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Saint-Joseph de Porterie

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Université

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Fondée en 1460 par le pape Pie II, l’université de Nantes vit très modestement pendant à peine un siècle et ne survit ensuite qu’en apparence jusqu’à la perte en 1735 de sa faculté de droit, la seule encore un peu active. Elle ne renaît qu’en 1961, avec la première vague de création de nouvelles universités en relation avec la politique gaulliste de l’enseignement supérieur.

Cette très longue interruption a lourdement pesé sur les rapports de la ville avec l’université, même si des formations d’enseignement supérieur sont présentes au fil des siècles.

L'université médiévale

Voulue par le duc de Bretagne François II, soucieux de doter la Bretagne d’un équipement de prestige qui lui manque – elle est l’avant-dernière créée en France –, l’université possède dès l’origine une gamme complète de formations : la faculté des arts, proche de notre actuel enseignement secondaire, et celles de théologie, droit canon, droit civil et médecine. En pratique cependant, elle connaît une activité très limitée : l’essentielle faculté de théologie, ainsi, ne compte qu’un professeur, et ceux des autres facultés ne perçoivent qu’une indemnité symbolique en échange de quelques interventions. L’université en vient même, en 1469, à disputer au chapitre de la cathédrale l’enseignement du chant, de la musique et… de l’alphabet. L’enseignement s’interrompt pendant la guerre qui oppose le duc au roi, entre 1487 et 1491 et, malgré l’aide conséquente apportée par Charles VIII dès 1492, seul l’enseignement du droit semble réellement assuré pendant la première moitié du 16e siècle.

On y passe bien ensuite quelques diplômes, dans des salles improvisées – l’université ne dispose d’aucun local propre – sans que cela garantisse que les études aient été suivies à Nantes. Et le succès de l’enseignement de la théologie, pris en charge par les Oratoriens en 1654, conduit à la création d’un séminaire, infiniment mieux adapté que l’Université aux objectifs de la réforme catholique. Le droit lui-même n’impose guère de contraintes : il faut une licence à tout magistrat depuis l’édit royal de 1625, mais le Parlement ne l’applique en Bretagne qu’en 1657, et il suffit d’une année d’études pour obtenir le diplôme, si bien que la faculté de droit ne compte en 1669 que vingt-deux étudiants et deux professeurs, qui ne sont plus guère payés à la fin du siècle. Son transfert à Rennes, en 1735, est donc d’autant moins une surprise que le Parlement, installé à Rennes, mobilise l’élite des gens de loi. L’université n’est plus ensuite, et jusqu’à la Révolution, qu’une coquille vide, et les universitaires ne le sont qu’accessoirement.

Seule émerge la faculté de médecine, ce qui, avec l’ouverture d’une École de chirurgie en 1735, explique le maintien d’une École de médecine après la Révolution.

Une ville sans université

Des formations supérieures sont assurées à Nantes pendant les presque deux siècles sans université, dans des domaines étroitement professionnels surtout, à l’initiative de la ville ou de personnes privées. Ainsi pour l’hydrographie, avec une école pour les futurs capitaines dès 1791, puis peu à peu le notariat, la marine marchande, les beaux-arts et le commerce (ces deux derniers en 1900)…

Dans le cadre de l’académie de Rennes, et sous la tutelle de l’université de cette ville, des « écoles préparatoires » s’efforcent d’assurer un enseignement propédeutique, ainsi pour les sciences et les lettres en 1854, et surtout pour la médecine et la pharmacie à partir de 1841, quand adopte cette forme l’ancienne école hospitalière secondaire de médecine qui formait officiers de santé et chirurgiens de marine. Les effectifs n’en sont pas négligeables – près de 700 en sciences et lettres à la fin du 19e siècle – mais, dans ce dernier cas au moins, nous sommes si loin d’une université que la fermeture est décidée par la Ville en 1908 en raison du trop faible niveau. Et l’ambition fait défaut : la tentative d’obtenir une faculté de médecine, en 1871, échoue devant l’incertitude des perspectives financières autant que du nombre d’étudiants. Toute cette période est marquée par la concurrence avec Rennes : la querelle ne cesse guère jusqu’en 1961.

L’initiative la plus originale est donc sans doute la création en 1919 d’un Institut polytechnique de l’Ouest, d’origine privée mais fortement soutenue par la Ville, même si, pour obtenir la reconnaissance de ses diplômes d’ingénieur, il lui faut devenir dès 1922 un simple institut de l’université de Rennes. Une spécialisation dans la mécanique, sous l’impulsion du nouveau directeur nommé en 1934, Paul Le Rolland, conduit à la transformation en École nationale supérieure de mécanique (ENSM) en 1948. Mais, malgré de nouveaux efforts de la Ville, notamment du maire de la Libération, Jean Philippot, professeur agrégé au lycée Clemenceau, à l’origine de la création en 1946 d’une École municipale de droit, Nantes est encore bien loin de l’université.

Entrée de l'université de Nantes

Entrée de l'université de Nantes

Date du document : 25-11-2012

La nouvelle université

La création juridique de l’université, par un décret du 29 décembre 1961, a été précédée par la reconnaissance des facultés de médecine (1956) et de sciences (1959). Si l’État a eu le rôle décisif, la Ville n’en a pas moins joué un rôle essentiel en préparant l’implantation des locaux. C’est elle qui, sous la pression du directeur de l’École de médecine, René Auvigne, obtient en 1947 la reconstruction en centre-ville de l’hôpital et des locaux d’enseignement. Elle surtout qui, après de longues hésitations, acquiert en 1957 et 1959 les vastes domaines de la Lombarderie et du Tertre, où s’installent – dans des locaux d’abord provisoires – les sciences, les lettres et le droit : l’université de Nantes sera donc, très largement, extérieure à la ville, dans des campus conçus par l’architecte Louis Arretche.

La constitution de l’université s’opère en deux temps. Pendant les trois premières décennies, la très forte croissance des effectifs – multipliés par huit entre 1961 et 1993 – entraîne une course à la construction de bâtiments pour abriter cette population pléthorique et lui donner un encadrement professoral et de personnel technique et administratif suffisant, ainsi que les matériels nécessaires aux laboratoires de recherche. Le constat est une permanente insatisfaction tant du côté des étudiants que du personnel. À partir de 1993 les effectifs stagnent, un peu au-dessus de 30 000 étudiants venus pour l’essentiel de Loire-Atlantique et de Vendée, les conditions d’accueil s’améliorent, et la gamme des formations se complète avec notamment deux écoles d’ingénieurs et un important Institut universitaire de technologie.

L’université ne compte cependant que deux mille chercheurs environ, et ses projets « d’initiative d’excellence » ont été écartés par l’État en 2011. Elle a pourtant commencé, au-delà de l’évidente ouverture à l’international, une coopération avec les autres universités de l’Ouest, Bretagne comprise bien sûr, dans la lancée du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur des Pays de la Loire créé en 2008. L’université, en outre, s’inscrit dans un ensemble d’enseignements supérieurs qui rassemble, au total, plus de 50 000 étudiants : Écoles centrale (ex-ENSM), des mines, du bois, de commerce (Audencia), d’architecture, des beaux-arts, vétérinaire et agroalimentaire (fusionnées en 2010), design ainsi que plusieurs autres établissements privés.

L'université dans la ville

Pourtant, il reste douteux que Nantes soit réellement devenue une ville universitaire, et pas seulement parce que les effectifs étudiants restent relativement modestes à l’échelle de l’agglomération. Les souvenirs de la très forte participation étudiante au mouvement de mai 1968 s’estompent, d’autant que les clivages idéologiques d’alors n’ont pas conduit ici à une partition de l’université. Il a fallu, en revanche, recruter très rapidement, dans les années 1960, de très nombreux enseignants, ce qui a sans doute retardé la constitution d’une culture universitaire. Et, une fois l’institution établie, elle a beaucoup tardé à prendre en compte et à aider au développement de la ville et de sa région, tandis que la Ville et sa population ne lui ont pas toujours accordé l’importance qui lui est souvent reconnue ailleurs : il est révélateur, jusqu’à la caricature, que Rennes ait eu à sa tête en permanence, de 1944 à 2009, un universitaire, et que Nantes n’ait jamais fait ce choix. Le contexte, pourtant, évolue avec un pionnier Institut d’études avancées et la Maison des sciences de l’homme, grâce au fort appui de la municipalité, une nouvelle faculté de médecine, un très ambitieux Institut de recherche technologique Jules Verne, autour des matériaux innovants, en cours de réalisation : autant d’initiatives précieuses dans le contexte nouveau et incertain de l’autonomie de gestion des universités.

Jean Renard
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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