Compagnon de la Libération
Le procès dit des « Quarante-deux »

Compagnon de la Libération

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Le 11 novembre 1941, Nantes est faite « Compagnon de la Libération » par le général de Gaulle, le chef de la France libre.

C’est la première fois que cette distinction est octroyée à une ville, depuis la création de l’ordre de la Libération à Brazzaville le 16 novembre 1940. La porte d’accès à cette « chevalerie des temps modernes » est très étroite. En janvier 1946, quand la dernière croix est remise, l’ordre ne compte que 1 036 titulaires individuels, dix-huit unités militaires et cinq communes : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l’île de Sein.

Destiné à honorer personnes ou collectivités ayant eu un rôle éminent dans la lutte pour la libération de la France, ce label prestigieux de Résistance est attribué à Nantes quelques jours après l’exécution par les Allemands des 48 otages en représailles à l’attentat du 20 octobre 1941 contre le lieutenant-colonel Hotz. La citation qui accompagne et justifie la décoration élargit le sens et la portée d’un événement qu’elle ne nomme pas : « Ville héroïque qui, depuis la capitulation, a opposé une résistance acharnée à toutes les formes de collaboration avec l’ennemi. Occupée par les troupes allemandes et soumise aux plus dures mesures d’oppression, a donné aux Français, par de nombreuses actions individuelles et collectives, un magnifique exemple de courage et de fidélité. Par le sang de ses enfants martyrs, vient d’attester devant le monde entier la volonté française de libération nationale ».

Cette citation fournit les matériaux pour construire une mémoire édifiante des années 1940-1945 qui malmène une histoire beaucoup plus contrastée. Une politique symbolique se construit autour de cette distinction, source de notoriété. Elle prend forme avec la remise de la Croix à Nantes par le général de Gaulle lui-même, le 14 janvier 1945. Elle tend ensuite à associer les cinq villes « Compagnon de la Libération ». En 1974, un timbre-poste est émis en hommage aux cinq communes qui se rapprochent en 1981, en signant un pacte d’amitié et d’engagement à perpétuer l’Ordre après la mort du dernier Compagnon. Le 18 juin 1990, le maire de Nantes inaugure une plaque commémorative à l’Hôtel de ville. Les représentants des cinq villes se retrouvent à Nantes, en avril 2006, pour l’inauguration d’une esplanade des Cinq communes « Compagnon de la Libération » au bout du cours des Cinquante Otages, et ce sont elles encore qui, depuis 2012, ont pris collectivement la direction de l’Ordre de la Libération. La communauté de mémoire ainsi esquissée tend à homogénéiser des formes de résistance bien différentes.


Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Archives municipales de Nantes, Macé, François (réd.), De Gaulle à Nantes, le regard de la presse nantaise, Ville de Nantes, Nantes, 1990

Piketty, Guillaume, Trouplin, Vladimir, Les compagnons de l'aube : archives inédites des compagnons de la Libération, Textuel, Paris, 2014

Trouplin, Vladimir (dir.), La flamme de la Résistance : [les 5 communes compagnon de la Libération : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux en-Vercors, île de Sein], Le Cherche Midi, Paris, 2012

Webographie

Nantes sur le site de l'Ordre de la Libération

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Rédaction d'article :

Didier Guyvarc’h

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