Cimetière privé Durand-Gasselin
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (1/2)

Pour bâtir le port et ses annexes, les aménageurs - Ville ou État - ont de tout temps été sensibles à la qualité du matériel utilisé, aux innovations techniques ainsi qu’aux techniques d’aménagement innovantes.

Matériel et technique de construction et défense des ponts

Sans cesse soumise à la nécessité d’entretenir les ponts puis de bâtir les quais, la Ville de Nantes  s’équipe dès le Moyen Âge de machines et d’outils divers pour construire les ponts ou pour les défendre contre les crues et les glaces.

En 1397, le duc de Bretagne confie à la Ville l’entretien des ponts traversant la Loire. La communauté s’équipe donc de machines et d’outils dont les capacités lui permettront d’entretenir et de construire les ouvrages. La machine emblématique liée au travail des ponts est le mouton de cuivre porté sur une structure de bois et manipulé par 15 à 40 hommes. Ce mouton est un poids qui est utilisé pour battre les pieux de fondation des ponts, c’est-à-dire enfoncer les pieux dans le sol : les hommes le tire et le laisse s’abattre sur les pieux – plus ou moins fort selon la force insufflée lors de la traction. Dans le lit instable de la Loire, cette machine est indispensable pour enfoncer le plus profondément possible des pieux de bois, structure stable sur laquelle seront élevées les maçonneries des piles des ponts, ou plus tard des talus des quais.

En janvier 1571, Jourdain Guyde, charpentier, réalise la structure charpentée à laquelle les moutons de cuivre sont reliés par une chaîne.

Verso du plan d'engin servant à soulever le mouton de cuivre à battre les pieux pour l'œuvre des ponts

Verso du plan d'engin servant à soulever le mouton de cuivre à battre les pieux pour l'œuvre des ponts

Date du document : 1570

En 1588, l’inventaire des « meubles boys, angins et autres ustancilles servans esdictz pontz » précise que la Ville possède toujours ce mouton : « le grand angin, estant sur le pont de la Madellaine, garny de quatre poulies de cuyvre et de chevilles de fer avecq un cable [et] deux moutons de bronze à battre les pillotis ». L’équipement est complété par une forge mobile « garnie de deulx soufflectz, avecq une enclume, ung marteau et une paire de tenailles » ainsi qu’une « sonde de fer à sonder la terre pour assoir les pillotis et ung marteau têtu, pesant vingt cinq livres ou environ [...] ». La mention de cet engin en 1570 laisse supposer que les ponts sont bâtis sur une « semelle de bois solidarisée à un pilotis battu à refus » selon les préconisations d’Alberti dans son traité d’architecture L’art d’édifier composé entre 1443 environ et 1472.

Plan d'un pont de pierre

Plan d'un pont de pierre

Date du document : 19e siècle

En revanche, il n’est dans l’état actuel des recherches pas possible d’affirmer à quelle date cette technique fut mise en œuvre ni si ces semelles avaient ainsi que le préconisait Alberti « le double de la largeur de la pile, et les pieux une longueur égale au huitième de la hauteur de l’ouvrage, et un diamètre égal au douzième de leur longueur ».

L’engin est également utilisé pour la défense des ponts lors des débâcles, lorsque l’hiver la couche de glace de la Loire se rompt et que les morceaux emportés par le courant menacent les ponts : « les brize-glaces du costé d'amont des 3e 4e 5e 7e et 8 pilles du costé de la tour de Pirmil, ont esté entièrement emportées par le débordement des dernières glaces, et amoizes desdites maitresses pilles rompues et cassées, à quoi il est absolument nécessaire d'y remédier pour éviter la ruine entière dudit pont. Chaque brize-glaces est composé de quatre pieux de 25 et 30 pieds de longueur, de 10 à 12 pouces de diamètre, affusté par l'un des bouts, chaussé d'un soc de fer à quatre branches du poids d'environ six livres cloué sur lesdits pieux, battus et enfoncés au refus du mouton... »

Au début du 18e siècle, la technique de construction des ponts évolue avec le recépage des pieux juste au-dessus de la ligne d’étiage. En d’autres termes, le pieu est coupé pour qu’il soit à hauteur du plus bas niveau des eaux de la Loire : « Tous lesquels pieux, après être battus et enfoncez au refus du mouton élancé par 18 ou 20 hommes, seront recepez à six pouces au dessus des plus basses eaux […] On remplira entre les dits pieux, avec bonnes pierres bruttes, battues et arrangées le mieux possible ; et il sera fait dessus un pavé de pierres de champ, avec bon mortier [...] ».

Matériel et technique pour construire les quais

Parmi les multiples engins utilisés pour bâtir les organes du port, l’une des premières innovations repérées dans le port de Nantes est une pompe à eau. En 1484, la Ville emploie « Jehan Houc et […] son compaignon, des parties de Almaigne, pour leurs gaiges de ung moys seullement, la somme de quinze escuz, qu'est par chacun jour demy escu, pour les services qu'ilz ont faict à la ville, pour les engins à tirer les eaux des bardeaux de la porte du Port Poissonnier… ». La Ville s’est donc équipée de pompes à eau pour permettre de construire la nouvelle porte de communication avec le port.

Construction du Pont Royal

Construction du Pont Royal

Date du document : 1686

La technique employée est celle qui prévaut jusqu’au milieu du 20e siècle : une palissade de batardeaux de bois (barrage provisoire destiné à retenir l’eau) protège l’ouvrage du fleuve dans lequel la muraille plonge puis des pompes sont actionnées pour évacuer l’eau. La confirmation de l’utilisation d’une pompe à eau en 1484 dans le port de Nantes est exceptionnelle. En effet, si les pompes sont connues depuis l’Antiquité romaine, et si des dessins circulent à partir de 1433, leur mise en œuvre était seulement connue à partir de 1525 dans les mines allemandes. Cet engin permet sans doute de faciliter les travaux réalisés sur les rives, les îles ou dans le lit du fleuve.

À l’exception de cette innovation, la technique de construction des quais évolue peu entre l’époque moderne et les dernières années du 19e siècle. Sur une semelle de pilotis de bois, les ouvriers bâtissent des perrés en moellons liés au mortier avec chaînage de pierre de grison puis remblaient les espaces créés.

L’évolution technique suivante a trait à l'utilisation du béton pour l’estacade du quai des Antilles. Au cours de son édification, il apparaît rapidement que la structure en bois prévue ne pourra soutenir le poids des grues que la Chambre de commerce souhaite installer. Le service des Ponts et Chaussées propose d’essayer de construire l’estacade en béton selon le système Hennebique. En 1903, trois ans avant la circulaire du 20 octobre 1906 qui pose les fondements de l’utilisation du béton armé en France, le ministre approuve la substitution du béton armé au bois pour la construction du quai des Antilles.

Matériel et techniques d’aménagement du fleuve

Au-delà des innovations liées à la construction d’édifices, l’aire portuaire de Nantes a été un lieu d’expérimentation dans l’aménagement d’un fleuve.

Première innovation, la création de l’île Feydeau une des premières îles artificielles françaises – si ce n’est la première – en 1722 avec une technique très proche de celle du polder : une surface à aménager tout d'abord entourée de quais faisant office de digues, puis des pompes mises en action une fois que l’eau est emprisonnée ; en revanche, le terrain cessa d’être drainé après la stabilisation du remblai contrairement aux polders dont le drainage est une nécessité persistante. Édifiée à la même époque que la Nouvelle Hollande de Saint-Pétersbourg, l’île Feydeau devance largement l’île du lac de Steinhude créée pour protéger le territoire de Schaumbourg-Lippe (en Allemagne actuelle) vers 1760.

Technique de construction du Pont Royal à Orléans

Technique de construction du Pont Royal à Orléans

Date du document : 1752

Quelques années plus tard, en 1753, les grands travaux d’aménagement du fleuve lancés par Mangin font office de précurseurs car la régularisation des rives du fleuve, la chenalisation, la disparition des îles ne sont envisagés à moindre échelle qu’à partir de 1769 à Paris et n’interviendront qu’au début du 19e siècle sur le Rhône, et dans la seconde moitié du 20e siècle sur la Garonne.

Plan d'un chapelet à sable

Plan d'un chapelet à sable

Date du document : 1751

Une fois encore, le gigantisme des travaux pousse la Ville de Nantes à s’intéresser aux outils mécaniques pouvant l’aider dans sa tâche. C’est ainsi que dès 1745, elle s’intéresse aux machines pour « travailler sous l'eau sans se moüiller » d’Antoine Macary, puis à celle « propre à creuser le lit de la Loire et à la rendre plus sure pour la navigation » de Louis Viaud en 1786.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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Rédaction d'article :

Julie Aycard

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