Bandeau
Compagnie des Indes École vétérinaire

Cité de la Grande Noue


De 1969 à 1971, 586 logements sont édifiés au lieu-dit de la Grande Noue et au nord de la rue de la Bottière selon le procédé de préfabrication industrielle Coignet. Dessiné par Georges Evano et Jean-Luc Pellerin, cet ensemble s’inscrit dans le cadre du programme Grande Noue-Perray mené par l’Office Public d’HLM de Nantes.

Une tenue maraîchère à la Grande Noue

Un premier projet de logements sociaux émerge à la Grande Noue en janvier 1966 alors que l’Office Public d’HLM développe plusieurs programmes dans le secteur de la Bottière. L’Office s’est alors porté acquéreur d’une tenue maraîchère appartenant à la Fondation Orphelins Apprentis d’Auteuil totalisant plus de 44 000 mètres carrés, située au lieu-dit de la Grande Noue. Elle est séparée en deux par le domaine du château du Croissant qui appartient alors à Mme Hervoche, épouse du rugbyman et athlète de sauts nantais Charles Hervoche.

La première section de la propriété est constituée de deux logements, un bâtiment d’exploitation, un petit pré et un ancien jardin potager. Dans la seconde se trouvent une grande prairie ainsi qu’une parcelle de terre labourable. Depuis 1949, la tenue est louée par la Fondation au cultivateur-maraîcher Robert Nollevalle. Le bail de ce dernier arrivant à son terme en novembre 1966, l’Office saisit cette opportunité et propose à la Fondation de la racheter pour 1 600 000 francs en vue de la construction de logements ; la propriété présente l’avantage d’être située à proximité de la zone industrielle de Carquefou ainsi que d’être équipée en réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement. Construire sur ce secteur permettait à l’Office Public d’HLM de disposer de logements en attendant l’achèvement des ZUP Malakoff et Beaulieu.

En janvier 1967, l’acquisition par l’Office Public d’HLM de Nantes de la tenue maraîchère est déclarée d’utilité publique par le préfet de Loire-Atlantique, permettant ainsi la réalisation de la transaction.

Un premier programme mêlant HLM et ILM

Dans le cadre des opérations de construction menées par l’Office Public d’HLM à la Bottière, les architectes Yves Liberge, Jean Vercelletto, Philippe Joëssel et Christian Quilici imaginent en avril 1967 un ensemble sur les terrains de la Grande Noue récemment acquis : 268 logements HLM dispersés dans 8 immeubles à construire sur l’ancienne propriété de la Fondation.

Le nombre de logements est par la suite porté à 278. Sur proposition du ministère de l’Équipement, l’Office Public d’HLM de Nantes accepte de financer 93 d’entre eux au titre d’un programme ILM (immeubles à loyer moyen).

De nouvelles pistes de financement : le programme à loyer réduit

L’adjudication s’étant révélée infructueuse, l’Office Public d’HLM de Nantes modifie son programme de la Grande Noue. Incité par le ministère de l’Équipement, il profite d’un nouveau programme de financement de l’État visant à favoriser la construction de logements sociaux : les programmes à loyer réduit (PLR). Ainsi, l’Office conçoit un nouvel ensemble mêlant trois types de logements différents : 93 logements ILM, 554 logements PLR et 96 logements HLM. Ils sont à construire sur les terrains de la Grande Noue et de nouvelles parcelles acquises par l’Office au Perray et le long du chemin de la Bottière. Bien que les plans de cette nouvelle opération soient dessinés par les architectes Georges Evano – à qui l’on doit le Palais des Sports de Beaulieu ou encore la réhabilitation de la Manufacture des tabacs – et Jean-Luc Pellerin, les architectes d’opération désignés par l’Office restent Yves Liberge, Jean Vercelletto, Philippe Joëssel et Christian Quilici.

Le projet de la Grande Noue tel qu’imaginé par Evano et Pellerin est bien plus ambitieux que les projections de 1967. Il est composé de deux ensembles séparés par le chemin de la Bottière :
• La Grande Noue Nord : 96 logements HLM répartis en 4 plots à construire sur un terrain acheté au maraîcher Auguste Vilain,
• La Grande Noue Sud : 370 PLR logements répartis en 13 immeubles à construire sur le terrain acheté à la Fondation Orphelins Apprentis d’Auteuil. Les 93 logements ILM sont également envisagés dans ce secteur.

Ces ensembles sont complétés par un troisième groupe rassemblant 184 logements au Perray.

À la Grande Noue Sud, les architectes consacrent 397 mètres carrés de bâti au locaux sociaux résidentiels (LSR), des espaces d’animation et de rencontre laissés à la disposition des locataires. Ce choix intervient alors que le ministère de l’Équipement vient de supprimer l’obligation pour les organismes HLM de réserver un certain nombre de mètres carrés par programme HLM aux LSR (circulaire du 22 avril 1969). Il est alors seulement recommandé de réserver au moins 0,50 mètres carrés de LSR par logement construit dans un même ensemble. Contrairement aux LSR des autres ensembles de la Bottière, celui de la Grande Noue n’est pas aménagé au rez-de-chaussée ou dans le sous-sol d’un immeuble. Il fait l’objet d’un bâtiment indépendant des habitations dont la distribution interne n’est pas contrainte par la présence de poteaux, murs porteurs ou canalisations. L’Office Public d’HLM privilégie cette solution dans ses futurs projets immobiliers.

La construction de l’opération « Grande Noue-Perray » est lancée en septembre 1969.

L’abandon du programme ILM

Ne parvenant pas à obtenir des financements de l’État pour les 93 ILM restants, l’Office Public d’HLM de Nantes est contraint une nouvelle fois de revoir son programme. Pour lui, l’enjeu est de taille : « Il fallait terminer ce groupe d’habitation de la Grande Noue car 3 des 5 immeubles plots étant imbriqués dans les immeubles en construction, il n’était plus possible de différer plus longuement leur réalisation. En effet, aussi bien pour la chaufferie qui leur est commune que pour la voirie et les réseaux divers qui les desservent différemment, ces deux opérations de la Grande Noue doivent être conduites parallèlement […]. » Au bout du compte, l’Office parvient à obtenir un financement complémentaire pour 120 logements PLR en remplacement des 93 ILM. Ils sont rassemblés en cinq plots disposés à la Grande Noue Sud et au Croissant.

Le recours au procédé Coignet

En parallèle de l’opération menée au Perray, ce sont au total 96 logements à la Grande Noue Nord et 490 logements à la Grande Noue Sud et au Croissant qui doivent être édifiés. La construction de ces ensembles est réalisée par Edmond Coignet. Dès le 19e siècle, cette entreprise française se spécialise dans la préfabrication en usine de blocs servant à la construction de divers ouvrages. Après la Seconde Guerre mondiale, le procédé Coignet ainsi que d’autres méthodes de construction similaires rencontrent un grand succès auprès des offices publics chargés de la construction de logements sociaux. Ils sont privilégiés par l’État pour ses chantiers à une époque où la France a pris du retard en matière de construction de logements par rapport à ses voisins européens, et ce malgré des besoins considérables. Ainsi, la standardisation des modèles d’immeubles et le recours à une main d’œuvre peu nombreuse et peu qualifiée génèrent d’importantes économies financières. Cette industrialisation de la construction permet également de raccourcir significativement la durée des chantiers.

En collaboration avec Georges Evano et Jean-Luc Pellerin, la société Edmond Coignet conçoit de nouveaux modèles-témoins agréés en mai 1969 par le ministère de l’Équipement et du Logement. À partir du rez-de-chaussée, il est prévu que les structures porteuses, façades, murs et planchers consistent en des panneaux préfabriqués en béton armé et de grandes dimensions. La couverture et les escaliers doivent également être préfabriqués en usine. Selon l’entreprise, ce processus industrialisé de construction garantit le confort des locataires ainsi que des coûts d’entretien minimisés pour les organismes d’HLM. Les chambres « sont très confortables, tant par leur surface que par leur largeur », et les salles de bains sont « vastes ». Les coins jour et nuit sont strictement séparés, avec d’un côté la cuisine et le séjour, et de l’autre la salle de bains et les chambres. L’aménagement d’un cellier par appartement rend caduque la création d’un sous-sol doté de caves, ce qui libère le bailleur de certains problèmes de gestion.

En 1971 sont aménagés les espaces verts du programme à la Grande Noue et au Perray. Le marché prévoit notamment la plantation d’arbres et d’arbustes et la construction de bacs à sable. Des terrains de hand-ball et de volley-ball sont également envisagés à la Grande Noue Sud, à l’emplacement de l’actuellement maison de quartier de la Bottière et du Pavillon. Un bassin d’eau pour enfants est également installé.

Un ensemble inscrit dans un projet de renouvellement urbain

Dans les années 1980, la Grande Noue fait l’objet de travaux d’étanchéité et de maintenance des bâtiments. En 1995, des études sont lancées pour réhabiliter 442 logements ainsi que les espaces verts. Architectes, paysagistes et sociologues s’entretiennent avec les habitants pour recueillir leurs propositions d’aménagement. Le programme prévoit un montant de 70 000 francs par logement, financé par une augmentation des loyers. Si cette réhabilitation demandée depuis de longues années par les habitants est jugée indispensable, les représentants des locataires signalent « que les habitants ne devraient pas supporter en totalité la charge des travaux résultant de la mauvaise qualité des bâtiments ». Les travaux démarrent au début de l’année 1998.

En 2010, le centre socio-culturel de la Grande Noue, installé dans le local social résidentiel (LSR), est détruit pour être replacé par la nouvelle Maison de Quartier ouverte à proximité la même année route de Sainte-Luce.

En 2014, la Ville de Nantes lance un projet de transformation urbaine pour la Bottière et le Pin Sec. Un plan-guide est établi par l’équipe Jacqueline Osty paysagiste et Claire Schorter architecte-urbaniste pour les dix prochaines années. Il est le fruit d’un avis citoyen proposé puis validé par la Ville de Nantes en 2017.

En 2018, le projet est repris par Nantes Métropole, il devient un projet global – humain et urbain. Une Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) est créée et une partie des aménagements est confiée à la société publique locale Nantes Métropole Aménagement.

En 2019, dans le cadre du Nouveau Programme de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), le quartier est retenu d’intérêt national au regard des nombreuses difficultés rencontrées par les habitants (pauvreté, chômage, santé, insécurité, logements et espaces verts dégradés). La convention signée entre tous les partenaires, bailleurs sociaux, collectivités et État, permet un investissement de plus de 100 millions d’euros.

Certaines des actions menées dans le cadre du projet concernent plus spécifiquement la Grande Noue. Ainsi, la pataugeoire de la Grande Noue, tout comme celle de la Grande Garenne, doit être reconstruite pour la rendre plus agréable et plus économe en eau. La Grande Noue Sud est également concerné par l’aménagement d’un « cordon boisé » de plus de 2 kilomètres qui relie le parc du Croissant au parc de la Bottière-Chénaie avec des espaces multi sport.

Noémie Boulay
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2024



Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.

En savoir plus

Bibliographie

Lycée professionnel Léonard de Vinci, La Bottière, histoire d’un quartier, 1995, à consulter en cliquant ici

Webographie

Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique

242 W 15
1012 W 25
1012 W 164
1250 W 365
1250 W 453
1250 W 454
1250 W 455
1250 W 456

Pages liées

Dossier : Bottière et Pin-Sec

Cités HLM de la Bottière

Tags

Extension et limite urbaine Immeuble Logement social et grand ensemble

Contributeurs

Rédaction d'article :

Noémie Boulay

Vous aimerez aussi

L'extension naturelle du port de Nantes se faisant vers l'estuaire, des quais sont aménagés en prolongement des quais de la Fosse au 18e siècle. Sur le quai Saint-Louis, construit dans...

Contributeur(s) :Hélène Charron

Date de publication : 14/04/2021

1562

Fortunat, évêque de Poitiers, attribue à son contemporain saint Félix, évêque de Nantes de 548 à 582, les premiers travaux du fleuve : "[...] par une digue judicieusement placée, vous...

Contributeur(s) :Julie Aycard , Julien Huon

Date de publication : 15/02/2021

1567

Usine Valspar

Architecture et urbanisme

Les origines de l’usine de fabrication d’encre et de vernis Valspar remontent à 1842. Son fondateur, Jean-Baptiste Georget, a mis au point un vernis révolutionnaire permettant d’illustrer...

Contributeur(s) :Hélène Charron

Date de publication : 07/03/2022

1879