Ancienne école régionale des Beaux-arts de Nantes
De 1902 à 2017, l’école des Beaux-arts de Nantes se situe au cœur de la ville. Installée entre les rues de Briord et Fénelon, elle occupe dans un premier temps l’hôtel de Châteaubriant. Entre 1904 et 1991, plusieurs campagnes de travaux étendent son emprise, ouvrant l’établissement sur le reste de la ville.
L’école de dessin à Nantes
En décembre 1756, alors que la Société d’agriculture, du commerce et des arts de Bretagne est créée, ses membres demandent l’établissement de deux écoles de dessin à Rennes et à Nantes. Les États de Bretagne accèdent à cette requête en approuvant la création des deux écoles le 10 février 1757. Le premier directeur de l’école de Nantes est Jacques Auguste Volaire qui conserve sa charge jusqu’en 1771. L’école publique et gratuite est à l’origine destinée à former des ouvriers et artisans aux « arts mécaniques », par un enseignement des arts appliqués à l’industrie. Les cours de trois heures sont dispensés quatre jours par semaine.
Une première fois dissoute en 1771 faute de subsides, l’école de dessin de Nantes connaît à nouveau, pendant la période révolutionnaire, quelques difficultés qui ont pu menacer sa survie. Pour autant, malgré ces incertitudes et des périodes d’interruption de son activité, l’école de dessin de Nantes perdure. En 1805, sa réouverture est officiellement approuvée par le maire qui octroie un local à son directeur, M. Hussard, qui avait déjà occupé ces fonctions dix ans auparavant.
Comme précisé dans les statuts dès 1757, l’attribution d’un local à l’école relève de la mairie. Au gré des opportunités, l’école a changé d’adresses plusieurs fois. Au 18e siècle, on lui connaît au moins quatre emplacements :
- Rue Bignon-Lestard (actuellement, de la rue Racine à la rue de Gigant) (1757)
- À l’hôtel de ville
- À l’hôtel de Briord (1762)
- 11 place de Bretagne (1790)
En 1805, l’école de dessin bénéficie d’une ancienne salle d’habillement, annexe inoccupée du théâtre Graslin, rue Molière, mise à disposition par la municipalité. En 1828, l’école est indiquée rue du Calvaire : il est dit qu’on y enseigne « la figure, l’architecture, l’ornement, la perspective, le paysage à la plume et le lavis des plans » (Étrennes nantaises, 1828).
L’institution accueillant un nombre croissant d’élèves, la question du local est récurrente. C’est finalement en 1845 qu’une solution plus durable voit le jour. Le Conseil municipal attribue à l’école de dessin une partie des bâtiments de l’ancienne Retraite des hommes, rue du Moulin. Mais il faut partager les lieux avec d’autres : la Caisse d’épargne, puis une école primaire s’y installe en 1871. Le problème d’exiguïté des locaux est plusieurs fois dénoncé, mais reste sans suite.
L’école régionale des Beaux-arts dans son nouvel écrin (1904)
La dernière décennie du 19e siècle est propice à de nouveaux débats visant à changer le statut de l’établissement. L’école manque toujours cruellement de place et plusieurs édiles s’inquiètent de cette situation. Différentes voix s’élèvent alors en faveur de la création d’une véritable école régionale des Beaux-arts. Parmi elles, M. Léon Lenoir, conseiller municipal et architecte, porte la cause de l’école devant le maire à l’occasion du débat budgétaire de 1894 : « Le directeur demande un agrandissement devenu nécessaire par le nombre des élèves qui fréquentent l’école. Cette demande est parfaitement justifiée et l’honorable conseiller rappelle que, l’année dernière, il proposait d’étudier la création d’une école des Beaux-Arts et d’une école d’Architecture. Rennes possède ces établissements et reçoit de l’État une subvention sérieuse. Nous pourrions obtenir les mêmes avantages. » S’ensuivent quelques considérations sur le relogement de l’école dans des locaux vacants. Léon Lenoir suggère l’ancien couvent de la Visitation, d’autre évoquent le local rue de Feltre promis à être vacant après le déménagement du musée des Beaux-arts. Malgré la réserve du maire qui met sa priorité sur le projet du musée des beaux-arts, une commission voit le jour mais rien ne bouge.
En 1898, le projet d’école des Beaux-arts est relancé. En 1899, la municipalité décide de créer une école régionale des Beaux-arts, avec l’appui du ministère des Arts. Une commission est constituée pour établir le programme aux objectifs affirmés : « En France comme à l’étranger, il se dessine depuis plusieurs années un mouvement vers une plus grande application de l’art à l’industrie. Cette tendance, heureuse à tous points de vue, est multiple dans ses effets, développant la production, élevant le niveau d’éducation de l’ouvrier, affinant son esprit et dirigeant son goût vers un idéal supérieur aux choses purement utilitaires » (délibérations du Conseil municipal, 2 juin 1899, Archives de Nantes)
Il est prévu de développer deux niveaux d’enseignement : un niveau élémentaire avec enseignements généraux, mathématiques, perspective, principes du dessin et du modelage et un niveau supérieur avec cours de dessin, de modelage, d’anatomie, d’histoire de l’art, de composition décorative et une section spéciale d’architecture. Ouverte à tous et gratuite, l’école régionale de Dessin et des Arts décoratifs dispense un enseignement pour des jeunes de plus de 12 ans, pour les garçons et pour les filles, avec des cours du jour et des cours du soir. Son premier directeur est Emmanuel Fougerat, artiste peintre, fondateur et conservateur du musée des Beaux-arts de Nantes.
Alors que la Ville vient de racheter l’hôtel de Châteaubriant, le choix est fait d’y installer la nouvelle école, tout en créant une extension, côté jardin. Si dans un premier temps, il avait été envisagé un programme de reconstruction d’envergure impliquant la disparition de l’aile sud de l’hôtel de Châteaubriant, la Ville opte, faute de moyens suffisants, pour un programme plus modeste. L’ensemble des bâtiments anciens de l’hôtel de Châteaubriant est conservé et dévolu à l’école des Beaux-arts qui l’occupe dès 1902.
Le programme modifié et les plans sont présentés en Conseil municipal. Seul le bâtiment principal d’enseignement, est une construction ex nihilo, sur les plans de l’architecte de la Ville Alfred Marchand, dont la réalisation s’achève en 1904 : cette aile de 40 mètres de long sur quatre niveaux confère à l’édifice ses caractéristiques d’établissement public. Par sa taille, sa composition et son décor, le bâtiment offre une dimension monumentale à l’institution. La façade joue sur une composition tripartite : neuf travées rassemblées trois par trois et à droite, une travée distincte comprenant l’entrée principale. La disposition intérieure est lisible de l’extérieur comme le veut l’architecture rationaliste. Chaque niveau reçoit des salles de classe largement éclairées par de vastes baies pour apporter un maximum de lumière. Le dernier niveau est occupé par les ateliers qui reçoivent une lumière indirecte, puisque exposés idéalement au nord.
Mais, cette architecture, pourtant monumentale, reste peu visible des passants, en l’absence d’une entrée magistrale. Ainsi, le nouvel édifice reste enserré dans un tissu urbain constitué d’hôtels particuliers.
L’installation de l’école des Beaux-arts en 1904 entre les rues de Briord et Fénelon constitue un moment clé pour l’école qui enfin trouve un emplacement durable. Dans l’entre-deux-guerres, des travaux d’amélioration sont envisagés : Étienne Coutan, architecte de la Ville, propose de créer une véritable entrée, incitant à dégager les abords en programmant la démolition future de l’hôtel de Monti qui jouxte l’école à l’angle de la rue Fénelon et de la rue du Moulin. Le projet de démolition est ajourné jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Après 1945, l’hôtel de Monti est détruit et des baraquements provisoires sont installés sur la parcelle. Ils y restent jusqu’au milieu des années 1980 !
Le projet des années 1980 : une volonté d’ouverture sur la ville
Au milieu des années 1970, les abords de l’École régionale des Beaux-arts connaissent de profondes transformations, offrant des opportunités d’extension à l’établissement d’enseignement. Alors que le secteur sauvegardé se met en place, un concours est mis en œuvre visant à proposer une recomposition urbaine et fonctionnelle sur le secteur Decré-rue du Moulin. L’équipe Evano- Pellerin l’emporte. L’école de la rue du Moulin qui continuait de servir d’annexe aux Beaux-arts est rasée en 1975 pour laisser place à un parking automobile, sur lequel seront construits en 1980 un amphithéâtre et des salles panoramiques donnant sur la ville. Avec cette première extension, la Ville confirme son choix de maintenir l’établissement dans le centre ville, cinq ans après que l’école d’architecture a quitté le giron des Beaux-arts pour rejoindre le quartier Breil-Barberie.
Entre 1985 et 1991, trois campagnes de travaux sont engagées pour la restructuration de l’école des Beaux-arts. Sous l’impulsion de l’agence Evano-Pellerin, puis de celle de Pellerin-Thabart, le programme d’extension signe l’ouverture sur la ville. Alors que l’école souffrait d’un manque de visibilité, cachée derrière ses murs de clôture et sans véritable entrée, le projet Evano-Pellerin-Thabart s’attache à affirmer la place de l’école dans la ville par une nouvelle composition urbaine et architecturale.
Le projet d’extension de l’école est l’occasion de créer une véritable entrée monumentale soulignée par un portique aux formes classiques. Cette nouvelle entrée qui se prolonge par une place publique aménagée en son devant, ouvre une perspective sur l’école. De part et d’autre de l’entrée, deux ensembles de bâtiments offrant de nouveaux espaces d’exposition, renforcent les fonctions de représentation de cet ensemble, conférant au bâtiment une dimension institutionnelle enfin assumée.
Cette nouvelle écriture ne fait pas fi des éléments du passé : en témoignent l’intégration de ce mur de pierre de la rue Fénelon dans la composition nouvelle de l’aile nord-ouest ou encore la conservation des bâtiments anciens de l’hôtel de Briord rénovés et adaptés aux besoins de l’école.
Particularité, chaque tranche livrée donne lieu à une inauguration : en 1988 par Michel Chauty, en 1989 puis en 1992 par Jean-Marc Ayrault. Ces extensions successives répondent aussi à de nouveaux besoins et à l’évolution des enseignements : l’école se dote ainsi d’un atelier photo et vidéo, d’un studio d’enregistrement, etc, s’ouvrant à de nouvelles disciplines artistiques.
Au début des années 1990, c’est donc une école aux locaux et aux enseignements renouvelés qui accueille quelque 300 étudiants, avec, parmi les nouveautés, un post-diplôme européen.
En 2017, l’école qui ne pouvait plus répondre aux enjeux de développement et de rayonnement international dans ses locaux historiques, quitte le centre-ville pour l’île de Nantes. Après l’aménagement et l’ouverture d’un petit square dans l’ancienne cour de l’école en 2024, l’ancien bâtiment fait l’objet depuis 2025 d’une expérimentation en vue de sa réaffectation progressive à des usages culturels, économiques, citoyens en lien avec la vie du quartier.
Irène Gillardot
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2025
Album « Un siècle d'histoire de l'ancienne école des Beaux-arts »
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Bibliographie
Kervarec Michel, Histoire de l’École régionale des beaux-arts de Nantes 1757-1968, Nantes, 2004
Bienvenu Gilles, L’école des beaux-arts de Nantes : Et les ateliers ? Des locaux pour une école d’art, Nantes, 2004
Pages liées
Dossier : Architecture des années 1980
Ancien couvent de la Visitation
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Rédaction d'article :
Irène Gillardot
Anecdote :
Irène Gillardot
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