Chapelle du Martray
Gilbert Declercq (Nantes, 1919 – Nantes, 2004)

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Infirmières des Batignolles pendant la Seconde Guerre mondiale


Véritable petite ville dans la ville, l'usine nantaise des Batignolles disposait également de son propre service de santé au sein duquel se sont illustrées trois infirmières : Madame Bricard, Madame Lecourt et Mademoiselle Le Brun.

En 1917, la Société de Construction des Batignolles, entreprise parisienne de travaux publics et de constructions métalliques créée par la famille Goüin, décide de délocaliser une partie de sa production à Nantes. C'est au sein du quartier Saint-Georges que la branche des constructions métalliques s'installe donc, accompagnée de ses cités ouvrières, de son école, de ses associations sportives... mais aussi de son service de santé dirigé par le docteur Ernest Guyon.

Photographie aérienne des Batignolles

Photographie aérienne des Batignolles

Date du document : années 1960

Des infirmières aux petits soins pour les ouvriers

Trois infirmières le secondent, principalement pour secourir les victimes d'accidents du travail. Elles se nomment Madame Bricard, Madame Lecourt et Mademoiselle Le Brun.

Ouvriers des Batignolles

Ouvriers des Batignolles

Date du document : années 1960

Madame Bricard est née Odette Jousset à Velluire, en Vendée, le 4 juillet 1917. Elle obtient un premier petit contrat à l’usine des Batignolles en 1936, à l’issue duquel elle est embauchée. Résidant avec ses parents avenue de la Moisdonnière, dans le quartier de Doulon, elle déménage à la Pilotière, juste à côté de son lieu de travail, après son mariage. Le 22 avril 1941, elle épouse André Bricard, un étudiant en pharmacie, originaire du Maine-et-Loire.

Odette Bricard et ses deux collègues se relaient en faisant les « trois 8 », afin que personne ne soit jamais laissé sans soins. Mais à partir de 1941, l'usine des Batignolles se voit contrainte de travailler pour l'occupant allemand et cela ne se fait pas sans tension : moqueries, contrôle fréquent des papiers du personnel de l'usine par les soldats de la Wehrmacht, obligation de faire subir des examens médicaux aux jeunes ouvriers choisis pour rejoindre le Service du Travail Obligatoire (STO) en Allemagne, ce qui révolte notamment le docteur Guyon, le tout sous les alertes avertissant régulièrement de potentiels bombardements.

Avis d'application du décret sur le service du travail obligatoire

Avis d'application du décret sur le service du travail obligatoire

Date du document : 02-1943

Soigner sous les bombes

Le 23 mars 1943, une sirène retentit justement alors que Madame Bricard terminait ses derniers soins et rangeait son matériel. Elle eut à peine le temps de plonger dans un fossé que des avions anglais pilonnèrent l'usine avec pas moins de trente bombes. Trente-trois personnes furent tuées et on dénombra des centaines de blessés. Les infirmières eurent un rôle majeur en leur portant secours très rapidement, mais la vue de ces corps humains déchiquetés les hantera toujours.

Bombardements des Batignolles

Bombardements des Batignolles

Date du document : 03-1943

Les dégâts matériels furent également importants, avec pas moins de sept ateliers rendus inopérants. La presse collaborationniste fit ses choux gras de ce bombardement, arguant que c'est la population et non l'usine fabriquant du matériel militaire qui était visée par les Alliés.

Après les bombardements, Odette Bricard quitte Nantes avec son mari pour s’installer dans le Maine-et-Loire, chez ses beaux-parents. Conscients du danger qu’ils encouraient, ils avaient déjà essayé de les faire venir avant, mais les jeunes époux avaient préféré rester à Nantes, où André poursuivait ses études pendant que le salaire d’infirmière d’Odette leur permettait de vivre tous les deux. Odette Bricard est décédée le 8 novembre 2016, à quelques mois de ses 100 ans.

Des héroïnes ordinaires restées dans l’oubli

En 1948, l'usine des Batignolles déménagera à Cholet, mais un monument, érigé près de l'ancienne infirmerie au sortir de la guerre, rappelle toujours le souvenir de ce douloureux événement et honore la mémoire de ceux qui sont décédés pendant la Seconde guerre mondiale après avoir travaillé aux Batignolles, qu'ils aient été victimes des bombardements, fusillés ou qu'ils soient morts en déportation.

Monument aux morts des Batignolles

Monument aux morts des Batignolles

Date du document : 14-12-2014

Bien qu'elles aient été un pilier important du fonctionnement des Batignolles, les trois infirmières sont, elles, encore trop souvent oubliées.  

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2021

En savoir plus

Bibliographie

Le Bail, Louis, « 1943 - Les infirmières des Batignolles et la guerre » dans  L'Hospitalier Nantais, Amicale des hospitaliers nantais, été 2018, p. 16 à 18

Le Bail, Louis, Saint-Jo et les Batignolles : histoires d’un quartier nantais, éd. Amicale laïque Porterie, Commune libre Saint-Joseph-de-Porterie, 2012

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Rédaction d'article :

Cécile Gommelet

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