Andrée Deflassieux-Fitremann (Nantes, 1889 – Langrune-sur-Mer, 1967)
Mélanie Waldor (Nantes, 1796 – Paris, 1871)

Marie-Caroline, duchesse de Berry (Naples 1798 - Brunnsee [Autriche] 1870)

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Nantes et Marie-Caroline entretiennent un rapport particulier. C’est dans l’hôtel de Guiny, face au Château des ducs de Bretagne, que la duchesse, héroïne du dernier soulèvement royaliste que la France ait connu, est arrêtée le 6 novembre 1832, alors que, cachée avec quelques-uns de ses partisans derrière une plaque de cheminée, elle tente d’éteindre le feu qui enflamme sa robe. 

Marie-Caroline de Bourbon des Deux-Siciles est née à Naples, en 1798, petite-fille de la sœur de Marie- Antoinette, reine de France. Sa grand-mère était à la fois ardente contre-révolutionnaire, souveraine absolutiste et dégagée de toutes les conventions sociales, ne cachant pas ses amours, masculines et féminines. Mariée très jeune au second fils du roi Charles X, son cousin, Marie-Caroline conquiert l’opinion en rajeunissant l’image de la monarchie.

Berry est assassiné en février 1820 alors que Marie-Caroline est enceinte. Elle accouche en septembre d’un garçon qui devient alors l’espoir des royalistes, car le premier fils de Charles X n’a pas de descendant. Avec un sang-froid inouï, la jeune veuve fait venir autour de son lit d’accouchée de simples gardes nationaux, pour certifier la naissance de « l’enfant du miracle », duc de Bordeaux. Avec le même sens politique, elle fait un grand voyage dans l’Ouest en 1828 pour maintenir le lien entre la royauté et ses défenseurs traditionnels. De passage à Nantes, elle pose la première pierre de l’écluse de l’Erdre le 29 juin et se rend par bateau le 30 juin à la Desnerie et à la Trémissinière.

En 1832, après la révolution de Juillet qui a détrôné Charles X et son fils et qui a chassé la famille royale hors de France, elle décide de s’appuyer sur les provinces fidèles pour reconquérir le trône au profit de son fils. 

Contre les avis des royalistes de l’intérieur, elle débarque en France et réussit à atteindre la Vendée après avoir échoué à soulever le Midi. Déguisée en homme, entourée d’une petite cour de gentilshommes dévoués et de jeunes légitimistes ardents, elle déclenche une insurrection qui tourne court rapidement. Les paysans ne se mobilisent guère, le clergé ne suit pas, les légitimistes parisiens expriment leurs réticences. Le gouvernement de Louis-Philippe a cassé l’insurrection avant que le ministre de l’Intérieur, Adolphe Thiers, organise la traque. Après son arrestation à Nantes, l’épopée romanesque de Marie-Caroline s’achève dans la forteresse de Blaye, dans l’embouchure de la Gironde, où la duchesse accouche d’un enfant conçu pendant son séjour vendéen ! Une fois libérée, elle continue à soutenir les Vendéens légitimistes dans toute l’Europe mais son rôle politique est fini. 

Restent les souvenirs, objets, vêtements, papiers que les familles légitimistes de l’Ouest et de Nantes sont nombreuses à posséder et dont une partie se trouve dans les collections du Musée Dobrée au début du 20e siècle.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Martin, Jean-Clément,
« La duchesse de Berry et le légitimisme », dans Croix, Alain (dir.), Nantes dans l'histoire de la France, Nantes, 1991

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Rédaction d'article :

Jean-Clément Martin

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