Rue de la Convention
Inondations

A

446

Nantes la bien chantée : Marv Pontkaleg


Cet épisode historique est bien connu des historiens et, au moins dans les grandes lignes, des Bretons. La suite des événements qui aboutirent à l’exécution de la sentence capitale du marquis de Pontcallec revêt un caractère romanesque qui a inspiré un film et, surtout, une chanson, bien connue en Bretagne.

          

Nantes, dans le texte

C’est le 26 mars 1720 que le marquis de Pontcallec fut décapité à Nantes, ainsi que trois de ses camarades de révolte, à la suite d’une conspiration contre le royaume de France. Pendant des siècles, ce genre d’activité récréative était en effet sévèrement sanctionné par les tenants de l’autorité royale, fût-ce, précisément, à l’encontre d’individus dont le sang était aussi bleu que pouvait l’être celui d’un monarque. L’expression est d’ailleurs assez malheureuse tant, en la circonstance présence, l’expérience montre que tous les sangs se confondent dans l’écarlate universel !

Le marquis fut décapité sur la place du Bouffay qui, aujourd’hui, sert d’écrin à une jolie sculpture et de théâtre d’oisiveté pour les amateurs de « coups en terrasse ». Il y a fort à parier que rares sont ceux, parmi tous ces gens qui sirotent des cocktails ou toutes autres sortes de boissons alcoolisées ou non, qui savent que ce lieu était autrefois celui où s’exécutait les « hautes œuvres » comme on disait dans le patois de l’époque !

L’art de la broderie dans la relation de l’histoire

Cette chanson est l’une des pièces les plus connues et les plus interprétées de celles figurant dans le fameux Barzaz Breiz, recueil de Théodore de La Villemarqué qui marqua un tournant décisif dans l’histoire de la collecte en Bretagne et de la reconnaissance du répertoire traditionnel. Pour chaque chanson consignée dans son recueil, l’auteur se fend d’un commentaire plus ou moins conséquent et il va de soit que, pour un thème aussi sensible et emblématique, celui accompagnant cette gwerz est particulièrement fourni. Mais pas forcément modelé de manière très objective, dirait-on.

La Villemarqué relate les évènements en prenant ses aises avec la réalité historique, privilégiant les aspects romanesques, non avérés pour la plupart d’entre eux, à la froideur des faits que les historiens  se sont depuis attachés à relater selon une méthodologie que nous sommes en droit d’estimer objective. Ainsi peut-on lire dans le commentaire du collecteur des envolées telles que Pendant que les condamnés marchaient au supplice, le courage et la jeunesse de Pontcalec faisaient pleurer la foule. Peu après, prêtant ces propos au moine qui accompagne les condamnés au fatal billot : on plaint votre sort et on ne plaignit pas celui de Jésus-Christ. Cette comparaison audacieuse est un véritable acte de foi identitaire qui prête à des personnages historiques des traits et des actes qui servent surtout à servir la cause de celui qui les retranscrit, plus d’un siècle plus tard.

Cette forme douce de révisionnisme – pardon pour l’oxymore - n’appartient pas au passé. Aujourd’hui encore, nombre d’acteurs politiques, en France et dans le monde usent de cette pratique et courbent la réalité historique pour mieux la cintrée dans le moule de leurs ambitions, voire de leur idéologie. 

Une chanson au contenu discutable

Lorsque le début de la chanson présente le personnage en ces termes « Sur le jeune marquis de Pontcalec, si beau, si gai, si plein de cœur ! », elle définit d’emblée l’atmosphère qui présidera au récit, celle d’un portrait élogieux, quasi hagiographique.

Par exemple, la chanson prétend que le marquis, trahi par l’un de ses serviteurs, était l’ami des Bretons et non des bourgeois. Mais quid des bourgeois Bretons ? L’histoire ne le dit pas… Ce positionnement combiné à ses intentions séparatistes – car oui, on peut lui accorder un fort et sincère attachement à la Bretagne - en ont fait l’une des figures emblématiques d’une partie du mouvement régionaliste, du moins à une certaine époque. Une partie seulement car d’autres avaient une meilleure connaissance des travaux d’historiens, lesquels ont révélé que le bonhomme était un noble « mod kozh » (à l’ancienne, si vous préférez), aussi proche du peuple que peut l’être un labrador de ses puces. Je veux dire, contraint à une forme de promiscuité qui n’avait rien d’une ébauche de mixité sociale !

Contrairement à ce que dit le texte de cette gwerz, le marquis n’était en rien le défenseur des opprimés et des indigents mais cherchait surtout à défendre ses privilèges d’aristocrate. Les historiens se sont penchés sur son cas avec suffisamment de précisions pour pouvoir affirmer que, au contraire, Pontkalleg était détesté des petites gens qui subissaient sa cruauté de nantis très occupé à ne rien faire.

Au passage, vous aurez remarqué comme souvent, avec les aristocrates, à force de les nommer par leur titre, on finit par en oublier leur nom véritable. L’identité de l’être humain disparait progressivement derrière un titre qui, aussi prestigieux soit-il, est souvent partagé par d’autres individus ayant poussé sur des branches similaires dans leur arbre généalogique. Quelle ironie… Aussi ne semble-t-il pas tout à fait inutile de rappeler que Pontkalleg s’appelait Clément-Chrysogome de Guer, marquis de Pontcallec donc.

L’ambiguïté de la chanson « historique »

On entend par chanson historique cet ensemble assez mal défini qui consiste à relater – ou prétendre relater – des faits historiques sous la forme d’une chanson. L’art est ancien et s’est maintenu jusqu’à l’époque moderne. Ces chansons ont pour point commun de porter une intention autre que pédagogique. Elles sont généralement porteuses d’un message le plus souvent idéologique et c’est justement là que, comme disent les ânes, le bât blesse.

Car au nom d’une idéologie on peut dire et écrire n’importe quoi. Si la chanson ne sombre pas  tout bonnement dans l’absurdité propagandiste, elle prend toutefois souvent des libertés avec la vérité historique, particulièrement lorsqu’elle revêt les atours du patriotisme. Au nom du « C’est nous les plus forts, c’est nous les plus beaux, les anglais sont lâches et mort aux boches », la chanson s’est périodiquement perdue dans les limbes d’une mauvaise foi coupable qui allait parfois jusqu’au mensonge pur et simple. La surabondante création de chansons patriotiques et revanchardes des années 1871 à 1914 est une parfaite illustration de cette dérive.

Un tube, s’il en est

La gwerz de Pontkalleg est l’un des grands succès du répertoire bretonnant. A l’instar de Tri martolod, An alarc’h ou An hini garan – j’en passe ! – cette gwerz a conquis les foules depuis le début des années 1970 et jusqu’à aujourd’hui. Il faut dire que bien des artistes bretons n’ont pas ménagé leur peine pour parvenir à ce résultat, parfois en l’enregistrant à plusieurs reprises au cours de leur carrière. La discographie – sélective, pourtant… - présentée ci-dessous est assez éloquente. Le propos est fédérateur, le récit aventureux, la mélodie splendide… bref, tous les ingrédients pour faire d’une chanson traditionnelle, un grand classique.

Dastum 44
2019

Première partie : version synthétique interprétée par Mme Hengoat

Ur werzenn nevez zo savet, treitour, ah ! mallozh dit 'ta !
War marv Pontkaleg eo graet, treitour, ah ! mallozh dit, mallozh dit
Treitour, ah ! mallozh dit 'ta

[…]
Mignon a oe d'ar Vretoned, treitour, ah ! mallozh dit 'ta !
D'ar vourc'hizien ne garan ket, treitour, ah ! mallozh dit, mallozh dit
Treitour, ah! mallozh dit 'ta

[…]
Ha pa oe digoue't e Naoned, treitour, ah ! mallozh dit 'ta ! (bis)
E oe barnet ha kondaonet, treitour, ah ! mallozh dit, mallozh dit
Treitour, ah ! mallozh dit 'ta
E oe barnet ha dibennet, treitour, ah ! mallozh dit, mallozh dit
Treitour, ah ! mallozh dit 'ta (bis)

Kondaonet, naren gant tud-par, treitour, ah ! mallozh dit 'ta ! (bis)
Nemet tud koue'et diouzh lost ar c'harr, treitour, ah ! mallozh dit, mallozh dit
Treitour, ah ! mallozh dit 'ta (bis)

[…]
Marv neb a gare e vro, treitour, ah ! mallozh dit 'ta ! (bis)
A gare betek ar marv, treitour, ah ! mallozh dit, mallozh dit
Treitour, ah ! mallozh dit 'ta (bis)

Seconde partie : version complète publiée par La Villemarqué
I
Ur werzenn nevez zo savet, traitour, ah! mallozh dit 'ta ! (bis)
War markiz Pontkalleg eo graet, traitour, ah ! Mallozh dit, mallozh dit
Traitour, ah! mallozh dit 'ta …

Ur werzenn nevez zo savet / War markiz Pontkalleg eo graet
War markiz yaouank Pontkalleg / Ker koant, ken drant, ker kalonek !
Mignon a oa d'ar Vretoned / Abalamour anezho oa deuet
Abalamour anezho oa deuet / Hag etrezo oa bet maget
Mignon a oa d'ar Vretoned / D'ar vourc'hizien ne lâran ket
D'ar vourc'hizien ne lâran ket / A zo a-du ar C'hallaoued
A zo atav 'klask gwaskañ re / N'o deus na madoù na leve
Nemet poan o divrec'h, noz-deiz / Evit magañ o mammou dehe
Lakaet en devoa en e benn / Disammañ deomp-ni hor c'hordenn
Gwarizi-tag d'ar vourc'hizien / O klask an tu e'it hen dibenn
- Aotrou Markiz, aet da guzhet / An tu a zo gante kavet !

II
Pellik zo emañ dianket / Evit e glask, n'e gaver ket
Ur paour eus kêr, o klask e voued / Hennezh en deus hen diskuliet
Ur c'houer n'her defe ket graet / Pa vije roet de'hañ pemp kant skoed
Gouel Maria 'n Eost, deiz evit deiz, / An dragoned oa war vale :
- Lâret-hu din-me, dragooned / O klask ar Markiz emaoc'h bet ?
- O klask ar Markiz emaomp bet / Daoust penaos emañ-eñ gwisket ?
- Er c'hiz diwar-maez 'mañ gwisket / Glas e vorled hag eñ bordet
Glas e jak, ha gwenn e chupenn / Bodroù ler ha bragoù lien
Un togig plouz neudennet-ruz / War e skoaz, ur pennad blev-du
Ur gouriz-ler, div bistolenn / Hag hi a Vro-Spagn, a-zaou denn
Gantañ dilhad pilhoù-huan / Gant unan alaouret dindan
Mar fell deoc'h-hu reiñ din tri skoed / Me a roy deoc'h-hu e gavet
- Tri gwenneg zoken na roimp ket / Taolioù sabren ne lâromp ket
Ne roimp ket zoken pemp gwenneg / Ha te reiñ deomp kaout Pontkalleg
- Dragoned ker, en an' Doue ! / Na it ket d'ober droug din-me !
Na it ket d'ober droug din-me / Ho heñchañ raktal e rin-me
'Mañ-eñ du-se, er sal, ouzh taol / O leinañ gant person Lignol"

III
- Aotrou Markiz, tec'het, tec'het ! / Me wel erru an dragoned
Me wel an dragoned erru / Sternoù lugernus, dilhad ruz
- Me na gredan ket em c'halon  / E krogfe ennon un dragon
Ne gredan ket 'vez deut ar c'hiz / Ma krog an dragon er Markiz"
Oa ket e gomz peurachuet / Tre 'barzh ar sal o deus lammet
Hag eñ da beg 'n e bistolenn : /  Neb a dost ouzhin 'n defo 'n tenn !
Ar person kozh, dal m'her gwelas / Dirak ar markiz 'n em strinkas :
- En anv Doue, ho Salvez / Na dennet ket, ma Aotrou ker !
Pa glevas anv hor Salver / En deus gouzañvet gant douster
Anv hor Salver pa glevas / Daoust d'e spered eñ a ouelas
Rez e galon strakas e zent / Ken a droc'has, sonn : Deomp d'an hent !
A-dreuz parrez Lignol pa ae / Ar gouer paour a lavare,
Lâret a rae al Lignoliz : / Pec'hed eo eren ar markiz !
Pa ae e-biou parrez Berne / Digoue't ur frapad bugale :
- Mad-deo'ch, mad-deoc'h, Aotrou Markiz ! / Ni ya d'ar vourc'h, d'ar c'hatekiz
- Kenavo, bugaligoù vat / N'ho kwelo mui ma daoulagad
- Da belec'h it eta, Aotrou ; / Ha dont na reot souden en-dro ?
- Me na ouzon ket, Doue 'r goar ; / Bugale baour, me zo war var
O cherisañ en defe graet / Panevet e zaouarn ereet
Kriz vije 'r galon na ranne / Re 'n dragoned zoken a rae
Paotred-a-vrezel, koulskoude / O deus kalonoù kriz enne
Ha pa oa digoue't e Naoned / E oa barnet ha kondaonet
Kondaonet, naren d'an tud-par / Nemet tud koue'et diouzh lost ar c'harr
Da Bontkalleg 'deus int lâret : / Aotrou Markiz, petra 'peus graet ?
- Pezh a oa dleet din da ober / Ha graet-hu ivez ho micher !

IV
D'ar sul kentañ pask, hevlene / Oa kaset kannad da Verne
- Yec'hed mat deoc'h-holl, er gêr-mañ / Pelec'h 'mañ ar person dre-mañ ?
- 'Mañ o lâret e oferenn / 'Mañ o vonet gant ar bregenn
Pa oa o vonet d'ar gador / Oa roet de'hañ ul li'her el levr
Ne oa ket gouest evit e lenn  / Gant an daeloù dimeus e benn :
- Petra zo c'hoarvet a nevez / Pa ouel ar person er c'hiz-se ?
- Gouelañ a ran, ma bugale / War pezh a refac'h-c'hwi ivez
Marv, peorien, neb ho mage / Neb ho kwiske, neb ho harpe,
Marv an hini ho kare / Berneviz, koulz eveldon-me
Marv neb a gare e vro / Hag her reas betek ar marv
Marv da zaou vloaz warn-ugent / 'Vel ar verzherien hag ar sent
Doue, ho pet outañ truez ! / Marv eo 'n Aotrou ! Marv eo ma mouezh !

Troisième partie : traduction du texte présenté ci-dessus
I
Un chant nouveau a été composé, il a été fait sur le marquis de Pontcalec ;
- Toi qui l'as trahi, sois maudit sois maudit ! Toi qui l'as trahi, sois maudit ! -

Un chant nouveau a été composé, il a été fait sur le marquis de Pontcalec ;
Sur le jeune marquis de Pontcalec, si beau, si gai, si plein de cœur !
Il aimait les Bretons, car il était né d'eux ;
Car il était né d'eux, et avait été élevé au milieu d'eux.
Il aimait les Bretons, mais non pas les bourgeois ;
Mais non pas les bourgeois qui sont tous du parti français ;
Qui sont toujours cherchant à nuire à ceux qui n'ont ni bien ni rentes,
A ceux qui n'ont que la peine de leurs deux bras, jour et nuit, pour nourrir leurs mères.
Il avait formé le projet de nous décharger de notre faix
Grand sujet de dépit pour les bourgeois qui cherchaient l'occasion de le faire décapiter.
- Seigneur marquis, cachez-vous vite, cette occasion, ils l'ont trouvée ! -

II
Voilà longtemps qu'il est perdu ; on a beau le chercher, on ne le trouve pas.
Un gueux de la ville, qui mendiait son pain, est celui qui l'a dénoncé ;
Un paysan ne l'eût pas trahi, quand on lui eût offert cinq cents écus.
C'était la fête de Notre-Dame des moissons, jour pour jour ; les dragons étaient en campagne :
- Dites-moi, dragons, n'êtes-vous pas en quête du marquis ?
- Nous sommes en quête du marquis ; sais-tu comment il est vêtu ?
- Il est vêtu à la mode de la campagne : surtout bleu orné de broderies ;
Soubreveste bleue et pourpoint blanc ; guêtres de cuir et braies de toile ;
Petit chapeau de paille tissu de fils rouges ; sur ses épaules, de longs cheveux noirs ;
Ceinture de cuir avec deux pistolets espagnols à deux coups.
Ses habits sont de grosse étoffe, mais dessous il en a de dorés.
Si vous voulez me donner trois écus, je vous le ferai trouver.
- Nous ne te donnerons pas même trois sous ; des coups de sabre, c'est différent ;
Nous ne te donnerons pas même trois sous, et tu nous feras trouver Pontcalec.
- Chers dragons, au nom de Dieu, ne me faites point de mal :
Ne me faites point de mal, je vais vous mettre tout de suite sur ses traces :
Il est là-bas, dans la salle du presbytère, à table, avec le recteur de Lignol.

III
Seigneur marquis, fuyez ! Fuyez ! Voici les dragons qui arrivent !
Voici les dragons qui arrivent : armures brillantes, habits rouges.
- Je ne puis croire qu'un dragon ose porter la main sur moi ;
Je ne puis croire que l'usage soit venu que les dragons portent la main sur les marquis ! -
Il n'avait pas fini de parler qu'ils avaient envahi la salle.
Et lui de saisir ses pistolets :
- Si quelqu'un s'approche, je tire ! -
Voyant cela, le vieux recteur se jeta aux genoux du marquis :
- Au nom de Dieu, votre Sauveur, ne tirez pas, mon cher seigneur !
A ce nom de notre Sauveur, qui a souffert patiemment ;
A ce nom de notre Sauveur, ses larmes coulèrent malgré lui ;
Contre sa poitrine ses dents claquèrent ; mais, se redressant, il s'écria : " Partons ! "
Comme il traversait la paroisse de Lignol, les pauvres paysans disaient,
Ils disaient, les habitants de Lignol : - C'est grand péché de garrotter le marquis ! -
Comme il passait près de Berné, arriva une bande d'enfants :
- Bonjour, bonjour, monsieur le marquis : nous allons au bourg, au catéchisme.
- Adieu, mes bons petits enfants, je ne vous verrai plus jamais !
- Et où allez-vous donc, seigneur ? est-ce que vous ne reviendrez pas bientôt ? - Je n'en sais rien, Dieu seul le sait : pauvres petits, je suis en danger. -
Il eût voulu les caresser, mais ses mains étaient enchaînées.
Dur eût été le cœur qui ne se fût pas ému ; les dragons eux-mêmes pleuraient ;
Et cependant les gens de guerre ont des cœurs durs dans leurs poitrines.
Quand il arriva à Nantes, il fut jugé et condamné,
Condamné, non pas par ses pairs, mais par des gens tombés de derrière les carrosses.
Ils demandèrent à Pontcalec : - Seigneur marquis, qu'avez-vous fait ?
- J'ai fait mon devoir ; faites votre métier ! -

IV
Le premier dimanche de Pâques, de cette année, un message est arrivé à Berné. - Bonne santé à vous tous, en ce bourg ; où est le recteur par ici ?
- Il est à dire la grand'messe, voilà qu'il va commencer le prône -
Comme il montait en chaire, on lui remit une lettre dans son livre :
Il ne pouvait la lire, tant ses yeux se remplissaient de larmes.
- Qu'est-il arrivé de nouveau, que le recteur pleure ainsi ?
- Je pleure, mes enfants, pour une chose qui vous fera pleurer vous-mêmes :
Il est mort, chers pauvres, celui qui vous nourrissait, qui vous vêtissait, qui vous soutenait ;
Il est mort celui qui vous aimait, habitants de Berné, comme je vous aime;
Il est mort celui qui aimait son pays, et qui l'a aimé jusqu'à mourir pour lui ;
Il est mort à vingt-deux ans, comme meurent les martyrs et les saints.
Mon Dieu, avez pitié de son âme ! le seigneur est mort ! Ma voix meurt !

En savoir plus

Bibliographie

Malrieu, Patrick, La chanson populaire de tradition orale en langue Bretonne – Contribution à l’établissement d’un catalogue, Thèse, Université de Rennes 2 Haute-Bretagne, 1997, 3 volumes :
Markiz Pontkalleg (N° 0078)

La Villemarqué (de), Théodore, Barzaz Breiz, Paris, librairie Académique Perrin, 1867, 3e édition, pages 326-331, Chant N° XLVI

Cadic, François, Chansons populaires de Bretagne publiées par la paroisse Bretonne de Paris, 1899-1929, Rennes, Dastum, Presses Universitaires de Rennes, C.R.B.C., 2010, pages 215-217

Cornette, Joël, Histoire de la Bretagne et des Bretons, deux tomes, Paris, Seuil, 2005

Discographie

Ar Breizerien, Ar Breizerien, Vélia, 1974, plage N° 8

Ar Gouilh, Andréa, Beilhadeg e Menez-kamm », Arfolk, 1973, plage N° 1.02

Ar Gouilh, Andréa, Barzaz Breizh, Escalibur, 1990, plage N° 8

Ar Gouilh, Andréa, Langlois - Chants de Bretagne, Skarbo, 1997, plage N° 2

Barzaz, An Den Kozh Dall, Keltia musique, 1992, plage N° 8

Bouchaud, Dominig, L’ancre d’argent, Keltia musique, 2001, plage N° 5

Daonet, Donemat, autoproduction, 2011, plage N° 9

Gauvin, Marc et Barr, Jim, La légende d’Aranel, Aztec musique, 2010, plage N° 1

Glaz, Holen ar Bed, BMG, 1996, plage N° 2

Kadig, Folk Pourlet, Arfolk, 1976, plage N° 5

Kemener, Yann-Fañch, Dialogues, Buda musique, 2008, plage N° 15

Ket, Celtic Jazz, autoproduction, 1998, plage N°  10

Noguès, Kristen, An Evor, Coop Breizh, 1999, plage N° 8

Servat, Gilles, Koc’h ki gwenn ha koc’h ki du, Kelenn, 1972, plage N° 6

Servat, Gilles, Ar-raok mont kuit, Keltia musique, 1994, plage N° 3

Soazig, Celtic Harp and Songs, Delta music, 2003, plage N° 1.04

Stivell, Alan, Telenn Geltiek, Mouez Breiz, 1964, plage N° 10

Stivell, Alan, Renaissance de la harpe celtique, Fontana, 1971, plage N° 2

Tri Yann, 10 ans, 10 filles, Kelenn, 1973, plage N° 5

Enregistrement

Oona Hengoat à Besné, le 13 août 2019, d’après la version publiée dans le Barzaz-Breiz et l’interprétation de Gilles Servat éditée en 1994

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Rédaction d'article :

Hugo Aribart

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