Salle Vasse
Cryptes de la cathédrale

La rue de Gigant longe l’extrémité nord du quartier du même nom. Un quartier très hétérogène parce que façonné à la fois à partir de la rue, longtemps entrée de ville à l’ouest, de la vallée marécageuse de la Chézine et du plateau proche du centre-ville.

Eau forte <i>La colline de Gigant</i>

Eau forte La colline de Gigant

Date du document : vers 1830

Jusqu’au 19e siècle, après le pont de Gigant franchissant la Chézine, le chemin de Couëron se divise en deux : le chemin des Moulins (actuelle rue Du Boccage) conduit aux marchés de la place Viarme ; la rue de Gigant, partie de l’ancienne rue Bignon-Lestard, se dirige vers le centre-ville. Située entre ces deux rues, une tenue du château Gaillard est alors la propriété de François Mellinet qui y aménage un « jardin chinois », premier jardin paysager de Nantes, où est reçu avec faste le peintre David en 1790. Devenue propriété de l’évêché, elle accueille jusqu’en 1910 l’Externat des enfants nantais puis, en 1912 le nouveau lycée de jeunes filles qui ouvre en 1928 et prend en 1932 le nom de Guist’hau.

Vers le milieu de la rue de Gigant s’installent face à face deux établissements religieux : celui des Dames blanches, en 1823, transformé aujourd’hui en logements dont une maison de retraite ; celui des Dames noires, en 1826, occupé depuis 1977 par l’Externat des enfants nantais.
 
Sur le coteau voient le jour des institutions à vocation sociale : le Sanitat de 1572 à 1834, qui accueille, selon les moments, pestiférés, pauvres, « filles débauchées », aliénés, voire prisonniers mais propose aussi un apprentissage aux jeunes ; l’école primaire supérieure de 1841 à 1882, fondée par Arsène Leloup, rue du Bois des Coulées et, dans la même rue, un établissement d’enseignement technique créé par Eugène Livet en 1862 qui héberge ensuite, de 1920 à 2000, la Bourse du travail.

Inspirés par l’exemple de Graslin, à la fois spéculateur et bâtisseur, Duparc et François Mellinet forment une société afin de construire un nouveau quartier dans la basse vallée de la Chézine. Crucy en élabore le plan en 1786. Un entrepôt des cafés est construit deux ans plus tard : il sert de prison à des milliers de «Vendéens » lors de l’hiver 1793-1794. Sur le porche préservé de ce bâtiment, une plaque est posée en 1994 pour commémorer ces tragiques événements.

À l’est, le coteau du val de Chézine s’urbanise sans solution de continuité avec la ville, tandis que le fond de vallée inondable reste longtemps couvert de prairies et de marécages : la Chézine n’est recouverte qu’entre 1887 et 1892. À partir du milieu du 19e siècle, l’industrie s’y installe peu à peu. En 1902, la Compagnie générale d’électricité déplace sa centrale électrique de la rue Sully à la rue Lamoricière.

Ce fond de vallée couvert d’usines se présente donc comme une cassure dans la ville des beaux quartiers, du 18e siècle à l’est et du 19e à l’ouest. Ce n’est que depuis deux décennies qu’ils s’agrègent, la Zac (1994-2007) ayant œuvré dans ce sens. Deux symboles illustrent le passage du refus de ce passé à son acceptation : en 1987, la démolition controversée d’un garage Citroën emblématique des années 1925 et, en 2001, la reconversion de l’usine électrique en centre commercial et salle de sport.


Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Archives de Nantes , Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, Ville de Nantes, Nantes, 2016 (coll. Quartiers à vos mémoires)

Caraës, Jean-François, « Le jardin chinois de François Mellinet, parc d'agrément et urbanisation du quartier de Gigant à Nantes aux 18e et 19e siècles », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°146, 2011, p. 245-279

« De la Fosse à Guist'hau : le quartier de Gigant », Les annales de Nantes et du pays nantais, n°242, 4e trimestre 1991 (1e partie),  n°244, 2e trimestre 1992 (2e partie)

Pages liées

Place Canclaux

Guist'hau

Rue Lamoricière

Ancienne centrale électrique Sully

Garage Citroën

Entrepôt des cafés

Contributeurs

Rédaction d'article :

Georges Gayrard

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