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Nantes la bien chantée : Noël des bourgeois de Nantes

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Dans l’étonnante série de ce qu’il conviendrait d’appeler « les noëls Nantais », car voyez-vous une telle chose existe, voici une pièce pour le moins curieuse et dont le motif, revêt quelques ambiguïtés sur lesquelles il ne semble pas inutile de s’attarder.

Nantes, dans le texte

Comme pour célébrer dignement la naissance du Christ, les paroissiens nantais s’assemblent dans la « joye » et dans un cortège aussi sonore que lumineux avant de déambuler par rues et places, faire le tour des popotes ou, pour être plus religieusement correct, le tour des paroisses les plus éminentes de la ville.

Nantes est non seulement citée dès l’incipit mais sert aussi et surtout de décor à cette fervente et généreuse procession. Les protagonistes visitent la paroisse de Saint-Clément au détour d’une montagne qui, de toute évidence a disparu depuis, celle de Saint-Donatien, incontournable s’il en est, et enfin celle de Saint-Denis.

La chanson évoque également des personnalités Nantaises ayant très probablement existé, tel ce mystérieux Julien Valaire, bienfaiteur de l’humanité puisque marchand de vin. On remarquera au passage que les effets de ce breuvage se font sentir dans ce même cinquième couplet puisqu’il ne s’agit plus de chanter mais de braire et que les enfants eux-mêmes se mettent à crier et chanter « à gorge déployée », selon l’expression consacrée et c’est bien là le cas de le dire. Et qui est donc ce nommé Des Aveaux qui fait apparemment métier de restaurateur-rôtisseur ? Et Jean Badot, commissionnaire zélé ?

De rigoureuses recherches seraient sans doute éclairantes sur l’identité réelle des ces personnages et leur rôle dans la société nantaise de ces temps imprécis, mais n’apporteraient pas forcément d’indices précieux sur l’étude de la chanson proprement dite. Avis toutefois aux amateurs.

Faire un petit tour en ville

Les deux premiers couplets, outre l’interpellation des bourgeois de la ville – interpellation un tantinet discriminante socialement parlant mais enfin passons – décrit en relevant les éléments les plus représentatifs ce qu’il faut bien reconnaître comme étant la crèche ou, si l’on préfère, une représentation de la Nativité avec les principaux personnages, le bœuf, l’ânon, les moutons et, bien entendu, les anges qui ne sont jamais bien loin en de telles circonstances.

Après ce rappel du contexte, le cortège s’organise et se met en marche et c’est là la première ambiguïté du texte car on pourrait comprendre ou se laisser tenter par l’idée que cette procession de fervents nantais prend la route de Bethléem pour aller saluer selon l’étiquette la naissance du fils de dieu, dans l’étable que vous savez. Il semble plus raisonnable de voir dans ce récit, un parcours à travers la ville et certaines de ces plus augustes paroisses, une visite des crèches qui étaient – et sont peut-être encore  –  installées dans ces églises particulièrement chères au cœur des Nantais.

Ainsi donc le cortège de réveillonneurs se met en route, non sans s’être équipé des instruments qui feront vibrer la ville. Le couple hautbois-musette (cornemuse) mène le cortège. Saint-Clément et Saint-Donatien sont visités par les noceurs qui ne tardent pas en route, pressés sans doute d’aller goûter les élixirs de Maître Valaire, lesquels ne font qu’alimenter, si je puis dire, la ferveur communautaire et, accessoirement, le volume sonore de la fête.

Enfin, la messe dite, vient le moment du réveillon et le chant perd alors quelque peu de sa prestance religieuse pour s’attarder sur les détails de la fête : musique, chants, mets et vins, etc. Tant et si bien qu’en fin de compte, on relève comme une seconde ambiguïté tant le texte semble davantage relater les étapes d’une fête de type mariage, plutôt qu’un acte de foi chrétienne.

Un cortège à deux visages

Au final, la comparaison avec un cortège de noce s’impose quasiment d’elle-même : la physionomie du cortège, les couple de sonneurs, les libations, l’arrivée sur les lieux du repas, les chansons entonnées à table… seul manque le bal, finalement. Quoi que la danse est explicitement mentionnée au 4e couplet mais pas sous la forme d’un bal tel qu’on pouvait le pratiquer dans le cadre d’un mariage. Mais il faut dire que, la danse ayant été longtemps la cible des imprécations ecclésiastiques, il n’aurait pas été de bon ton de la faire apparaître dans le cadre des fêtes de la nativité autrement qu’en reprenant un répertoire précieux et socialement marqué tel que le menuet ou la pavane.

Noël Nantais

Ainsi donc, il existe plusieurs « Noëls Nantais », tous extraits d’un même ouvrage, si rare que nous ne sommes pas encore parvenus à l’identifier. De ce même ouvrage est tiré le noël proposé dans ces chroniques voilà un peu plus d’un an Noël Nantais (NBC-045). D’autres suivront dans les prochains mois et prochaines années. Ce ne sont pas des chefs-d’œuvre de poésie mais ont toutefois l’insigne mérite d’aborder un répertoire « de circonstance » tout en parlant surtout et avant toute chose de Nantes.
D’une sainte pierre deux coups, en quelque sorte.

Hugo Aribart
Dastum
2022

1. Les bourgeois de Nantes
Ne soyez en souci
Que votre joye augmente
Cette journée ici
Que naquit de Dieu fils
De la Vierge Marie
Près le bœuf et l’ânon, don, don
De Jésus accoucha, la, la
Dans une bergerie

2. Des anges de lumière
Ont chanté divers tons
Aux bergers et bergères
Qui gardoient leurs moutons
Parmi tous ces cantons
Tout à l’entour de l’onde
Disant que ce mignon, don, don
Etoit né près de là, la, la
Pour le salut du monde

3. Ils prennent leurs houlettes
Avec empressement
Leurs hautbois, leurs musettes
Et s’en vont promptement
Tout droit à Saint-Clément
A travers la montagne
Étant tous réjouis, ravis
D’aller voir cet enfant, naissant
Joseph et sa compagne

4. De Saint-Donatien la bande
Vint en procession
Et traversa la lande
Sans faire station
Ni la collation
Dansant à l’harmonie
Que faisoient les pasteurs, chanteurs
Lesquels n’étoient point las, la, la
De faire symphonie

5. Maitre Julien Valaire
Du quartier Saint-Denis
Fit porter pour mieux braire
Du vin de son logis
Ses enfants réjouis
Toute cette nuitée
Se sont mis à crier, chanter
Ut, ré, mi fa, sol, la, la, la
A gorge déployée

6. Lorsqu’on vuidoit la coupe
Un nommé Des Aveaux
Faisoit de bonne soupe
Avec force naveaux
Poulets et pigeonneaux
Pour faire grande chère
Outre des hallebrans, faisans
Qu’apporta Jean Badot, point sot
A Jésus et sa mère

7. Comme on étoit à table
Un garçon de Nevers
Sur un luth agréable
Chanta mille beaux airs
Sur tous les tons divers
Mêlant sa chanterie
De trompette et clairon, don, don
Avec l’alleluia, la, la
A Joseph et Marie

8. Tous prièrent de grâce
Et la mère et le fils
De leur faire avoir place
Dedans son Paradis
Ce qu’ils leur ont promis
Et puis chacun s’apprête
D’aller vers son canton, don, don
Qui de ci, qui de là, la, la
En faisant bonne fête.

En savoir plus

Enregistrement

Christine Dufourmantelle, à Besné, le 13 septembre 2019, d’après un ouvrage non identifié (copie extraite du fonds Bernard De Parades)

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Rédaction d'article :

Hugo Aribart

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