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Habitat rural dans le quartier de Doulon-Bottière Maryse Guerlais (1952-2007)

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Anciens combattants


En 2012, le Conseil municipal vote des subventions à vingt-neuf associations d’anciens combattants et militaires de la ville. Certaines, par leur nom, constituent un véritable aide-mémoire des conflits des 19e et 20e siècles : ainsi « la Société des volontaires de 1870-1871, 1914-1918, 1939-1945, Résistance, TOE, Indochine, Corée, AFN, Missions extérieures ». Deux associations existent avant 1914, mais c’est la Grande Guerre qui provoque leur essor.

Dès juin 1918, l’Union nationale des mutilés et réformés a une section nantaise ; c’est entre 1928 et 1932 qu’elles se multiplient sous l’effet de la création de la retraite du combattant, et peut-être de la crise économique. La chronologie montre que le but initial de ces vingt-trois associations est une défense des intérêts matériels de leurs membres. Alors que la création est différée pour 1914-1918, elle est au contraire très précoce après 1939-1945. En 1947, trente-trois groupes existent déjà. En revanche, la naissance des associations d’anciens combattants des conflits de la décolonisation est tardive ; la première est constituée en 1968 : c’est l’illustration du long refoulement de la mémoire de ces guerres restées longtemps sans nom.

À la défense de leurs droits, les anciens combattants ajoutent une volonté mémorielle. Cette intention commune d’utiliser le passé au présent révèle la diversité idéologique du monde ancien combattant. En 1926, la municipalité radicale de Paul Bellamy en dresse un tableau destiné au préfet : quatorze groupes ne « font pas de politique », un – l’Union nationale des combattants – «a des opinions réactionnaires », la Fédération d’anciens prisonniers de guerre de l’Ouest est dirigée par un socialiste, et l’Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre est considérée comme « un suppôt du Parti communiste ». La solidarité issue de l’expérience commune n’efface pas les divergences et le refus de la guerre, souvent rappelé, n’est pas un absolu. Le 11 novembre 1938, deux mois après Munich, 5 500 «Poilus » se rassemblent à Nantes pour partager comme au front « le singe, le pinard et le jus » et exprimer leur désir de paix. Mais moins de deux ans plus tard, ils se divisent. Parmi les premiers résistants nantais, les anciens de 1914-1918 sont nombreux, mais d’autres voient dans Pétain, « le héros de Verdun » venu trois fois à Nantes dans l’entre-deux-guerres, « le sauveur de la France ».

Les associations d’anciens combattants forment une confrérie moderne qui a ses rites propres. La cérémonie au monument aux morts, la remise des drapeaux, des décorations, le bal, la kermesse sont les marques d’une sociabilité particulière. Mais ce modèle se maintient très difficilement après 1945. L’objet commémoratif a changé : à l’union sacrée de 1914-1918 succèdent la diversité des expériences de 1939-1945, puis le doute sur le sens des guerres menées sur les « théâtres d’opérations extérieurs ». Reste alors pour les associations à tenter de rassembler sous une même bannière soldats des causes reconnues et des causes plus incertaines. La Voix du Poilu, l’organe de l’UNC de la Loire-Inférieure fondé en 1921, devient en 1969 La Voix du Poilu et la Voix du Bled.

Didier Guyvarc’h
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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