Paroisse puis commune indépendante jusqu’à son annexion par Nantes en 1908, Doulon a connu dans son histoire deux bouleversements spectaculaires qui témoignent remarquablement de l’extension de la ville de Nantes depuis deux siècles.

Course cycliste organisée par le comité des fêtes du Vieux Doulon

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Les apparences d'une commune rurale

Comme toute autre campagne, Doulon vit jusqu’à la Révolution un régime seigneurial qu’illustre le cas de Gabriel Michel, « seigneur de Doulon » après son achat du Grand Blottereau en 1742 mais aussi et surtout directeur de la Compagnie des Indes. Ce poids de notables nantais peut cependant sembler discret : Doulon se comporte comme la plupart des communes de l’Ouest dès le début de la Révolution, allant même jusqu’à faire de son recteur Jean-Baptiste Lainé le premier maire. Les habitants pétitionnent massivement pour le maintien des prêtres réfractaires, qu’ils cachent tout au long de la Révolution, les jeunes gens refusent massivement la conscription le 10 mars 1793 au son du tocsin, et la vie reprend en apparence son cours paisible à partir de 1802, même si le culte avait été rétabli dès 1795.

Apparences d’une campagne ordinaire encore : la population reste stable jusqu’au milieu du 19e siècle, autour de 1 500 habitants, et le cadastre de 1835 montre la domination des labours et des prés, qui occupent près des deux tiers d’un territoire qui s’étend de la Loire, avec la prairie de Mauves, jusqu’à la route de Paris.

En réalité, la ville a déjà pris le contrôle de la commune. Ses notables sont bien là, qui possèdent dès 1835 75% des terres quand les Doulonnais n’en maîtrisent que 20%. Les châteaux sont également nantais : le Grand Blottereau mais aussi la Colinière, domaine d’une branche de la famille Charette sous l’Ancien Régime, devenu en 1824 la propriété du lycée de Nantes. L’économie aussi : les « jardiniers », ancêtres des maraîchers, l’emportent dans l’agriculture vers 1840 et exercent presque seuls vingt ans plus tard, à l’usage du marché nantais. Et la misère nantaise elle-même fait vivre Doulon, qui accueille par centaines les nourrissons de Nantes, souvent venus de l’hospice.

La grande mutation des années 1860-1880

En quinze ans, à partir de 1861, la population doulonnaise double : elle triple, même, en un quart de siècle. L’explication tient dans l’installation d’un monde ouvrier qui travaille notamment dans les chemins de fer – les premiers cheminots sont là en 1851 –, et à la Manufacture nantaise des tabacs à partir de 1862 : les ouvriers deviennent majoritaires dans la population vers 1870.

Ce bouleversement, particulièrement spectaculaire, entraîne sa part de scories, ainsi quand les dragons de la garnison de Nantes prennent l’habitude d’amener des prostituées, mais il transforme surtout profondément la vie quotidienne. Le tramway a pour terminus Toutes-Aides en 1879, et son dépôt à Doulon, le premier maire républicain est élu en 1880 et, plus prosaïquement, une Fanfare des enfants du boulevard est créée en 1883. Les institutions suivent : dès 1861, les frères de Ploërmel transfèrent leur pensionnat du château de la Papotière, dans le Doulon resté rural, au lieu des Portes, et y édifient des bâtiments qui deviendront en 1910 l’hôpital Broussais. La paroisse de Doulon est scindée en 1873, distinguant le quartier de Toutes-Aides, largement urbanisé, du « Vieux Doulon » rural qui reste paroisse Saint-Médard. L’annexion à Nantes, en 1908, reconnaît simplement l’évidence de l’urbanisation, aux dépens il est vrai du Vieux Doulon.

La peau de chagrin

Les caractéristiques du Doulon « historique » se concentrent en un demi-siècle dans le seul Vieux Doulon. Le quartier de Toutes-Aides, en effet – parfois désigné comme « Doulon » – devient un quartier de Nantes. La partie nord de l’ancien territoire communal cesse d’être perçue comme doulonnaise quand s’y installent, en 1960-1962 puis entre 1968 et 1971, près de deux mille logements désormais connus comme le Pin Sec et la Bottière. L’aménagement de la Zac de la Haluchère-Perray puis du quartier de la Bottière-Chénaie parachève le détachement.

Même au Vieux Doulon, l’évolution est sensible, un temps masquée par l’influence de la paroisse et de son association sportive de la Saint-Médard. En partie en raison de la présence du dépôt du Blottereau, les cheminots s’installent dans une cité puis, en 1960-1961, dans les grands immeubles édifiés sur la place du « village ». Une « zone industrielle » créée en 1960 diversifie le monde du travail, et l’ouverture en 1962 du grand lycée de la Colinière consacre ces transformations. La densification de l’habitat vient à bout, au tout début du 21e siècle, de la dernière exploitation maraîchère et du paysage constellé de réservoirs d’eau et de vieux murs.

En 1959, la Fête-Dieu rassemblait 2 000 personnes pour assister à la messe célébrée sous un arceau fait de cageots à légumes, alors que la population vivait déjà alors, à 86%, de l’industrie et du chemin de fer. Il reste de ce monde une vie associative sans doute particulièrement riche, chaque groupe social ayant longtemps eu la sienne, à l’exemple du Racing athletic club des cheminots, quelques espaces vierges et le parc du Grand Blottereau, et l’amorce de quartiers de plus en plus délimités par la forte présence des voies de communication qui se croisent ici, tramway d’un côté, routes de Sainte-Luce et route de Paris de l’autre.

Alain Croix

Date de création : 2013

En savoir plus

Bibliographie

Doulon : de l'indépendance à l'annexion. Cent ans de vie municipale, GUILLET (Noël), Association Doulon-Histoire, Nantes, 2000; 199 p

Du pensionnat des frères de Ploërmel à l'hôpital Broussais : un lieu de Doulon "les Portes", GUILLET (Noël), Doulon Histoire, Nantes, 1994; 76 p

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Alain Croix

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