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Suzanne Lambin (1902-2008)


Pharmacienne puis microbiologiste brillante, Suzanne Henriette Lambin s’est démarquée tout au long de sa carrière dans une société où les femmes commençaient tout juste à avoir le droit d’étudier et de pratiquer les métiers liés à la médecine et à la pharmacie.

Suzanne Henriette Lambin est née à Nantes le 1er août 1902 et vit au domicile familial durant les premières années de sa vie, au 9 rue Voltaire. Tous les enfants de cette famille nombreuse composée d’un fils aîné et de trois filles semblent avoir eu la chance d’accéder à des études supérieures, dans le domaine du droit et de la médecine. L’éducation que Suzanne Henriette reçoit, en étant une femme, reste assez unique pour l’époque. Sa grande sœur de quatre ans son aînée, Renée Valentine Lambin, et Suzanne Henriette, vont suivre des études supérieures dans les domaines respectifs du dentaire et de la pharmacie.

Parcours en pharmacie et premiers diplômes

Au cours de l’année 1919-1920, Suzanne Lambin obtient son baccalauréat. Dès l’année suivante, elle effectue son premier stage de pharmacie à Nantes, au sein de la pharmacie Le Bouzec. Lors de ces mêmes années, les domaines de la santé et de la médecine s’ouvrent aux femmes. En effet, la fin de la Première Guerre mondiale et le retour de la paix ont fait prendre conscience que les opérations de secours aux soldats menées par les femmes ne pouvaient pas se résumer à une simple aide humanitaire durant l’unique période du conflit. Il fallait poursuivre cet accès aux soins, car les conséquences physiques et psychologiques s’étendaient au-delà. Les femmes ont donc persévéré pour garder le droit d’exercer et d’étudier les domaines de la santé. Ce n’est, par exemple, qu’en 1908 que le premier dispensaire-école d’infirmière de France a été créé, à l’Hôpital des Peupliers, à Paris.

À Nantes, l’École de plein exercice de médecine et de pharmacie a été totalement détruite au cours de la Première Guerre mondiale, seulement quelques années avant les premières qualifications de Suzanne Henriette Lambin. En parallèle, en 1919, Yvonne Pouzin, célèbre médecin nantaise, devient la première praticienne hospitalière de France.

Suzanne Henriette Lambin devient rapidement interne des hôpitaux de Nantes et réussit tout de suite à se démarquer. Durant les trois années qui suivent (1922-1925), Suzanne poursuit son apprentissage avec des études supérieures de pharmacie à l’École de plein exercice de médecine et de pharmacie, alors reconstruite. Dès le début de ce cursus, Suzanne obtient le poste de préparateur de Physique au sein de l’École.

Le droit des femmes pour l’apprentissage et l’application de la santé

Cette période d’étude et de professionnalisation se termine par la remise de son diplôme de « Pharmacien ». À l’époque, les professions s’ouvraient à peine pour les femmes, il n’était donc pas encore question de féminiser les termes associés. Si nous avons l’impression qu’avec ce parcours, les femmes gagnent en indépendance et en liberté de choix dans la société, les années 1920 signent également la décision et les sanctions portées sur les pratiques de la contraception et de l’avortement. Les femmes, avortées ou avorteuses, encouraient les mêmes peines et jusqu’à six mois de prison pour cause de « publicité pour la contraception ». Les facultés médicales, encore réservées aux hommes à ce moment-là, avaient interdiction totale d’enseigner la contraception.

Enseignants de la Faculté de Pharmacie de Paris

Enseignants de la Faculté de Pharmacie de Paris

Date du document : 06-1957

Au milieu de cette société régie par les hommes, Suzanne Lambin est brillamment reçue au concours de l’internat des hôpitaux de Paris et devient interne dans le service du professeur Jean Régnier. Jusqu’en 1933, Suzanne prépare ses certificats d’études supérieures de botanique ainsi que de physiologie générale, pour ensuite être nommée « Préparateur auxiliaire aux travaux pratiques de microbiologie » et finalement être titularisée en tant qu’« assistant ». En effet, aucune profession ou aucun statut n’est encore féminisé à ce moment-là.

Carrière en microbiologie et distinctions

En 1933, Suzanne passe sa soutenance de thèse sur « L’action antimicrobienne des substances chimiques », illustrant les travaux menés sous la direction de Jean Régnier au cours des années précédentes. Jusqu’en 1951, elle exerce et enseigne le domaine de la microbiologie en tant que chargée de conférences, cheffe de travaux pratiques, maître de conférences ou encore chargée de cours – jusqu’à être nommée titulaire au sein de la Chaire de Microbiologie à la faculté de Paris.

Très peu de temps après, en 1954, Suzanne Henriette Lambin est nommée Chevalier de la Légion d’Honneur, mais ne se déplacera pas pour recevoir sa décoration. En 1965, elle devient Commandeur de l’ordre des Palmes Académiques puis Officier de l’Ordre National du Mérite en 1969.

Leçon inaugurale dispensée par Suzanne Lambin en tant que professeur titulaire de Microbiologie à la Faculté de Pharmacie de Paris

Leçon inaugurale dispensée par Suzanne Lambin en tant que professeur titulaire de Microbiologie à la Faculté de Pharmacie de Paris

Date du document : sans date

Le travail et les recherches de Suzanne, notamment dans le domaine de la microbiologie, ont été très importants. Nous comptons aujourd’hui plus d’une soixantaine de références ou de publications la concernant : 44 publications en tant qu’auteure, 3 en tant que préfacière, 4 en tant qu’éditrice scientifique, 2 en tant que directrice. Elle est d’ailleurs le sujet principal d’un ouvrage écrit en 1951 – « Exposé des titres et des travaux de Suzanne Lambin, maître de conférences à la Faculté de Pharmacie de Paris ».

Ce n’est qu’en 2008, à l’âge remarquable de 105 ans, que décède Suzanne. Malgré une partie importante de sa vie passée à Paris, elle sera inhumée à Nantes, auprès de ses deux parents, dans le tombeau familial situé au cimetière Miséricorde.

Suzanne Lambin et sa mère

Suzanne Lambin et sa mère

Date du document : fin des années 1960

Suzanne n’a pas été mariée et n’a pas eu d’enfants. Néanmoins, du fait de ses quatre frères et sœurs, elle eut beaucoup de nièces et de neveux, et certains membres de sa famille demeurent encore à Nantes. Il est d’ailleurs amusant de constater qu’une partie d’entre eux ont poursuivi sur le chemin des professions liées à la médecine, en devenant pharmaciennes ou docteures.

Maud Nimeskern
Mission régionale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain
PATSTEC
2022

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En savoir plus

Bibliographie

Dilleman Georges, « Les leçons inaugurales à la Faculté de Pharmacie de Paris », Revue d’histoire de la pharmacie, 78e année, n°284, 1990, p. 47-48

Schuller Marie-Pascale et Authier Marc-Antoine, Pionnières des soins et autres pionnières dans l'histoire des femmes, Éditions LC, 2018

Webographie

Site internet de l'Académie Nationale de Pharmacie

Académie de Paris ; Personnel scientifique et administratif des facultés et lycées de garçons et de filles, enseignement professionnel, enseignement primaire supérieur (né entre 1859 et 1910)

Suzanne Lambin (1902-2008), A Pioneer in Biomedicine and Biomathematics

La microbiologie au XIXe siècle

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Maud Nimeskern

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