Anglais
La fréquence des conflits militaires entre France et Angleterre explique la faible présence des Anglais à Nantes avant le 19e siècle.
Même au temps des ducs, cette présence se limite à celle de mercenaires, ainsi en 1488-1490, ou à celle, exceptionnelle, de spécialistes, à l’exemple des trois artistes qui réalisent en 1408 le tombeau du duc Jean IV dans la cathédrale. Et les Anglais passés à Nantes jusqu’à la Révolution le sont ensuite par accident, les prisonniers de guerre en particulier. La forte poussée anglophobe des années révolutionnaires entraîne la persécution de certains Irlandais et vaut la prison à Pierre-Frédéric Dobrée en raison de ses origines anglo-normandes, mais l’épisode est bref et sélectif, puisqu’y échappe par exemple un fabricant de tissus comme John Clegg.
La véritable présence anglaise ne débute qu’au 19e siècle, lorsque les Britanniques bénéficient de l’avance de la révolution industrielle anglaise et sont sollicités pour développer l’équivalent à Nantes ou dans les environs : après Wilkinson à Indret dès la fin du 18e siècle, ce sont les frères Hugues pour la création des forges de Basse-Indre, « à l’anglaise », de plus modestes techniciens intervenant comme contremaîtres dans l’installation puis la fabrication de machines à vapeur. Ces présences, autant que la mode anglaise, conduisent à l’installation d’institutrices anglaises dans les beaux quartiers, mais elles se font bien moins nombreuses après le milieu du siècle et la conquête de l’autonomie industrielle. En 1936 encore, Nantes ne compte que 67 citoyens anglais.
Soldats anglais à Nantes au début de la Première Guerre mondiale
Date du document : 1914
Le plus spectaculaire tient donc dans la présence militaire de 1914, entre le 31 août et le 5 novembre, dans la mesure où elle laisse trace dans les photographies diffusées par la carte postale et, aussi, dans l’enseignement puisque, tout au long de la guerre, les enfants traitent par le dessin le thème de la fraternité d’armes franco-anglaise : c’est cette période que rappelle le boulevard des Anglais.
Malgré cet épisode – qui ne se renouvelle guère pendant la Seconde Guerre mondiale –, la présence anglaise se caractérise donc par un déficit lié à l’histoire et non pas à la géographie : l’abondante présence, depuis une génération au moins, des lecteurs anglais dans les établissements secondaires tient surtout à la place de la langue anglaise aujourd’hui.
Alain Croix
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)
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Alaix Croix
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