Barbara (Paris, 1930 – Neuilly-sur-Seine, 1997)
Simone II

Jusqu’à la fin du 18e siècle, la Chantrerie est une grosse ferme, une métairie dont les revenus servent à entretenir la chorale de la cathédrale et son Grand Chantre. Le vin constitue la principale production. Le château n’existe pas encore, les bâtiments de l’époque sont ceux de la ferme ; ils comprennent une maison principale (qu’on voit encore, à gauche en entrant dans la cour), probablement résidence d’été du grand chantre, et les dépendances.

Les chantres de la cathédrale

1604 : Missire Nicolas Touzelin, « chantre de Nantes », fait défricher une pièce de terre pour la planter en vigne ; la parcelle dépend de « la Chantrerie de St Pierre de Nantes en St Donatien ».

1697 : Missire Jean Barrin, « chantre en dignité de l’église cathédrale de Nantes », loue pour 9 ans à Marie Bernardeau, veuve de Pierre Niel, de Carquefou, « la maison, terres et dépendances » de la Chantrerie. La métairie comprend la maison principale, le pressoir, l’écurie, le jardin, des prés, des terres labourables, des bois, des taillis, des vignes, et un droit de pêche en Erdre. Il lui en coûtera 400 livres tournois par an.

1720 : Vingt ans plus tard… Jean de Caulet, « grand chantre de l’église cathédrale de Nantes », fait dresser procès-verbal des réparations à faire à la Chantrerie. La liste est impressionnante : dans la maison principale, le carrelage a disparu ; les portes « sont de nulle valeur » ; les fenêtres sont bonnes à remplacer ; le plancher, au-dessus du cellier, « est vieux, les barasseaux et terrasses sont en partie pourris », comme le pressoir lui-même. La couverture ne vaut guère mieux : « la latte est pourrie sur la plus grande partie, les chevrons sont trop écartés », la charpente est à réparer. Dans la cour, le pigeonnier, soutenu par quatre piliers de maçonnerie, est prêt à tomber, il faut refaire la charpente et la couverture en ardoise du logement du métayer. Les bois ont fort souffert : des chênes et des châtaigniers ont été abattus. La chaussée de l’étang a été coupée pour le vider, elle n’a pas été rétablie. Les vignes, le verger, sont en friche, les terres n’ont pas été labourées depuis plusieurs années.

Château de la Chantrerie

Château de la Chantrerie

Date du document : vers 1910

Les vignes de la Chantrerie

Les nouveaux fermiers sont Martin Dabin et Pierre Rincé. Ils devront remettre les terres en culture, particulièrement la « Grande Pièce » : ils « y planteront de bon plant de vigne blanche, et pour cet effet, charrueront, graisseront et mettront le terrain en bon état de recevoir le dit plant qu’ils commenceront à planter dans le mois de mai prochain » [1721]. Un tiers de la vendange reviendra au bailleur et devra être conduit par les preneurs au pressoir de la Chantrerie : c’est le « droit de complant ». Les preneurs ne pourront vendanger le clos de vigne que lorsque le bailleur en aura fixé le jour. Ils donneront à l’ouverture du clos un « double » pour droit de complant et un chapon de 8 sols pour chaque quartier que contient le clos. De ce clos, ils « jouiront à jamais et à perpétuité sans qu’on puisse les empêcher. S’ils abandonnent, le bailleur pourra s’emparer du plant sans autre formalité » : en effet, si la terre appartient au bailleur, le plant appartient au preneur. 12 000 livres seront affectées aux réparations. Quarante chênes seront abattus dans les bois de la Chantrerie, bois composés aussi de châtaigniers et de hêtres. Le charpentier Bernard, de La Chapelle-sur-Erdre, est chargé des travaux.

1745 : Le grand chantre est Jean-Olivier Berthou de Kervésio. Il procède à une vente de bois à prendre « dans un canton de bois situé sur le bord de l’Erdre » : 80 chênes, 31 hêtres et 30 châtaigniers « tous extrêmement vieux et dépérissants » ; ils serviront à réparer la Chantrerie.

1759 : Le fermier, François Quirion, est décédé ; sa veuve, Louise André, désire continuer la location.

1772 : Les fermiers, maintenant, sont les Hauray. Jean Hauray est décédé, sa veuve Marie Garcion continue à louer la Chantrerie, pour 7 ans et pour 700 livres annuelles.

1778 : Marie Garcion renouvelle son bail pour 9 ans ; elle est aidée par son fils Sébastien Hauray et sa bru Perrine. Le contrat prévoit que les preneurs devront planter chaque année 12 arbres fruitiers « comme poiriers et peschers le long de l’enclos du jardin qu’ils feront tailler et entretenir en espalier ». On apprend à cette occasion que le grand chantre fête dignement la Nativité : les fermiers « fourniront chaque année au sieur bailleur deux barriques de vin bon marchand et soutiré qu’ils feront rendre en bons fûts à sa demeure de Nantes à la fête de Noël, avec huit bons chapons et deux cents de fagots de bon chesne à tel lien qu’on les faits en la paroisse d’Orvault de la même grosseur et longueur, le tout chaque année, en outre six cents de pommes de rainettes à chaque fête de Noël rendables à la demeure du dit sieur bailleur… Lui donneront aussi chaque année vingt bottes de paille de seigle et trois boisseaux de farine de bled noir…».

1790-1791 : C’est la Révolution. Le pouvoir royal a laissé les caisses de l’État à peu près vides. Les biens de l’Église vont être vendus pour essayer de les renflouer. La métairie de la Chantrerie est mise aux enchères au cours du premier trimestre 1791. Les Hauray en sont toujours fermiers, pour 900 livres par an. À l’extinction de la quatrième bougie, elle est adjugée au sieur Lavau, procureur, agissant pour le compte des Hauray, pour 60 200 livres. La somme paraît énorme, pour des cultivateurs du quartier. Les Hauray servent-ils de prête-nom à une tierce personne ? Un « état de section » (sorte de cadastre) de 1799 attribue la Chantrerie à une veuve Guillemet, quai Duguay-Trouin : 44 hectares, dont 20 de terres labourables, 7 de vignes, 7 de bois, 9,5 de landes, et 0,5 de prés.

Le château de la Chantrerie

1843 : Selon le premier cadastre moderne de Nantes, le domaine de la Chantrerie appartient maintenant au sieur Blon, architecte et entrepreneur, qui possède plusieurs maisons et chantiers entre la rue Mercœur et le Marchix. En 1831, sa fille Anne-Clémence épouse Louis Lévesque, fils de Louis-Hyacinthe Lévesque qui a été maire de Nantes à plusieurs reprises. Les Lévesque sont des industriels-négociants, négriers à l’occasion ; selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (L’argent de la traite, 1996), ils auraient poursuivi la traite des Noirs jusque vers 1830, alors que ce « commerce » était interdit depuis des années. C’est à la suite de ce mariage que Louis Lévesque devient propriétaire de la Chantrerie. Sur la propriété, il existe maintenant une « maison » de 1 300 m2, pourvue de 23 ouvertures, un petit château construit par le sieur Blon, et une chapelle privée.

Chapelle du château de la Chantrerie

Chapelle du château de la Chantrerie

Date du document : 06-06-2011

1860 : Louis Lévesque fait démolir cette maison, et la remplace par le château actuel (58 ouvertures). À cette occasion, il obtient de la municipalité nantaise une réfection sérieuse du chemin de la Chantrerie, notre route de Gâchet. Un beau parc remplace les terres agricoles. La Chantrerie reste la propriété des Lévesque jusqu’en 1922 ; le curé de Saint-Joseph signale à plusieurs reprises la grande générosité de Mlle Lévesque entre sa paroisse.

1922 : La Chantrerie appartient à Similien Normand, rue Jean-Jaurès.

1938 : Nouveau propriétaire : Charles Drouin, fils d’un meunier de Cugand (et non d’une famille homonyme de négriers, comme on le lit souvent), devenu un célèbre transporteur routier nantais.

Il existait, entre la Chantrerie et le Port-Brégeon (plage de Gâchet), une autre métairie assez importante, la Loge. Elle a appartenu à René-François Lelasseur, le grand propriétaire de Porterie ; elle a été rattachée à la Chantrerie au cours du 19e siècle.

Château de la Chantrerie

Château de la Chantrerie

Date du document : 08-05-2011

Années 1970 : Charles Drouin est décédé. Ses héritiers vendent la Chantrerie à la commune de Nantes. Une partie sera utilisée pour édifier l’École Vétérinaire, ouverte en 1979 ; une autre partie recevra les services vétérinaires du département, très à l’étroit avenue Victor-Hugo ; le reste du domaine devient le beau parc public que connaissent bien les Nantais qui le fréquentent assidûment.

2018

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Rédaction d'article :

Louis Le Bail

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