Le dessous des sols : La collégiale Notre-Dame
Fosse

Faculté de médecine

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Avec des effectifs de l’ordre de 5 200 étudiants, portés autour de 6 700 en incluant pharmacie, odontologie, orthophonie et orthoptie, la faculté de médecine est aujourd’hui le département le plus important d’une université de Nantes à laquelle cet ensemble a donné en outre cinq de ses dix présidents, les deux premiers, Jean-Pierre Kerneïs et Loïc Sparfel, puis Pierre Malvy et François Resche et, depuis 2012, Olivier Laboux. Elle est donc, indiscutablement, l’élément éminent de l’université, un rôle qui s’appuie aussi sur l’histoire… voire le mythe.

Juridiquement en effet, les origines de la faculté remontent à la naissance de la première université, en 1460, la faculté de médecine ayant en outre, seule, connu toute l’histoire de cette université. En réalité, cette histoire confine au mythe, dans la mesure où la faculté ne dispense à peu près aucun enseignement : quelques leçons publiques bénévoles, assurées irrégulièrement. La faculté de médecine est alors une institution dont le rôle principal est de veiller aux privilèges corporatifs, en freinant l’installation en ville de nouveaux médecins : à partir de 1653, elle impose ainsi aux impétrants de repasser tous leurs grades ! Ces prétentions sont, il est vrai, menacées au 18e siècle. Les simples chirurgiens commencent à échapper au contrôle des médecins en créant en 1735 une École de chirurgie ; en 1783 Guillaume Laennec et deux confrères tout juste arrivés à Nantes gagnent devant le Parlement de Bretagne un procès qui ne dispense toutefois pas Laennec de repasser une thèse à Nantes en 1788 ; et Darbefeuille crée en 1787 une école privée de chirurgie et de médecine : la dissolution de l’université, en 1793, consacre donc simplement une évolution de longue date.

La patiente construction d’un véritable enseignement de la médecine ne commence en fait qu’au début du 19e siècle. En 1794, Nantes voit ainsi lui échapper une des « écoles de santé » prévues par la Convention, et l’École de médecine n’ouvre qu’en 1808. Certains des six professeurs sont éminents – Laennec et très vite Darbefeuille, notamment –, la médecine et la chirurgie solidement implantées, mais la pharmacie balbutiante : son enseignement disparaît même en 1824, au profit d’un cours de physique-chimie et surtout, à partir de 1830, d’un moderne cours de chimie pharmaceutique confié à Ange Guépin. Malgré les liens serrés avec l’Hôtel-Dieu, l’essor de l’école reste lent – elle ne compte encore que 59 étudiants en 1848 – et la discipline peine à se dégager des contraintes du passé : en 1851, Ange Guépin est révoqué pour avoir, dans ses cours et un de ses ouvrages, avancé la thèse du transformisme, en contradiction avec la Bible. Et surtout, la modeste école semble satisfaire tous les intéressés : en 1874 ainsi, le projet de création d’une faculté de médecine échoue devant les craintes du personnel enseignant d’être écarté d’un enseignement réellement universitaire, comme devant les hésitations de la Ville à accroître encore son aide financière et, plus encore peut-être, en raison d’une culture locale alors très centrée sur un enseignement à vocation directement professionnelle et pratique, ce qu’assure bien, en médecine, l’association entre l’école et l’Hôtel-Dieu.

C’est donc en 1956 seulement qu’est créée une faculté mixte de médecine et de pharmacie, sous la tutelle de Rennes. Les efforts d’Émile Lossouarn aboutissent, cette fois, en raison des effectifs alors atteints – autour de 500 étudiants – mais surtout de l’appui devenu décisif d’une ville désireuse de devenir universitaire : l’autonomie est atteinte en 1961 avec la création de l’université de Nantes, et les équipements suivent. Alors que les cours d’odontologie étaient dispensés, depuis la guerre, dans des baraquements « provisoires », un bâtiment moderne est achevé en 1967. En 1970, sous la présidence du médecin Jean-Pierre Kerneïs, la faculté de médecine (incluant pharmacie et odontologie) compte plus de 400 enseignants-chercheurs, soit 40% de l’ensemble de l’université et, non sans quelque retard initial – c’est à la faculté des sciences que Nicole Le Douarin mène ses recherches en embryologie –, elle a développé ses instituts de recherche dans des domaines dont certains lui assurent un rayonnement national, à l’exemple des greffes et de l’immunologie. Elle forme aujourd’hui, chaque année, environ 140 nouveaux médecins.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

 

En bref...

Localisation :

Jean Philipot (boulevard) ; Gaston Veil (rue) 1, NANTES

Date de construction :

1967

Typologie :

architecture civile publique et génie civil

En savoir plus

Bibliographie

Barrière, Henri, « Le renouveau de la Faculté de médecine de Nantes », dans La santé en Bretagne des origines à nos jours, Hervas, Paris, 1992, p. 426-427

Corroller, Joseph, Cuny, Jean, « L'enseignement de la médecine à Nantes sous la Révolution », dans « La médecine, les médecins, les hôpitaux au temps de la jeunesse de Laënnec à Nantes », Histoire des sciences médicales, t.27, n°2, 1993, p. 121-124

Histoire de l’université de Nantes, 1460-1993, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2002

Kernéïs, Jean-Pierre, « L'enseignement médical nantais sous l'Ancien Régime », dans La santé en Bretagne des origines à nos jours, Hervas, Paris, 1992, p. 207-219

Kernéïs, Jean-Pierre, « L'essor de l'École de médecine de Nantes au 19e siècle », dans La santé en Bretagne des origines à nos jours, Hervas, Paris, 1992, p. 230-236

Webographie

Historique de la Faculté de médecine sur le site de l'Université de Nantes

Pages liées

Faculté de droit et des sciences politiques

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Alain Croix

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