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Pratiques agricoles à Doulon du Moyen Âge au 17e siècle


Les caractéristiques géographiques qui devaient être celles du territoire au début Moyen Âge à Doulon ont vraisemblablement demandé un effort de défrichement précoce et intense. La réponse apportée par les propriétaires ecclésiastiques et laïcs fut la création de diverses formes d’exploitation agricole : les gagneries et les tenues sur lesquelles sont érigées des bourdries durant le Moyen Âge, et les métairies à l’époque moderne.

Les gaigneries, une gestion en commun

Les gaigneries (ou gagneries) sont des exploitations agricoles implantées sur une surface d’environ 15 hectares de champs ouverts entourés d’une haie commune ou d’un fossé. Leur particularité est d’être subdivisées en parcelles laniérées, cultivées par plusieurs fermiers selon un fonctionnement communautaire. Chacun des cultivateurs y fait ses semailles sur sa parcelle, séparées des autres par un simple sillon, puis, après la récolte, le clos est fermé et devient une pâture en commun. La gestion en commun implique le plus souvent que les fermiers ensemencent tous avec la même céréale. Les études récentes sur les premiers peuplements dans l’Ouest de la France ont montré que ces exploitations agricoles remontent au tout début du Moyen Âge, entre le 9e et le 11e siècle, avant la mise en place de la féodalité.

La présence de nombreuses gaigneries à Doulon se décèle dans les archives et la toponymie. Ainsi, les registres du Régaire de l’évêque du 17e siècle en citent plus d’une vingtaine tandis que le cadastre de 1834 montre la permanence de leur parcellaire laniéré dans un environnement de larges champs.

À la fin du Moyen Âge, elles semblent dépendre d’une maison noble comme celle de la Folie dont l’aumônerie de l’hôpital de Nantes rend un aveu en 1463 et sont incluses dans des domaines comme la « gaignerie du Montrecy » qui fait partie des nombreux terrains que l’évêché possède au village de la Halquinière.

La présence de très nombreuses gaigneries sur le territoire remonte peut-être au tout début du Moyen Âge en lien avec l’effort de défrichement et de mise en valeur du territoire initié par les pouvoirs ecclésiastique et laïc.

Les bourdries, les petites fermes des temps féodaux

Si l’implantation des gaigneries est plus ancienne que le début de la féodalité, celle des bourdries résulte de la création de tenues par le pouvoir féodal au cours du Moyen Âge.

Les bourdries sont des fermes qui exploitent moins de 5 hectares et dont le bourdier est un locataire qui paie à terme. Elles font partie des fermages (bail rural par lequel un propriétaire confie à son fermier le soin de cultiver la terre qu’il loue) grâce auxquels les propriétaires fonciers louent leurs terres et leurs bâtiments pour une rémunération en argent comptant et s’assurent un revenu sûr et régulier.

Les bourdries sont souvent regroupées à cinq ou six dans un « village », ou hameau. Chacune d’elles est composée d’un logis pour le bourdier et de quelques bâtiments utilitaires (granges, laiteries, jardins, etc.). Si l’on se réfère aux études sur le sujet, le finage – c’est-à-dire l’ensemble des terres dépendant des fermes – de chaque village permet à chacun des habitants de bénéficier de terres profondes pour les labours, de prés et de landes pour le pâturage, de terres propices à la vigne, grâce à des structures agraires très diversifiées champs ouverts, champs clos, champs trapus, etc.

Le mot « bourdrie » semble venir du francique bord qui signifie planche ; sans doute en référence au mode de construction de l'habitation de l'exploitant : à pans de bois. Aucune bâtisse à pans de bois n’a pu être repérée lors de l’inventaire et les descriptions des archives anciennes ne permettent pas de préciser la réalité des typologies constructives. Ces logements ont, avant le 17e siècle, des tailles diverses mais la grande majorité ne compte qu’une pièce en rez-de-chaussée. À partir du 17e siècle, un changement s’amorce : des « corps de logis » apparaissent dans les descriptions des « villages ». Le terme désigne une bâtisse d’une à trois pièces, fréquemment signalée comme étant un bâtiment à un étage couvert d’ardoises et accosté d’un four mais également d’une ou plusieurs laiteries, ainsi qu’une porcherie. Ces espaces utilitaires sont sans doute logés dans des longères « en terre » ou « à lattis » (pans de bois torchis, pisé ou bauge).

Les métairies du 17e siècle

Le métayage consiste à louer une ferme avec ses bâtiments, ses terres, ses ustensiles, son cheptel et ses semences contre la moitié de la récolte annuelle. Ce type de bail est préconisé dès 1600 par Olivier de Serres dans son Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs car il permet, selon lui, de faire fructifier une exploitation puisque les liens entre le propriétaire et son locataire sont resserrés.

Les premières initiatives de métayage à Doulon semblent liées à la propriété du Grand Blottereau. En 1604, le contrat de vente du Blottereau à Michel Juchault précise que la propriété comprend également « la maison noble métairie et bourderye noble appellée du gué robert ». Près de quatre décennies plus tard, la métairie a disparu et le domaine du gué Robert ne sont plus exploitées que par une borderie. En effet, en 1681, seules trois métairies sont recensées : la métairie de la Courrocerie, près de Bois-Briand, qui appartient à la seigneurie de Chamballan, celle de la Marmonnière du Sausaie dite la Chefcerie qui appartient au doyen du chapitre de Notre-Dame de Nantes, et celle du haut Saulsay qui appartient à François Lebreton, écuyer et sieur du Blottereau. Toutes sont situées au nord-est du territoire. Quelques décennies plus tard, une nouvelle métairie dépendant du Blottereau est mise en place à proximité de la propriété, aux Perrines.

Cette métairie est sans doute la plus grande et la rentable du territoire de Doulon. Elle se maintient durant le 19e siècle et est la seule à être notée au cadastre.

Suite Pratiques agricoles à Doulon au 18e et 19e siècles

Julie Aycard
Dans le cadre de l’inventaire du patrimoine du quartier de Doulon
2021

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En savoir plus

Bibliographie

Association Doulon-Histoire, Les maraîchers du pays nantais, du jardinage au maraîchage, 2009

Maheux Hubert, « Champs ouverts, habitudes communautaires et villages en alignements dans le nord de la Loire-Atlantique : des micro-sociétés fossilisées dans l’Ouest bocager », In Situ [En ligne], 2004 [Consulté le 20 octobre 2021], article en ligne disponible ici

Le Bœuf François, « Les enjeux d’une approche chronologique de la maison paysanne dans les Pays de la Loire  », In Situ [En ligne], 2008, [Consulté le 20 octobre 2021], article en ligne disponible ici

Pages liées

Dossier : Inventaire du patrimoine de Doulon

Dossier : PPP Doulon / Toutes-Aides

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Activité agricole et horticole Doulon - Bottière

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Rédaction d'article :

Julie Aycard

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