Par la qualité de leur engagement dans la vie intellectuelle et artistique, les différents membres de la famille Schwob jouent, collectivement et individuellement, un rôle de premier plan à Nantes pendant la Troisième République.

George Schwob, le fondateur

Après avoir été le condisciple de Flaubert à Rouen, avoir fréquenté les milieux républicains et littéraires à Paris (il est l’ami de Théophile Gautier et en 1849 écrit avec Jules Verne un vaudeville intitulé Abd’allah) et à Tours, et participé à l’aventure du percement du canal de Suez, George Schwob (1822-1892) achète Le Phare de la Loire à Évariste et Victor Mangin en 1876. Poursuivant le combat de ses prédécesseurs pour « la liberté d’écrire » et « la défense des opinions républicaines », alliant militantisme, esprit de famille et esprit d’entreprise, il en fait un grand journal « quotidien, politique et commercial », l’un des principaux organes de presse français. Plusieurs suppléments voient le jour, Le Petit Phare (1879), Le Gars breton (1890). Grâce au rachat de l’imprimerie du Commerce, il maîtrise toute la chaîne de fabrication tout en diversifiant son activité.

 

Maurice Schwob, le journaliste patriote

Son fils aîné Maurice (1859-1928) lui succède et dirige le journal jusqu’à sa mort. En 1901 il transfère les locaux de la rue Scribe dans l’immeuble de la place du Commerce, à l’emplacement de l’actuel cinéma Gaumont. D’un point de vue éditorial, il doit tout d’abord faire face aux cas de conscience de l’affaire Dreyfus : Le Phare ne se positionne que très progressivement en faveur de Dreyfus. Polytechnicien, il promeut la science et l’industrie : à partir de 1883, il tient une rubrique quotidienne intitulée « Revue scientifique » ; il milite pour le canal de la Martinière et la Loire navigable, espérant rendre sa prospérité au port de Nantes. Sensible à la question sociale et ouvrière, il défend le syndicalisme tout en s’opposant au collectivisme et au socialisme étatique. Ardent patriote, il exhorte ses concitoyens à se mobiliser contre l’Allemagne dans ses articles et deux ouvrages : Le Danger allemand (1896) et La Guerre commerciale. Avant la bataille (1904). Ses articles publiés de 1914 à 1918 seront réunis en huit volumes (quelque 5 000 pages) sous le titre Pendant la bataille.

 

Marcel Schwob, l'avant-garde littéraire

Précocement doué, son jeune frère Marcel (1867-1905) fait ses débuts littéraires au Phare de la Loire, où il signe des milliers d’articles. À Paris il parfait sa formation auprès de son oncle maternel Léon Cahun, conservateur de la Bibliothèque Mazarine, écrivain et lui-même collaborateur du Phare. S’il n’obtient pas les succès universitaires escomptés, il fait une brillante carrière de journaliste dans la presse parisienne, où l’a introduit le Nantais Fernand Xau. Érudit et linguiste, il devient l’une des figures majeures de l’avant-garde littéraire : auteur de Cœur double (1891), Le Roi au masque d’or (1892), Mimes (1893), Le Livre de Monelle (1894), La Croisade des enfants et Vies imaginaires (1896), talentueux traducteur de Daniel Defoe (Moll Flanders, 1895) et de Shakespeare (Hamlet, 1900), l’un des meilleurs théoriciens de la littérature à son époque, promoteur de l’œuvre de Stevenson, Jarry et Valéry.

Malgré tout son talent, son amour pour l’actrice Marguerite Moreno et le soutien indéfectible de sa famille, un sourd désespoir et la maladie l’emportent prématurément. Son œuvre influencera de nombreux auteurs au 20e siècle, dont André Breton et les surréalistes.

 

Lucy Schwob, l'intellectuelle révolutionnaire

Lucy Schwob (1894-1954), fille de Maurice, connue sous son pseudonyme de Claude Cahun, est elle aussi une intellectuelle engagée. Aux côtés de sa compagne, la Nantaise Suzanne Malherbe, alias Marcel Moore, elle affirme ses choix féministes et homosexuels, s’engage dans le mouvement surréaliste et à l’AAER (Association des artistes et écrivains révolutionnaires), mène des actions de résistance contre l’occupant nazi à Jersey entre 1940 et 1944. Elle est l’auteur de deux ouvrages principaux, Vues et visions (1919) et Aveux non avenus (1930), et d’une œuvre photographique majeure qui se distingue par la qualité de ses autoportraits, portraits masqués et photomontages.


Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

« Autour de Marcel Schwob : les "croisades" d'une famille républicaine à travers 50 ans de presse nantaise », Nouvelle revue nantaise, n°3, 1998

Cozic, Jean-Charles, Garnier, Daniel, La presse à Nantes de 1757 à nos jours. Tome 2, Les années Schwob (1876-1928), L'Atalante, Nantes, 2008

Goudemare, Sylvain, Marcel Schwob ou les vies imaginaires : biographie, Cherche-Midi, Paris, 2000

Leperlier, François, Claude Cahun, l’exotisme intérieur, Fayard, Paris, 2006

Marcel Schwob, l’homme au masque d’or, catalogue d'exposition, Nantes, Bibliothèque municipale,  Le Promeneur, Paris, 2006

Webographie

Site de la société Marcel Schwob

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Rédaction d'article :

Agnès Marcetteau-Paul