dehors de la construction, il est mentionné l’hivernage des bateaux et notamment celui du célèbre « Mac-Mich » de Talma Bertrand, vainqueur des Jeux Olympiques en Suède l’année précédente. Et en septembre, la revue publie une rare photo du chantier, sous le seul nom de Raguenault.

Fin de l’aventure

En effet, les deux associés se séparent en septembre 1912 : Francis Chaptois retourne en région parisienne et Auguste Raguenault poursuit de son côté, se cantonnant à la construction. Le chantier continue sur sa lancée : il livre notamment deux cruisers de 8 et 9,50 mètres sur les plans de Talma Bertrand, ainsi qu’un yacht automobile de 13 mètres et un yawl de croisière de 14 mètres, « Amparfal », auxquels « Le Yacht » consacre deux articles en 1914.

Avec la guerre, la vie du chantier s’arrête, et définitivement malheureusement : Auguste Raguenault, mobilisé, est tué au combat dès septembre 1914.

Il est étonnant de voir comment, en à peine six ans, ce chantier artisanal a finalement produit une bonne quarantaine de bateaux de toutes tailles.

Gérard Krebs
2022 (mis à jour en 2023)



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