Jean Meschinot (Monnières, vers 1420 - ?, 1491)
Rapport à la Bretagne

« Nantes, cité des ducs » résonne aujourd’hui comme une évidence aux oreilles des Nantais. Pourtant, le passé ducal de la ville et sa mémoire au cours des cinq siècles qui suivent sa disparition sont beaucoup plus complexes que cette formule ne peut le laisser croire.

En août 851, Érispoé, fils de Nominoé, bat les troupes de Charles le Chauve à Beslé, sur la Vilaine. Quelques mois plus tard, le souverain carolingien, reconnaissant sa défaite, cède au nouveau roi breton les comtés de Rennes et de Nantes, ainsi que le pays de Retz. Pour la première fois de son histoire, Nantes passe sous domination bretonne. L’assassinat d’Érispoé et les incursions vikings ne remettent pas en question cette domination et, après 937, la ville devient le « siège principal » d’Alain Barbetorte, premier duc de Bretagne, qui ne contrôle toutefois que le sud de la péninsule Armoricaine. Lorsque les frontières du duché se fixent, en même temps que s’affirme le pouvoir ducal sous l’action d’Hoël de Cornouaille (1066-1084), Nantes appartient indubitablement à ce que l’on appelle la « Bretagne historique ».

 

La ville éminente du duché

Au début du 13e siècle, Nantes bénéficie de l’accession au trône ducal des Capétiens. Située au débouché de la Loire, axe commercial essentiel vers le royaume, la ville connaît un réel développement économique et s’affirme comme l’un des pôles économiques du duché. Elle attire de nouvelles populations et s’étend. Elle devient l’une des principales résidences du duc Pierre Mauclerc qui en améliore les fortifications. Cependant, jamais la ville ne devient le siège du pouvoir ducal. La cour ducale et les services administratifs (du moins en partie) sont toujours itinérants ; ils se rendent à Rennes, Vannes ou même Ploërmel, au gré des événements et des désirs du duc. 

Si jamais Nantes ne peut être qualifiée de capitale ducale, son rôle dans le duché se renforce néanmoins à la fin du Moyen Âge. La ville et son territoire tiennent en effet une place importante dans l’État ducal que les Montfort mettent en place au tournant des 14e et 15e siècles. La ville est alors la plus peuplée du duché (14 000 habitants) et avec Rennes la plus puissante sur le plan économique. Les ducs l’embellissent. En 1434, débute la construction de la cathédrale et en 1466, François II, qui en a fait sa résidence habituelle, commence la rénovation du vieux château afin qu’il soit une résidence princière conforme aux goûts de son époque. Désirant aussi en faire un centre intellectuel majeur, il obtient en 1460 la création d’une université. C’est aussi à cette époque que le Conseil ducal (du moins une section permanente) et la Chancellerie se fixent à Nantes. Mais les États de Bretagne n’y siègent pas régulièrement, la Chambre des comptes reste à Vannes où le Parlement de Bretagne, manifestation tangible de l’indépendance du duché à l’égard de la monarchie, est créé en 1488. Malgré tout, jamais Nantes n’a joué un rôle aussi important qu’en cette fin de 15e siècle. 

 

La cité des ducs

C’est au début du 19e siècle seulement que les élites locales commencent à revendiquer ce passé. En 1819, le Conseil municipal obtient que le reliquaire d’Anne de Bretagne soit transféré de Paris à Nantes et, quatre ans plus tard, il fait ériger les statues de la duchesse, d’Arthur III, de Du Guesclin et de Clisson. La référence est toutefois ambiguë. En valorisant une reine et trois connétables de France, il met l’accent sur les liens profonds unissant le duché à la France et non sur la période d’affirmation du pouvoir ducal contre la monarchie. Cette période n’est réellement valorisée qu’à partir des années 1970 ; le château prend alors définitivement le nom de « Château des ducs », utilisé depuis 1923, mais de façon épisodique. 

Pour beaucoup, le passé ducal de la ville se limite d’ailleurs au château et à la « duchesse Anne », figure historique devenue mythique. Les quelques rues, places ou monuments liés au duché ne constituent pas des repères ou lieux mémoriels ; la toponymie urbaine ignore même Hoël de Cornouaille ou Pierre de Dreux, malgré leur rôle historique. Centrée sur la fin du 15e siècle, la mémoire ducale de la ville valorise l’époque de « l’État breton » et de « l’indépendance bretonne », sujets qui font toujours l’objet de débats entre historiens. Cette orientation n’est pas sans conséquence sur la perception de questions contemporaines liées à la place ou au rôle de Nantes en Bretagne et en France. Et si aujourd’hui le terme de « cité des ducs » appartient au répertoire de tous les acteurs économiques, culturels et politiques nantais, ainsi qu’aux habitants, il n’est pas certain qu’il recouvre la même réalité pour tous. 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Caraës, Jean-François, "Le trésor des chartes des ducs de Bretagne en leur château de Nantes", dans Armide, Aurélien, Guillet, Bertrand (dir.), Le château des ducs de Bretagne : entre grandeur et renouveau : huit siècles d'histoire, Presses universitaires de Rennes, Rennes, Ed. du château des ducs de Bretagne, Nantes, 2016, pp. 324-333

Cornette, Joël, Histoire illustrée de la Bretagne et des Bretons, Ve-XXIe siècles, Seuil, Paris, 2015

Croix Alain (coord.), Dictionnaire d’histoire de Bretagne, Skol Vreizh, Morlaix, 2008

Tourault, Philippe, Les ducs et duchesses de Bretagne : Xe-XVIe siècle, Perrin, Paris, 2009, rééd. 2016

Vrand, Caroline, Les collections d'art de François II et Anne de Bretagne : d'un trésor ducal à un trésor royal, Ed. du château des ducs de Bretagne, 2018 (Les Indispensables)

Pages liées

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Gwenaël Guillaume

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.