Rue de la Convention
Le dessous des sols : Porte Saint-Pierre

Le dessous des sols : 98-101 rue Gambetta

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Le diagnostic archéologique réalisé par la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie (DPARC) au 98-101 rue Gambetta au mois de septembre 2012, a été entrepris suite au développement d’un projet de construction de logements dans un secteur relativement méconnu archéologiquement parlant, étant éloigné de quelques centaines de mètres du cœur historique de la ville.

Commentaire historique


    Si les observations archéologiques sont peu nombreuses aux abords de la parcelle diagnostiquée, les sources historiques, plus fournies, permettent toutefois de brosser un rapide portrait de l’évolution du quartier à travers les siècles.
Pour les périodes anciennes, seuls trois dépôts d’objets métalliques de l’Âge du Bronze sont à signaler pour l’ensemble de la ville de Nantes, dont un mis au jour au jardin des Plantes en 1868. Concernant l’Âge du Fer, aucune découverte ne vient, pour l’heure, attester l’occupation du centre urbain durant cette période.
Ainsi, Nantes, chef-lieu de cité des Namnètes, peut a priori être considéré comme une fondation gallo-romaine. C’est donc à partir de ce moment que la zone d’intervention doit prendre la forme d’un faubourg, situé entre deux voies importantes sortant de la ville en direction de l’Est. L’actuelle rue Maréchal-Joffre reprendrait le tracé de la voie reliant Nantes à Angers ou Tours et desservirait également une probable villa située aux environs de l’église Saint-Donatien-et-Saint-Rogatien. L’autre voie, aujourd’hui matérialisée par la rue de Richebourg, est uniquement supposée à partir de la lecture des cartes anciennes et de certaines mentions textuelles. Aucun élément, à l’exception d’une fosse antique découverte à proximité de la rue Gambetta, ne nous renseigne sur le type d’occupation de cette partie de la ville.
    La période médiévale paraît mieux documentée, puisque deux édifices religieux sont signalés dans le secteur, le monastère Saint-Clément et la chapelle Notre-Dame-hors-les-murs, dont les emplacements précis restent encore sujet à caution. Ces deux édifices, pour lesquels une datation mérovingienne est envisageable, pourraient expliquer la découverte ancienne de sarcophages en pierre rue Labouchère. On notera par ailleurs, à proximité du diagnostic, la présence des mottes Saint-André et Saint-Pierre, vastes étendues de terre provenant, au moins en partie, du creusement des douves accompagnant l’enceinte de ville construite à partir du début du 13e siècle par Pierre de Dreux. Toutes deux seront arasées au 18e siècle, lors de la création des cours de promenade du même nom.
    La période moderne marque la densification de ce faubourg, où deux types principaux d’occupation font leur apparition. Les fondations religieuses, d’une part, viennent s’installer en nombre dans ce quartier qui dispose encore de terrains libres suffisamment vastes pour les accueillir, contrairement au centre historique saturé. Citons ainsi la chapelle Saint-Antoine de Padoue, qui deviendra par la suite la chapelle des Minimes, la chapelle de l’Oratoire, ou encore  le couvent de la Visitation. Les installations artisanales, d’autre part, sont principalement marquées par l’activité de raffinage du sucre qui s’y déroule à partir de la fin du 17e siècle, à laquelle vient s’ajouter au siècle suivant l’indiennage. Le démantèlement des édifices religieux pendant la Révolution aboutira d’ailleurs parfois à leur reconversion en bâtiments artisanaux. Ainsi, la chapelle des Minimes est transformée successivement en moulin à tan, en atelier de serrurerie, puis en lieu de stockage de paille, alors que les bâtiments conventuels sont reconvertis en raffinerie de sucre. La seule information concernant la nature de l’occupation de notre parcelle à cette époque nous est donnée par le plan Cacault de 1756, où sont figurés des jardins ; la situation reste inchangée jusqu’en 1835.

98-101, rue Gambetta

98-101, rue Gambetta

Date du document : 09-2012

La fin du 19e siècle marque une nouvelle étape dans le développement du secteur, qui voit l’apparition du chemin de fer et la reconfiguration du quartier de la gare. De même, Nantes, bientôt devenue ville de garnison, siège du 11e corps d’armée, accueille cinq casernes à l’est de la ville, parmi lesquelles la caserne Bedeau, qui occupe la parcelle concernée par cette opération.

Commentaire archéologique

    Au cours de ce diagnostic, neuf sondages ont été réalisés mécaniquement, répartis sur les deux tiers orientaux de la parcelle. Un certain nombre de vestiges ont ainsi été découverts, d’époques moderne et contemporaine pour la plupart. Toutefois, la présence de quelques éléments plus anciens permet de s’interroger sur l’occupation de ce quartier périphérique de Nantes aux périodes antérieures.
    Les premiers témoins d’aménagements anthropiques sont trois fossés d’orientations diverses, de même profondeur mais disposant d’une largeur à l’ouverture variable, l’un en particulier étant de taille plus importante que les deux autres.

98-101, rue Gambetta

98-101, rue Gambetta

Date du document : 20-09-2012

Compte-tenu de leur forme, il est probable qu’il s’agisse de fossés parcellaires, destinés à subdiviser l’espace par le biais de limites nettes. Néanmoins, trois fossés ne peuvent suffire à définir une trame précise et l’on ne peut que supposer que le fossé le plus large constitue le marqueur principal, sur lequel viendraient se raccorder les deux autres, secondaires car de taille plus restreinte.

La découverte dans leur comblement de fragments de céramiques, de faune et de tuiles, dans des quantités toutefois très limitées, suggère la présence d’un ou plusieurs habitats proches, au même titre que la fosse isolée découverte près de la rue Gambetta et mentionnée précédemment. A ce jour, aucune occupation de cette nature n’a cependant été mise en évidence dans le secteur, ce qui peut s’expliquer par deux phénomènes distincts. D’une part, ces éventuels habitats, sans doute rares et dispersés puisqu’implantés en périphérie du chef-lieu de cité, n’ont pas fait l’objet de recherches archéologiques suffisantes pour être identifiés. D’autre part, les remaniements successifs des terrains, notamment au cours du 17e siècle lors de la réorganisation du quartier et de la création de vastes établissements religieux, ont complètement détruit les constructions antérieures, ne laissant subsister que quelques structures excavées isolées. Cette seconde explication a d’ailleurs été confirmée par l’opération qui nous occupe, le terrain affichant tous les signes d’un décaissement général à la période moderne.

Également découvertes lors de ce diagnostic, deux puissantes fondations de murs en dalles de schiste, perpendiculaires l’une à l’autre, dessinent l’angle d’un bâtiment maçonné.

98-101, rue Gambetta

98-101, rue Gambetta

Date du document : 20-09-2012

Le plan d’ensemble de l’édifice est toutefois trop lacunaire pour être restitué, ayant été en grande partie détruit par la construction de la caserne Bedeau au 19e siècle. De même, sa datation est relativement incertaine, puisqu’elle ne repose que sur quelques fragments céramiques du 17e siècle découverts sur son niveau d’arase. Précisons cependant qu’un puits circulaire d’1 mètre de diamètre, prolongé au sud par un diverticule linéaire, a été découvert à proximité, lors de la destruction de la caserne. L’ensemble étant réalisé avec les mêmes matériaux que le bâtiment, les deux éléments pourraient avoir fonctionné de concert.

98-101, rue Gambetta

98-101, rue Gambetta

Date du document : 20-09-2012

Aucune source iconographique ou textuelle ne nous renseigne sur la nature de cet édifice, mais la qualité de ses fondations plaide en faveur d’un monument important (résidentiel, artisanal, religieux ?). Néanmoins, la lecture du plan Cacault montre que son orientation générale semble cohérente avec l’aile nord du couvent de la Visitation, fondé en 1631. On peut alors envisager un bâtiment construit en même temps que le couvent, ou bien l’installation de ce dernier dans des bâtiments préexistants dont une partie, notamment le bâtiment qui nous intéresse ici, aurait ensuite été détruit pour laisser place à un jardin.
    Par la suite, aucune construction n’est à signaler entre le milieu du 18e siècle et la construction de la caserne Bedeau en 1844, dont certains éléments ont pu être observés au cours du diagnostic (fosses, fossés, canalisations, tranchées de maçonneries récupérées).

 

Direction du Patrimoine et de l'Archéologique, Ville de Nantes / Nantes métropole

2018

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Rédaction d'article :

Christian Le Boulaire

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